DIFFUSION NÉCESSAIRE DES SAINES NOTIONS DE DROIT FAMILIAL
1° Nécessité actuelle de connaître le Droit familial
Il est nécessaire, de nos jours plus particulièrement, que les catholiques travaillent, avec une ardeur inlassable, à la diffusion des saines notions juridiques au sujet de la famille. Voilà un devoir qui, à cause de son importance intrinsèque et surtout de la situation grave faite à la vie domestique, s'impose actuellement à tout homme, dans une mesure qui varie en chacun avec l'influence qu'il exerce et les relations familiales qu'il peut avoir, mais qui ne saurait jamais être nulle.
Qu'est-ce, en effet, que la connaissance du Droit familial ? C'est la connaissance des droits à respecter et des devoirs à accomplir dans la société domestique. D'un autre côté, quel est l'homme qui puisse se vanter, avec une apparence de vérité, d'être affranchi de ces obligations ? S'en trouve-t-il un seul qui, pendant un temps
plus ou moins long de son existence, n'ait pas à vivre au sein d'une famille? La classe des célibataires à perpétuité est relativement peu nombreuse dans le monde ; et l'isolement dont s'entourent ces personnes n'est jamais tel, qu'elles ne puissent jamais avoir à traiter avec quelque famille. D'ailleurs, puisque nous sommes appelés à vivre dans une même société, au milieu de citoyens en qui il faut que nous voyions des frères, des protecteurs ou des protégés, ne sommes-nous pasj tous solidaires des choses sociales, familiales ou autres ? Et pouvons-nous nous dégager, sans forfaire à nos devoirs de citoyens, des liens que nouent autour de nous les vertus de justice et de charité ?
N'aurions-nous envers nos semblables que le devoir du bon exemple que nous trouverions une raison suffisante d'intervenir dans les circonstances actuelles et d'opposer une digue à l'envahissement, de plus en plus attristant, de nos mœurs par des coutumes païennes. Il y a mille raisons de nous faire apôtres du droit et de la moralité dans les choses du foyer pour éteindre, avant qu'il prenne des proportions considérables, cet incendie de paganisme qu'il a paru avantageux à quelques-uns d'allumer.
La situation actuelle est plus grave qu'on ne le croit généralement ; elle impose de lourdes responsabilités à ceux que Dieu a constitués héritiers de sa vérité et de sa morale. Le monde vient de sortir d\me tourmente épouvantable qui a secoué toutes les nations de l'Europe et qui a eu ses répercussions sanglantes jusque parmi nous. Les peuples les plus puissants de la terre, après avoir épuisé le plus pur de leur sang, se sont retirés de la lutte, fatigués, impuissants, sans fortune ni crédit, fondant leurs espérances de paix sur des garanties précaires. Or, ces quatre années d'une guerre inouïe, témoins de scènes quotidiennes d'héroïsme barbare, et marquées départ et d'autre d'un égal acharnement à l'attaque et à la défense, ces quatre années suivies d'une paix douteuse qui devrait faire réfléchir, ont-elles appris au monde qu'il se tue à vouloir des futilités ? Il est certes permis d'en douter. Du milieu des ruines où fument encore les débris des récents carnages, dans un pays où l'herbe s'est f année vingt fois sous la malédiction des armées, chez le peuple numériquement le plus fort, lequel en se tordant d'épuisement a écrasé le trône de ses rois, s'élèvent encore des clameurs, toujours sanguinaires, mais fratricides cette fois : ce sont des cris séditieux qui proclament la loi du désordre, l'immunité
de la révolution et le droit du crime ; ce so»t des réclamations de jouissance et de liberté licencieuse, des dénonciations de toute supériorité, des menaces au capital, des réquisitions sans titres, des confiscations arbitraires, des arrestations, des bannissements et des meurtres. On prétend gouverner dans l'égalité : on brise toute hiérarchie, on immole ceux qui ont des titres à commander, on abat ceux qui seulement surpassent les autres, on démolit la famille, et à tous, hommes et femmes, comme pour tous les besoins, on impose le régime peu réjouissant de la caserne ou du bagne.
Le Bolchévisme règne. Il triomphe en Russie par la terreur ; il vit largement et librement dans toute l'Europe par l'esprit qu'il a su créer ; le monde est l'objectif qu'il vise et où il veut réaliser le rêve socialiste d'une domination universelle ; il a même partout des agents secrets, des moyens d'action et des sympathies assurées.
