‹ Le droit familialChapitre 12 sur 18 · COOPÉRATION AUX DIRECTIONS DU DROIT FAMILIAL · texte numérisé non relu

COOPÉRATION AUX DIRECTIONS DU DROIT FAMILIAL

1° Sa Nécessité

La diffusion des vérités catholiques au sujet de la famille est un bien fort appréciable. Ces vérités sont lumineuses et pratiques : elles dissipent les ténèbres accumulées par les préjugés et fournissent à l'esprit des données sûres, qu'on doit posséder pour savoir ce qui est à faire et à éviter pour se maintenir entre les limites du droit. Elles parlent un langage immatériel qui rehausse l'âme ; elles sont d'une portée qui franchit les limites du temps, d'une utilité et d'un à-propos qui assurent, sur la terre, le bien et la félicité des foyers.

Mais, pour devenir des forces vives et doubler leur puissance de travail, elles exigent de notre part des dispositions qui accroissent la docilité de notre âme aux impulsions de ces principes.

Dans la pratique de l'ordre moral, comme dans la conduite générale de la vie soit naturelle soit surnaturelle, il ne suffit pas d'être riche en idées. Ces idées, si vraies, si profondes, si utiles et si honorables qu'elles soient, ne sauraient suffire

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toute» seules ; il faut en outre qu'elles deviennent des germes féconds d'action, qu'elles soient assez vivantes et assez actives pour produire dans l'esprit, non seulement des convictions profondes, mais des forces motrices, des sollicitations impérieuses, des voix puissantes, capables de dominer le tumulte et de vaincre les impulsions des passions.

C'est une vérité psychologique incontestable, que révèle et démontre l'expérience de tous les jours, il y a une Foi et une science, des connaissances en un mot, qui se confinent dans l'enclos spéculatif de notre savoir, et ne réussissent pas à ébranler notre volonté et à lui déterminer pratiquement la voie qu'elle doit choisir. Elles ont une lumière à demi stérile ; elles éclairent l'esprit en y produisant parfois de solides convictions ; mais elles en restent là ; elles ne réfléchissent pas leur radiation au dehors ; elles ne savent pas établir une relation impérieuse entre l'intelligence qui les perçoit et la volonté qui devrait les suivre. Oui malheureusement, telle est notre volonté, depuis sa chute originelle ; elle est un ressort puissant qui domine et maîtrise nos actes et qui se déclanche de lui-même dans une direction choisie librement, mais sous la dictée persuasive de la raison pratique ou des sens ; elle attend,

pour se déterminer, un jugement qui lui vient d'en haut ou d'en bas, et celui qui prévient ou qui est le plus pressant l'emporte.

Ce fait se réalise chaque jour et chez tous les hommes, dans l'ordre naturel et dans l'ordre surnaturel. Et la Foi ou la science qui gisent ainsi dans la stérilité, ne servent alors, en pratique, dans nos bonnes actions, qu'à diminuer nos mérites, et dans nos mauvaises, qu'à faire varier la culpabilité de nos actes avec l'intensité des lumières possédées.

Et qui contesterait l'inefficacité des lumières de l'esprit à nous maintenir dans la voie de l'honnêteté? Les démons sont des intelligences supérieures ; ils connaissent la beauté du bien et la laideur du mal ; mieux que nous, ils savent les lois qui régissent l'honnêteté ; mais ils n'en sont pas moins des esprits tournés au mal, et ils ne contribuent pas moins à pervertir l'humanité

Il apparaît également bien, dans une lumière qui dissipe toute incertitude, que, chez les hommes, la pratique est souvent en contradiction avec le spéculatif. C'est la scission possible de ces deux ordres que nous désignons en Morale sous le nom de crime. Celui-ci se distingue nettement de l'erreur ou de la simple ignorance : il suppose la délibération, ou la connaissance d'une loi sciem-

ment méprisée. Un homme est formellement assassin ou voleur, quand, sachant la loi qui lui fait un devoir de respecter la vie et la propriété d 'autrui, il attente volontairement à ses droits ; et chez aucun peuple civilisé, il n'existe de code pénal qui consente à punir l'ignorance ou Tinconsidération comme le crime. La seule imputation de celui-ci est donc une reconnaissance de ce que les idées les mieux acquises sont souvent impuissantes à imposer toutes seules une direction pratique à la volonté humaine.