A-t-on compris, cette fois, et remonte-on à la source du mal ? Voit-on que ces abominations sont les produits naturels d'un enseignement immoral universellement répandu? Beaucoup reconnaissent que le Bolchévisme, avec ses pillages, ses expropriations arbitraires, ses forfaitures, ses assassinats et ses crimes de toutes sortes, n'est,
en âomme, que le Socialisme mis brutalement en fonction, et que c'en est la quintessence. Eh bien, la sagesse humaine y a-t-elle rencontré un aliment salutaire ? Combien, parmi les gens qui partagent cette conviction, sont nombreux ceux qui songent à prémunir leur esprit contre la contagion de certains principes sur lesquels s'appuie une doctrine aussi néfaste ? Les torrents d'idées révolutionaires grondent autour de nous sans que personne ne songe davantage à y faire échec. Que dis-je, nombreux sont les imprudents qui, sur maints points, donnent prise au torrent qui bouillonne sous un souffle factice, et y laisse aller, par inconsidération ou négligence, sinon par malice, quelque lambeau d'une conviction qu'il faudrait non seulement conserver, mais fortifier. Je le demande encore, travaille-t-on, avec plus de conviction, à conserver la pureté de son esprit et se fait-on un devoir plus rigoureux de penser et d'agir comme l'Église veut que ses fils pensent et agissent ?
Voyons un peu notre attitude en face de la situation faite à la famille de nos jours. Le problème est important, capital même. Toute la vie sociale de l'homme y tient par des liens nombreux et délicats. Les tentatives actuelles du Bolchévisme en matière familiale nous font-
elles songer, par ce qu'elles ont de monstrueux, aux dangers des opinions et des pratiques d'origine similaire et condamnées par l'esprit chrétien, qui, en certains milieux, ont la faveur du jour ?
N'exigeons pas une réponse. L'aveu serait trop pénible. Laissons plutôt parler les faits : ils sont significatifs.
Le premier devoir qui s'impose, à l'heure actuelle plus encore qu'en toute autre circonstance, est celui d'épurer les notions relatives au mariage et de voir dans l'état qu'il crée autre chose qu'un rapprochement et un accouplement des sexes. Plus que jamais, il importe de considérer l'union des époux comme une institution digne d'un être moral et religieux comme l'homme, créatrice d'une génération à élever moralement et chrétiennement. Il est urgent de sentir la nécessité de se rendre apte à une aussi noble et aussi haute mission par des mœurs d'une pureté à toute épreuve et d'une supériorité incontestable.
Or, que voyons -nous à cette époque si troublée ? Loin d'assister à une rénovation de l'esprit chrétien, le seul qui puisse nous préserver de toute catastrophe, nous sommes forcés d'être les témoins d'un débordement incontrôlé d'immoralité, même parmi nos populations catholiques . On est non seulement sourd aux récriminations trop motivées d^s
pasteurs d'âmes, on étouffe même 1« cri de la conscience,en faisant un effort sacrilège pour concilier des pratiques infâmes avec les faux dehors d'une piété de surface. Malgré les difficultés économiques qui s'élèvent sans cesse, l'histoire n'a jamais enregistré un déploiement de luxe aussi intense et aussi universel ; et tout tend, non à faire ressortir la beauté de l'âme, mais à mettre, dans l'homme, l'animal en relief.
La mode dans les habits, avec ses formes empruntées au théâtre pervers, ses omissions volontairement sensuelles, la transparence de ses tissus savamment calculée pour piquer une curiosité malsaine, est corrompue et corruptrice, comme aux jours les plus dégradés de la décadence romaine. L'audace, la désinvolture avec laquelle on affiche partout, sous les froids les plus mordants de l'hiver comme sous les plus grandes chaleurs de l'été, sur les rues, dans les bureaux ou les magasins, comme dans l'intimité des demeures, chez la fille la plus ingénue comme chez la soubrette la mieux rémunérée, une nudité provocatrice, scandaleuse et mille fois criminelle, montre, pour le moins, une déchéance de la pudeur et un accroissement d'inconsidération impardonnables. Le silence dont on entoure ces vilenies, en démontrant apparemment qu'on les approuve,
témoigne que la gangrène atteint des profondeurs lamentables.