Pour que les idées deviennent vives et fécondes dans Tordre pratique, il f aut,en outre, chez l'homme qui les possède, une orientation spéciale de l'intelligence et de la volonté qui permette à ces notions de réfléchir pleinement leur lumière sur la volonté et d'exercer sur celle-ci une impulsion persuasive vers l'acte à produire.

Cette vérité, évidente dans Tordre naturel, n'est pas moins certaine dans Tordre surnaturel. C'est elle que l'Apôtre Saint-Jacques soulignait expressément dans son Êpitre, lorsqu'il exhortait les fidèles confiés à ses soins à ne pas se contenter de la Foi morte.

" 12. Réglez donc, dit-il, vos paroles et vos actions " comme devant être jugées par la loi de la liberté»

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•* 13. Car celui qui n'aura point fait miiêri* 44 corde, sera jugé sans miséricorde. . .

" 14. Mes Frères, que servira-t-il à quelqu'un 4 de dire qu'il a la foi, s'il nya point les œuvres? 4 La Foi pourra-t-elle le sauver ?

44 15. Que si un de vos frères ou une de vos sœurs 1 n'ont point de quoi se vêtir, et qu'ils manquent ' de ce qui leur est nécessaire chaque jour pour 4 vivre ; et que quelqu'un d'entre vous leur dise : 4 Allez en paix . je vous souhaite de quoi vous 4 garantir du froid, et de quoi manger, sans leur 4 donner néanmoins ce qui est nécessaire à leur 4 corps, à quoi leur serviront vos paroles ?

44 17. Ainsi la Foi qui n'a point les œuvres est 4 morte en elle-même.

44 18. En sorte qu'on pourra dire : :< Vous avez 4 la foi, et moi les œuvres ; montrez-moi votre 4 foi qui est sans œuvres, et moi, je vous montrerai 4 ma foi, par mes œuvres.

44 19. Vous croyez qu'il n'y a qu'un Dieu ; vous 4 faites bien. Les démons croient aussi; et... 4 ils frémissent.

44 20. Homme vain, vous voulez donc savoir 4 que votre foi sans les œuvres est morte?

"21. Mais, Abraham, notre père, ne fut-il 4 pas justifié par les œuvres, lorsqu'il offrit son 4 fils Isaac sur l'autel?

"22. Ne voyêx-vouê pas que sa foi était jointe "à ses œuvres, et que sa foi fut consommée par ses " œuvres ?

" 24. Vous voyez donc que V homme est justifié " par les œuvres et non pas seulement par la foi.

"26. De même que le corps sans âme est mort9 " de même aussi la foi sans les œuvres est une foi " morte" (l)

Il est donc évident que les idées acquises, soit naturellement par voie scientifique, soit d'une manière surnaturelle par la Foi, ont besoin d'être vivifiées par notre coopération active pour devenir fécondes dans Tordre pratique. Et, par conséquent, toutes les raisons que nous avons fait valoir dans l'article précédent, pour démontrer la nécessité actuelle d'une diffusion intense des saines notions juridiques au sujet de la famille, font voir également l'obligation dans laquelle nous sommes, non seulement de les accueillir avec empressement, mais encore de disposer notre esprit et notre volonté de manière à ce qu'elles deviennent, pour nos actes, des règles impérieuses, à l'influence desquelles rien ne saurait nous soustraire.

(1> Epit,. de S. J*cquei, II.

2° Coopération individuelle

Une double tâche s'impose donc à la réforme de nos mœurs actuelles : tâche à la fois individuelle et collective. Aux individus, il importe qu'ils se fassent une mentalité pure de tout alliage ; mais, comme nous sommes faits pour vivre en société et que nous y trouvons une énergie plus grande, il n'est pas moins important d'opposer au flot envahissant des mœurs païennes la digue compacte de nos efforts parfaitement concertés. Expliquons d'abord le travail individuel, et nous traiterons ensuite la question de notre tâche collective.

La famille est une collectivité de personnes. Elle n'apparaît dans la perfection de sa forme juridique que si tous les individus qui la composent sont profondément pénétrés de leurs droits et de leurs devoirs, et qu'ils se montrent résolus de posséder les conditions requises pour que les idées chrétiennes aient chez eux une puissance vraiment directrice. Quelles sont donc ces conditions particulières ?

L'intégrité de la Justice originelle établissait dans l'homme un état d'harmonie parfaite entre ses diverses puissances. L'intelligence, faculté première de son être, percevait la vérité sans

effort pénible et sans danger d'erreur ; elle ne s'en tenait pas à ce rôle spéculatif, elle en déduisait immédiatement les conséquences pratiques ; et, consciente de sa supériorité et incapable d'abdication honteuse, elle montrait à la volonté, lumineuse et certaine, la voie dans laquelle celle-ci devait s'engager. La volonté, de son côté, était orientée vers l'intelligence, et recevait d'elle ses directions, sans y rencontrer aucune fausse impulsion venant soit de l'erreur soit des sens. Elle tendait vers le bien véritable, qu'elle choisissait entre mille et qu'elle voulait résolument. Elle tenait les passions sous son sceptre : elle les réveillait ou les maîtrisait à son gré sans jamais subir leur révolte, ni souffrir qu'elles devançassent la raison ; elles les réduisait à l'acte, sous la lumière de l'intelligence, pour mettre fortement à exécution les hautes directions de la raison humaine.

Tel était l'homme quand il est sorti des mains immaculées du Créateur : c'est de cet idéal que doit se rapprocher l'homme parfait. Malheureusement le péché a troublé cet ordre ; la restauration opérée par le Christ, se limitant à la réconciliation surnaturelle de l'homme avec Dieu, n'en a pas réparé toutes les ruines. L'ordre primitif était un don gratuit ; ses ruines subsistent

Après notre restauration pour nous rappeler les malheurs de notre déchéance. Depuis l'œuvre réparatrice du Christ, il a été rendu facile à restaurer, mais imparfaitement ; il est désormais le fruit d'un conquête à faire par nous, le résultat d'efforts vertueux. Nous pouvons et nous devons le reconstituer, le maintenir et le développer, à un degré plus ou moins parfait, selon la capacité de chacun, par l'acquisition des vertus naturelles.

Quelles sont donc les vertus qui, dans l'ordre purement naturel, assurent la fécondité et l'efficacité des principes dans notre intelligence ? Elles sont au nombre de quatre, et, parce qu'elles servent de fondement aux autres vertus, on les a appelées cardinales. C'est la prudence, la force, la tempérance et la justice. La première oriente l'intelligence, en lui faisant rechercher dans la pratique, ce qui est juste, opportun et nécessaire. Les trois dernières sont des habitudes inhérentes à la volonté, l'inclinant fortement à suivre les directions rationnelles, l'aidant à maîtriser les exigences des passions et l'attachant puissamment à ce qui est juste et dû.

Pour que la loi produise noblement son effet sur l'âme humaine, deux conditions sont donc requises : la première est objective et d'ordre cognitif, c'est que la loi apparaisse à l'esprit,

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claire, authentique, fondée et impérieuse. Il en a été question dans le chapitre précédent. La seconde est d'ordre subjectif et consiste dans la possession des vertus qui disposent l'âme à utiliser, sans hésitation et sans défaillance, les lumières que lui fournit la connaissance de la loi.