Si, de ces usages diaboliques, Ton rapproche les divertissements abrutissants qu'on a importés je ne sais d'où, le tableau prend alors toute sa signification. Voyez ces romans qu'on répand par milliers, ces représentations cinématographiques où le vice s'étale sans déguisement, ces dances où l'animal inspire à l'homme des mouvements et des poses lascives, ces théâtres où l'on applaudit les humiliations imposées à la vertu méprisée et bafouée et les apothéoses accordées au vice qu'on a eu soin de farder et de montrer sous des couleurs attrayantes ;(1) synthétisez toutes ces scènes
(1) Nous empruntons au Devoir, numéro du jeudi, 24 mars 1921, la note suivante qui caractérise bien une des faces de la mentalité mercantile de notre époque. Il s'agit du théâtre, dont tous sont forcés de reconnaître la pourriture :
" Un chroniqueur proteste en termes vigoureux contre la pourriture qu'on sert dans les théâtres français de Montréal, sous prétexte de donner un répertoire tout à fait nouveau ; il en a justement contre les Bataille, les Bernstein, les Wolff et deux ou trois autres techniciens en drames faisandés, où l'adultère tient toute la place. La protestation vient à son heure. Elle serait pourtaut plus écoutée, si elle ne paraissait pas dans les colonnes d'une feuille qui a, plus que quiconque, répandu dans les cercles canadiens-français la réclame en faveur de pareils dramaturges et de leurs pièces, et qui retire, en argent sonnant, des milliers de piastres, chaque année, comme prix de toute sa publicité. Si la caisse, une fois, se mettait d'accord avec les principes des protestataires, l'avis de ceux-ci aurait chance d'être écouté des en-
d'incontestable débauche et rappelez-vous la réclame qu'on leur fait et qui est entendue, de même que les mesures de faveur et de privilège dont on cherche à les entourer ; puis mettez-les en parallèle avec les tentatives que l'on fait, par tous les moyens imaginables, pour légaliser la dissolution de la famille par le divorce reconnu et prononcé par l'État ; quel est le penseur soucieux de la vérité qui, à ce spectacle terrifiant, ne sera pas forcé d'y voir une conspiration savamment machinée pour disloquer nos foyers chrétiens. Plusieurs ont cru y découvrir l'œuvre calculée d'une association ténébreuse ; l'esprit chrétien y voit certainement la preuve la plus palpable de l'existence et de l'action de Satan, c'est-à-dire d'un être intelligent et puissant qui s'est donné la mission de nous perdre.
Cependant, la vue de ces désolations nous laisse paisibles, comme si tout allait à merveille. Certes, si nous ne sommes pas méchants, nous sommes au moins fort légers ; et notre insouciance n'est pas moins antichrétienne, antinationale et antifamiliale.
trepreneurs en spectacles. Mais tant qu'il se trouvera, chez nos grands journaux, une administration pour toucher l'argent sans s'occuper jamais de son odeur et de son origine, les plus belles protestations du monde, insérées dans l'endroit le plus voyant du journal, resteront sans écho."— G. P.
Qu'on nous pardonne de signaler des choses concrètes et précises : il faut être clair, le péril est trop grand et trop imminent.
Ne rencontrons-nous pas, parmi nos catholiques même pratiquants, des gens soi-disant orthodoxes, qui verraient d'un œil indulgent, presqu'avec plaisir, la mainmise de l'État sur le mariage ? Ils savent parfaitement que c'est au fond proclamer le Pouvoir civil maître, législateur et juge du mariage et de la famille. Mais se rendent -ils compte que c'est également prononcer l'arrêt de mort contre le régime familial et ouvrir une voie qui, par une pente rapide, mène aux pires abominations ? Le parcage des femmes, imaginé par des socialistes en train de réformer l'œuvre de la création, et les immondes haras d'hommes et de femmes qui en résulterait n'ont besoin d'aucun autre appui pour hanter le cerveau de certains réformateurs? Nos catholiques inconsciemment socialisants y songent -ils ?
Et lors même que l'État serait déterminé à ne pas pousser jusqu'aux extrêmes les conséquences du pouvoir dont on veut l'investir, sa prétention de régir le mariage comprendrait logiquement le pouvoir de prescrire des solennités soi-disant essentielles à la validité de ce contrat, la compétence à statuer des empêchements dirimants et la puis-
sance judiciaire à juger, en première et en dernière instances, les difficultés qui surgissent au sujet des épousailles. Du même coup, la vie domestique serait mise, dans ce quelle a de plus intime, à la merci des fluctuations politiques ; elle perdrait ses garanties d'unité, de stabilité, d'harmonie et de liberté ; et enfin, on accréditerait l'opinion qui voit, dans le contrat matrimonial, un contrat civil pur et simple, dans sa forme la plus vulgaire et la moins stable. N'est-ce pas l'idée que nos voisins et qu'un grand nombre de protestants ont du mariage ?