La possession de ces vertus, si nécessaires pour restaurer l'intégrité compromise par la déchéance originelle et rendue plus précaire encore par la présence du vice, est, avant tout, l'œuvre d une saine éducation. La double nécessité de ces conditions parfaitement distinctes, nous fait comprendre l'inefficacité de l'instruction laissée à elle-même et l'importance capitale d'y joindre un entraînement méthodique à la vertu, par une éducation attentive, constante et virile. A l'instruction qui produit la connaissance de la loi, il faut joindre, pour qu'elle ne soit pas vaine, la force du caractère. Et le caractère se forme et se fortifie par l'éducation. Il est bien précaire et même fort dangereux, le progrès que l'on veut si bruyamment produire dans l'esprit par la science, si l'on n'a le soin de le compléter par le progrès moral dont l'importance est encore supérieure. Les crimes commis par des personnes cultivées le démontrent. Les atrocités barbares, commises froidement, méthodiquement et scien-

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tifiquement pendant la dernière guerre, devraient dissiper toute illusion à ce sujet.

I. Pour nous convaincre de l'importance de leur rôle moral, analysons brièvement une à une chacune de ces vertus cardinales.

La prudence est la première des vertus morales ; elle est la principale par son siège et par son rôle(l) ; toutes les autres reposent sur elle, au point que, sans elle, nul autre ne saurait subsister (2). Elle a pour sujet immédiat l'intelligence (3), mais, contrairement aux autres habitudes de l'esprit, comme la science de l'art, elle est véritablement et proprement, par son objet matériel, une vertu, ou une habitude morale de l'âme (4). Son rôle n'est pas purement spéculatif, comme l'habitude du raisonnement contemplatif, il est éminemment voué à la pratique ; c'est essentiellement une disposition opérative de l'âme. Son nom même le fait voir (5). Elle donne aux actes humains

(1) Cf. S. Thomas, Summa Théologien, Pars la Secundœ, quœst 58, art. 3.

(2) Ibidem, Pars la, Secundœ, quœst. 57, art. 5.

(3) Ibidem, Pars la, quœst. 22, art. 1.

f4t) Ibidem, Pars la Secundœ, quœst. 57, art 5.

(5) Ce nom vient de providere, voir d'avance ou voir avant d'agir. " Prudens dicitur, quasi porro videns : perspicax enim est, et incertorum prœvidet casus ". S. Th., op. cit, 2-II, Q

, art, 1 ; Ibid. lid. 10, Etymol. (P).

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un coloris et un à-propos d'où ils tirent leur noblesse et leur utilité. Elle est une vertu de la raison pratique, ou une disposition de l'intelligence à former sainement des jugements propres à provoquer l'acte de la volonté.

Saint Thomas l'appelle pour cela un amour de la raison(l), l'amour de ce qui est juste, convenable, opportun et nécessaire.

Elle l'incline à examiner les fins à poursuivre, à les subordonner justement et à préférer la principale à l'accessoire. Dans ses préoccupations, elle fait passer le bien éternel avant le bien temporel ; ce qui intéresse l'âme ou le spirituel avant ce qui rapporte un profit au corps ; la nécessité avant la convenance et l'opportunité, le juste avant l'utile et l'agréable.

Elle ne s'en tient pas à la considération des fins à atteindre ; elle pèse encore les moyens et choisit ceux qui leur conviennent davantage ; elle porte ses regards sur toutes les conditions accidentelles qui peuvent influer sur la moralité, l'utilité ou l'efficacité de l'acte qu'elle considère,

(1) Sancti Thomae ÎSumma Tkeologica, — Pars lia Secundae, qusest. 47, Art. 1. " Prudentia dicitur esse amor, non quidem esseutialiter, sed in quantum movel ad actum prudentîœ. . . Dicitur autem amor discernere, in quantum movet rationem ad dUcernandum."

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et elle désigne à la volonté la voie la plus sûre ou le parti le plus favorable.

La justice originelle la contenait virtuellement dans l'intégrité de la nature, avec la grâce dont elle était l'effet et le signe. Elle a malheureusement trouvé un poison dans les inclinations perverses produites par le péché ; et, aujourd'hui, elle ne peut être, avec la perversité native de notre nature, qu'une vertu acquise, fruit d'un long et pénible entraînement.