Et s'il avait une juridiction aussi étendue, pourquoi le pouvoir civil ne briserait-il pas, avant qu'on tente de les nouer, les liens du mariage, si durs pour quelques-uns ? Pourquoi ne sanctionnerait-il pas de son autorité un état, toléré en d'autres pays et basé sur l'amour libre ? Pourquoi ne pourvoirait-il pas, en vue des intérêts nationaux, à la procréation des citoyens par l'abolition du régime familial et l'établissement d'institutions civiles richement dotées et scientifiquement organisées ? Et que ne pourrait-on pas encore demander ?
Seuls, sans doute, les impies et les incrédules peuvent songer ainsi à déprécier le mariage. Mais sommes-nous bien à l'abri de leurs coups, et
faut-il que les catholiques contribuent à cette dépréciation par des concessions que la conscience ne leur permet pas de faire ?
Nous tendons malheureusement trop à déconsidérer le mariage. La preuve en est dans le peu de préparation chrétienne que Ton apporte à fonder un foyer.
Quelle est la préoccupation d'un trop grand nombre de nos jeunes filles en âge de fixer leur avenir ? Combien n'y en a-t-il pas qui tentent de s'attirer, par des procédés au moins équivoques, les préférences d'un jeune homme ? Hélas, leurs tentatives vol vip tueuses, manifestées par leur déshabillé, leur démarche peu retenue, leurs provocations adressées à tout venant, leur tendance à fuir la surveillance maternelle, et parfois même leur conversation, montrent qu'elles n'ont qu'une voie de procéder : la séduction. Elles prennent le mariage par ce qu'il renferme de charnel. Elles ne songent qu'à la jouissance, sans songer que la seule présence du plaisir est déjà un avertissement de la possibilité et de l'éventualité de la douleur, et que le moindre mal qui puisse leur arriver est la satiété et le dégoût à brève échéance. Que ne profitent -elles pas des leçons fournies par d'autres pays où la femme ne
rencontre pas dans le cours de son existence les préservatifs de la religion !
Car, ce qui rend la situation très alarmante, c'est que ces mœurs païennes servent à préparer bien d'autre malheurs.
La femme qui, étant fille, a cherché avant tout à jouir, continue de rechercher principalement la jouissance dans la famille qu'elle a eu la témérité de fonder ainsi. Elle oublie vite ses promesses etmême ses serments, et elle fuit les devoirs et les fonctions de son état dès qu'ils comportent quelque peine. Comme le figuier stérile dont parle l'Évangile, elle s'attache à se parer d'une foliation abondante de futilités de toutes sortes, refusant de s'enrichir des fruits de sa fécondité. Comme lui aussi, elle porte, dès l'été, longtemps avant l'automne de sa vie, la malédiction qui s'attache à sa stérilité coupable. Affermie dans ses erreurs par les mauvaises lectures et les exemples pernicieux que lui fournissent les théâtres et les cinémas, elle abdique ses droits à la dignité royale d'une maternité honnête, ou elle n'en accepte qu'une couronne flétrie, sans en assumer les devoirs ; et, du même coup, elle perd ses titres au respect de l'homme, elle devient l'objet des passions les plus brutales ou de l'humeur la plus jalouse ; elle déchoit devant Dieu et sa pro-
pre conscience ; elle perd l'estime, la confiance et l'amour de celui à qui elle s'était liée pour la vie ; et elle tombe dans la déconsidération et le mépris. Sa vie domestique, féconde en larmes et en déceptions de toutes sortes, s'en va finalement se briser sur une sentence de divorce ; et elle, pauvre épave que les années ont flétrie et que les épreuves ont broyée de mille manières, s'en ira à la dérive, à charge à elle-même et aux autres, dans un monde qui lui rendra le mépris dont elle a jadis largement gratifié les autres.
De nouvelles noces se présenteront peut-être à son choix; elle leur demandera un peu de stabilité et de repos ; elle y trouvera de nouveaux déboires et peut-être de nouvelles infortunes.
Elle sera certainement mûre alors pour aller grossir le groupe bruyant des féministes. Elle qui était faite pour dominer insensiblement l'homme de toute l'autorité de ses qualités morales, elle se voit réduite à demander à des théories arbitraires une égalité factice qui ne lui attirera que de nouvelles déceptions et un mépris encore plus mérité.
Les femmes qui suivent un à un tous les degrés de cette dépravation sont relativement rares dans notre pays où la Foi, bien qu'affaiblie sur quelques points, est restée dans son ensemble vive
et pratique ; elles sont communes aux États- Unis, et il ne faudrait pas qu'elles le devinsent ici. Un mariage sur dix aboutit dans ce pays à un résultat analogue à celui que nous avons décrit. La proximité d'un tel fléau est un danger pour nous qui recevons trop facilement les coutumes et les modes que nos voisins colportent chez nous avec leur marchandise. La facilité avec laquelle s'émousse actuellement la conscience de nos jeunes filles est un grave avertissement dont devraient tenir compte tous ceux qui savent penser et qui peuvent voir, dans leurs germes, les conséquences désastreuses qui se préparent.
Il n'y a qu'un moyen de nous prémunir contre le mal : c'est le moyen qui assurera la supériorité de notre race sur tous les peuples qui se suicident en cette terre d'Amérique ; c'est d'aviver la foi que nous ont léguée nos ancêtres ; c'est de tenir fermement à nos traditions nationales et de rejetei impitoyablement la dissolution qui tente de s'introduire dans nos mœurs. Il est temps d'y songer. Ce qui ?e passe actuellement sous nos yeux est à faire réfléchir. Un même cri devrait être sur toutes les lèvres honnêtes : " Pas de concession à la futilité, à la vanité ou à la sensualité. Sauvons nos filles, nos femmes et f nos foyers !
Et tous, restons nous-mêmes : fils de l'Église et de la vieille France ! "
Pour cela soyons attachés aux idées pures dont le Catholicisme a enrichi notre esprit, et dans nos familles revenons aux mœurs patriarcales de nos ancêtres. Que l'autorité soit consolidée dans nos foyers ; que les parents sachent le prix de la couronne et l'utilité du sceptre qu'ils portent ; que les fils comprennent l'importance d'une obéissance affectueuse ; que nos foyers cessent d'être des hôtelleries où l'on s'ennuie et où on séjourne le moins possible sauf pour prendre des repas ou chercher un repos aux fatigues prises ailleurs ; que l'éducation familiale soit complète et soignée ; qu'on l'encourage, qu'on la fortifie et qu'on l'aide de ses deniers, mais qu'on se garde bien de l'entraver même par des chaînes dorées. Que nos demeures deviennent comme des ruches fécondes ; qu'elles bourdonnent d'une progéniture nombreuse; que tous aient à cœur l'honneur de leur nom et de leur race ; et, pour que tout soit harmonieux, paisible et fécond dans les choses du foyer, que l'on s'attache fortement à apporter un remède énergique aux trois grandes plaies qui désolent actuellement un grand nombre de nos familles : l'ivrognerie, le blasphème et le besoin factice d'un luxe exagéré. Pour cela, il faut que chacun con-
naisse ses droits et ses devoirs, que tous contribuent, dans la mesure de leurs forces, à répandre largement la connaissance juridique des choses familiales et s'appliquent à connaître, à aimer et à observer les prescriptions naturelles et catholiques du Droit familial. C'est un point capital, nécessaire à notre patriotisme pour qu'il soit complet, éclairé, fructueux, vraiment catholique et vraiment canadien.
2° Le moyen de bien connaître les droits et les devoirs familiaux
Nous ignorons l'impression produite sur nos lecteurs par le tableau actuel de nos mœurs. Tous doivent avouer que le ton général en est sombre et que ses couleurs n'offrent aucun contraste d'exagération ou de fausseté avec la réalité. Plusieurs même pourraient nous reprocher de n'avoir pas insisté sur certains points que nous avons omis intentionnellement afin de ne pas voiler complètement des saillies lumineuses de nature à inspirer, malgré tout, la confiance et l'espérance.
Nous avons l'esprit du catholicisme, le culte de l'ordre, la passion du beau, l'instinct de la famille et le besoin senti de la religion. Ce sont de précieux atouts, dans la partie qui se joue autour de nos foyers, et dont nous devons user pour
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vaincre les tentatives de la passion que l'enfer ébranle dans le but de nous aveugler et de remporter la victoire. Il y a lieu d'espérer, car pour retrouver notre force, il suffit de nous ressaisir et de mettre à profit, avec décision, ce que nous sommes, franchement au fond, mais paresseusement.
Quel est donc notre devoir actuel, et comment serons-nous utiles à la cause familiale ? Se poser cette question, c'est se demander les moyens à sa disposition. Et bien quels sont donc les nôtres ?
Us se formulent en deux mots : le premier, le principal, celui qui doit être le principe moteur et directeur des autres, c'est celui qui fait l'objet de ce chapitre, c'est d'être, dans nos convictions, vraiment catholiques ; le second est la mise en pratique du premier, c'est d'être comme les premiers chrétiens, même au mépris de notre sang, s'il le faut, d'un courage inlassablement catholique dans l'application des principes chrétiens. Nous en parlerons dans notre prochain chapitre.
Etre d'un vrai catholicisme dans nos conceptions sur la famille, c'est-à-dire penser et professer à son sujet tout ce que l'Église pense et professe, voilà le flambeau qui nous est offert comme premier moyen et qui doit éclairer tous nos actes et les diriger sûrement dans la voie droite. Nous avoni
raison d« compter sur cette lumière : elle est éclairante, sûre et complète.
Elle est éclairante parce quelle révèle ce que l'homme doit croire et faire pour conserver et accroître l'intégrité de son esprit et de son cœur dans l'accomplissement de ses devoirs naturels et la poursuite de son bonheur éternel.
Elle est sûre, parce qu'elle procède de Dieu, qui ne peut tromper et qui lui donne une assistance infaillible l'empêchant de dévier.
Elle est enfin complète ou suffit à tous les besoins. La raison en est facile à comprendre : elle repose sur cette vérité que le Catholicisme a mission d'enseigner tout ce qui intéresse la famille dans la poursuite de sa destinée. La famille, en effet, tend vers un double but : celui que la Nature lui assigne en lui confiant la mission de fournir à l'humanité une génération d'hommes humainement parfaits, et celui qui lui est déterminé par sa vocation surnaturelle, à savoir, donner à Dieu des chrétiens ou des hommes régénérés par le sang et la doctrine du Christ. Or, de par son institution divine, l'Église pourvoit à tous les besoins intellectuels imposés par cette double fin. Comme dépositaire de la Foi, elle définit les vérités surnaturelles qu'il faut croire ; et, comme gardienne de la Morale, qui est insépa-
rable de la Foi chrétienne, elle enseigne toutes les vérités théologiques qui, directement on indirectement, découlent des principes révélés, et de même aussi, toutes les vérités naturelles ou philosophiques qui sont les préliminaires ou les préambules de la Foi.
La tâche à remplir par nous est donc manifeste : elle consiste d'abord à rechercher les vérités qu'il faut croire, les vérités de la Foi. Ces vérités, nous l'avons dit, sont contenues dans les Livres révélés. L'Église les a rédigées, en forme concise et claire, dans ses définitions. Les rejeter totalement, les amputer ou les modifier est un crime : c'est la rupture de la communion avec les fidèles ; c'est l'apostasie avec toutes les peines qu'elle entraîne. On rejette alors des vérités essentielles et fondamentales, sans lesquelles on ne saurait être chrétien ; on ne peut désormais être considéré comme disciple du Christ.
Il est évident que tout catholique doit se faire un devoir d'étudier, de connaître et de professer chacune de ces vérités. L'obligation en est grave parce qu'y manquer c'est pour lui forfaire aux promesses de son Baptême.
La docilité du catholique doit toutefois s'étendre plus loin encore. Il est soumis à l'Église, non seulement dans l'intégrité de sa foi, mais encore
dans l'intégrité de ses convictions : comme sa foi, celles-ci doivent être franchement catholiques. Car, l'Église enseigne une foule d'autres vérités qui, n'étant pas révélées explicitement, ne sont pas l'objet d'une définition dogmatique mais qu'un catholique sincère est tenu de rechercher et de professer. Qu'il existe de telles vérités, la chose n'est pas douteuse.
Dieu se doit, en effet, d'être logique dans ses œuvres. Il ne peut imposer à l'homme la foi à des vérités révélées, sans imposer logiquement l'adhésion aux vérités qui comportent avec les premières un lien nécessaire, soit parce qu'elles en sont des conclusions logiques, soit parce qu'elles en sont des vérités préliminaires. Les premières sont des vérités d'ordre théologique. Les dernières sont des vérités naturelles et d'ordre philosophique. Ces dernières comprennent les vérités qui constituent la Morale philosophique. L'homme ne saurait prétendre à une sanctification surnaturelle de son âme sans posséder antérieurement la sainteté naturelle qui y est un acheminement. Aussi, l'Église, dont la mission expresse est de procurer l'avancement surnaturel de l'homme, est-elle d'abord chargée de garder et de promouvoir la Morale naturelle, laquelle comprend les droits et les devoirs familiaux.
Voilà donc encore un enseignement donné par l'Église, se distinguant parfaitement de la définition dogmatique. L'Église le donne publiquement et avec une autorité qui lui est garantie par les paroles du Sauveur : " Celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous méprise me méprise." Le catholique est tenu d'y adhérer, sinon par la vertu de Foi, puisqu'il ne s'agit pas de Foi, au moins par cette vénération que mérite une institution doctrinale instituée et soutenue par Dieu pour enseigner des vérités aux hommes qu'elle prépare ainsi à l'acte de Foi.
Sans doute, le catholique qui, sous la prétention d'une liberté de pensée, rejette quelqu'une de ces vérités, sans rejeter celles qui sont définies, ne se voit pas pour cela privé de son titre de catholique et n'encourt aucune des peines portées contre les hérésiarques ; mais sa profession de Catholicisme manque d'intégrité. Il peut avoir la foi, mais il est illogique avec sa foi ; il reste catholique, mais il ne se montre pas catholique intègre et sincère : son catholicisme, horriblement tronqué, souffre une mutilation qui afflige à bon droit l'Église.
Une comparaison fera comprendre toute notre pensée. L'amputation d'un membre ne détruit pas la nature humaine. L'homme qui la subit reste essentiellement un homme ; il n'en est pas
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moins privé de l'intégrité humaine ; il y a chez lui quelque chose de faux, un mal qui provoque l'horreur ou la pitié et qui est, pour sa mère, une cause de grandes douleurs. Tels sont ces esprits prétendus forts, qui font profession de catholicisme en rejetant quelqu'une des convictions catholiques. Ils conservent leur caractère de chrétien, l'essence de leur foi subsiste ; mais ils sont sérieusement atteints dans la logique et l'intégrité de leur mentalité chrétienne ; ils donnent au monde le monstrueux spectacle d'un catholique-aveugle, d'un catholique-boiteux ou d'un catholique-manchot ; et leur infirmité, — car c'en est une très grande, — désole doublement notre mère, la sainte Église, et par le mal qu'elle produit dans la victime, et par l'obstacle qu'elle oppose à son action sanctificatrice.
Cet illogisme de certains catholiques-mutilés est trop commun de nos jours ; il se produit dans toutes les classes de la société ; il se montre au grand jour, sans pudeur, en affichant même une crânerie enfantine et scandaleuse. Il tient à une mentalité affaiblie, où le manque de conviction religieuse est apparent ou d'où le courage des convictions catholiques est banni. Il provient de ce que l'on rougit de penser et d'agir en catholique, daa§ dea queitioni où 1* Morale est mtére*»é#
en même temps que d'autres intérêts d'ordre secondaire.
Qu'on nous permette de rappeler un souvenir personnel. Lors des débats soulevés, il y a quelques années, autour d'un projet de loi sur l'obligation scolaire, un partisan de cette mesure nous disait pour s'excuser de mettre de côté les considérations morales : " Vous autres, vous condamnez, comme hérétiques, ceux qui pensent autrement que vous ! " La boutade était exagérée. (1) Nous condamnons, non comme hérétiques, mais comme illogiques, comme aveugles et mutilés, les catholiques qui oublient le côté moral de la questionna savoir les droits des parents que l'on méconnaît, l'intrusion de la politique dans le domaine familial et la basse servilité à laquelle
(1) Elle nous met en-* mémoire^une réplique du même genre faite à Mgr Ant. Gauvreau alors qu'il était curé de Saint-Roch de Québec. Il demandait à un visiteur, nouvellement arrivé d'un voyage en Europe : " Voyons, tu nas pas perdu la Foi ? — Non," répliqua celui-ci, avec une petite pointe de malice ; mais j'ai beaucoup restreint l'objet de ma Foi."
Cette réponse était acceptable si celui qui la donnait voulait signifier que sa Foi avait été mise à point par une connaissance plus raisonnée du catholicisme, si, en d'autres termes, des convictions catholiques étaient venues chez lui remplacer une foi trop humaine. La même réplique prenait une signification blâmable, si, par une imprécision de termes, elle comportait la réduction à un minimum trop restreint des convictions catholiques qui doivent nécessairement accompagner l'acte de Foi.
on réduit par force l'autorité familiale essentiellement autonome dans son domaine, pour ne voir que des avantages inférieurs, réalisables également par des procédés plus nobles, comme une fréquentation scolaire mieux assurée et une plus grande diffusion des notions de la lecture, de l'écriture et de l'arithmétique.
En somme, pour se dépouiller de toute teinte apparente de religion, on méconnaît les leçons de l'histoire, on ne songe pas à l'affaissement des caractères produit dans la société par les habitudes d'asservissement, et l'on accepterait l'esclavage déguisé sous la forme d'un progrès quelconque. Depuis la mort du Paganisme, jamais menace de servitude n'a été plus grande, que depuis que l'on parle tant de liberté, d'égalité et de fraternité. L'Église s'oppose à cette rénovation de la déchéance humaine, fut-elle lettrée comme celle des Grecs dans l'empire romain. L'humanité gagnera en liberté, en dignité et en vrai progrès à cette résistance de l'Église.
Ayons l'esprit assez catholique pour comprendre la supériorité toute spirituelle d'une société qui sait respecter tous les droits et voir à l'accomplissement de tous les devoirs, et comme conclusion, faisons passer la Morale avant tout.
H est opportun que noua nous fassions une mentalité catholique au sujet des choses qui intéressent la famille. Dans nos sociétés démocratiques, tout est mis en question ; nous avons souvent à nous faire une opinion solidement fondée sur les problèmes débattus ; et il arrive parfois qu'il est difficile de prendre une orientation vraiment catholique dans le dédale des solutions contradictoires proposées dans les discussions. Quels sont les principes modérateurs qui maintiendront en nous l'esprit catholique dans tout ce qui a trait au Droit familial ?
Nous les résumerons en peu de lignes. Il est d'abord à se rappeler que l'Église dédaigne comme futiles les déclamations sonores et vides, les considérations qui sont purement personnelles et n'offrent rien d'objectif et de fondé dans la réalité. Puis elle veut que tout soit réglé à la lumière des deux grandes vertus chrétiennes : la charité et la justice. Elle commande que l'on fasse passer le surnaturel avant le terrestre; le salut des âmes avant les intérêts politiques ou économiques; la question de justice avant la question d'opportunité, de profit matériel, de nécessité sanitaire, d'une plus grande efficacité, comme par exemple, dans l'éducation foùll'onf préconise parfois des moyens tani tenir compte du droit des parent*. E1U
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ne méprise ni le progrès physique, ni le progrès intellectuel ; elle les bénit au contraire ; mais, elle les subordonne au progrès moral et veut que celui-ci passe avant toute autre chose dans les préoccupations quotidiennes.
Elle reconnaît la personnalité juridique de la famill eet sa pleine autonomie dans la régie interne du foyer, (l) Elle ne permet pas que Ton tente de promouvoir une utilité, individuelle ou sociale, en violant un droit certain, quel qu'il soit, qu'il appartienne à une personne morale qu'on ne peut palper, comme la société domestique, ou à une personne physique dont les malheurs excitent davantage la sympathie, comme l'individu ; qu'il s'agisse d'un homme pauvre, faible, ignorant et sans influence, ou d'un homme riche, puissant, savant et d'une haute condition sociale.
Elle recommande, chez tous, de la vénération pour la sainteté du mariage, et, chez les époux, une fidélité constante, amoureuse et exempte de jalousie, aux promesses matrimoniales. Elle réclame au sein du foyer une autorité, faite de bonté et de fermeté, mais réelle et libre des tracasseries
(1) Léon XIII, Encyclique Rerum novarum : " Il est dans l'ordre, avons-nous dit, que ni l'individu ni la famille ne soient absorbés par l'État ; il est juste que l'un et l'autre aient 1* faculté d'agir avec liberté aussi longtemps que cela n'atteint pas le bien général et ne fait injure à personne."
ou des intrusions étrangères, autorité commune à l'homme et à la femme, mais se hiérarchisant de l'un à l'autre pour se compléter et se soutenir, sans se nuire et surtout sans se détruire.
Elle assigne au père et à la mère des fonctions, des droits et des devoirs, en se basant, non sur une égalité imaginaire, mais sur les aptitudes intellectuelles et morales, la complexion physique et la destination naturelle de chacun. Elle recommande la franchise et la pureté dans les fonctions génératrices, le dévouement et le désintéressement dans les fonctions éducationnelles, une charité et une prévenance inlassables d'une part, et une modération d'exigences jointe à une parfaite reconnaissance, d'autre part, dans les fonctions officieuses.
Elle veut que les relations de la famille avec les autres familles, dans la même municipalité, dans le même comté, dans la même province, dans le même pays, ou même dans des régions différentes, soient inspirées par un grand esprit de charité et de justice. Elle commande que ses relations avec l'Église soient celles de la plus filiale et de la plus complète soumission. Elle la prie, enfin, de ne pas se désintéresser des choses de l'État, de s'y prêter, au contraire, selon ses moyens et les exigences des temps et des lieux, de s'orner des ver-
tus civiques, d'être animée d'un patriotisme éclairé, et de songer que la prospérité du pays amène constamment la prospérité des familles, et qu'il est du devoir de tous les citoyens d'y contribuer.
Tels sont, en résumé, les principes catholiques qui doivent saturer l'atmosphère de tous les foyers pour éclairer et diriger toutes les âmes : ils y font germer l'ordre, l'harmonie et la paix.