On saisit dès lors la nécessité de faire naître et d'accroître dans l'esprit cet amour, cette inclination habituelle à diriger les actes de la volonté. En elle se réalise la première condition d'équilibre entre nos facultés supérieures. Grâce à elle, nos actes volontaires prennent cette dignité qui convient à ce qui procède d'une nature raisonnable comme la nôtre.

Combien donc est-il du devoir de tout homme, pour ne pas déchoir, de cultiver en lui-même cette vertu intellectuelle de la prudence ! Et combien les parents doivent en inspirer tous leurs actes, eux à qui il incombe de donner à leurs enfants la leçon vécue du bon exemple ? Mais, c'est surtout chez leurs enfants qu'ils sont tenus de la faire éclore et s'épanouir par leur enseignement et leur vigilance, par leur zèle à

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provoquer des actions mûrement réfléchie» et par leur courage à réprimer sagement tout ce qui serait désordonné.

II. La force de caractère est, elle aussi, une vertu cardinale qu'il importe de cultiver. Comme la prudence fait converger vers la volonté les lumières pratiques de l'intelligence, de même la force oriente la volonté dans la direction de la raison, l'y attache fermement et l'y maintient sûrement. Elle complète l'harmonie entre ces deux puissances, en détruisant la pusillanimité, qui est la conséquence du péché, et qui paralyse l'énergie de la volonté en présence de difficultés à vaincre. Elle comporte la magnanimité dans la recherche du bien, le courage dans la résistance au mal, la patience et la persévérance. (1)

Voilà la vertu qui forme le caractère trempé. Elle est particulièrement nécessaire de nos jours, où tant d'obstacles sont accumulés, tant de pièges sont tendus et tabt d'efforts sont concertés contre la poursuite du bien. Tout homme intègre doit s'efforcer de la posséder et de l'entretenir. Sans elle, la voix de la raison est méconnue et méprisée, et la volonté humaine est livrée sans défense

(l) Sancti Thoœœ Summa Theoloyica, Pars Iï» Secundœ, QuiMt. 128-129.

aux séductions des passions. Les lois les plus sages et les plus claires restent sans effet sur les âmes pusillanimes que les sens aveuglent. Il faut donc relever notre volonté, briser ses chaînes, lui restituer son sceptre et l'asseoir sur son trône. Investie de son pouvoir dominateur, elle ne recevra la lumière qui l'éclairé d'en haut que pour faire entendre une voix qui commande raisonnablement et fermement. La force seule lui donne ce prestige qui lui fera mépriser les poussées contraires de la concupiscence.

III. Toutefois, pour qu'elle remplisse pleinement sa fonction dominatrice, il faut que la force soit secondée par la vertu de tempérance, qui mortifie la chair et diminue sa résistance, en lui imprimant une modération qui règle ses désirs, ses efforts et ses jouissances, dans l'usage même des choses permises. (1)

Le plus grand obstacle que la volonté rencontre à suivre la loi de l'esprit réside dans la poussée aveugle qu'elle subit de la part des sens vers des jouissances matérielles. Les réclamations de la chair sont bruyantes, tumultueuses et dégradantes

(1) Sancti Thomse Summa Theologica, Pars la Secundee, Queest 61, et Pars TIa Seeundre, Quœst. 141, Art. 7.

pour Thomme ; elles veulent être assouvies à tout prix, et si l'homme n'y prend garde, le brouillard des passions viendra obscurcir sa raison, et la félicité, qu'elle doit présenter à la volonté, lui apparaîtra sous les fausses couleurs d'un bonheur matériel et brutal. Il faut que les sens soient maintenus entre les limites naturelles que leur impose leur véritable fonction.

Voilà un point qui prend aujourd'hui une importance capitale, en présence des mœurs relâchées, énervantes et abrutissantes même, qui se répandent partout, dont tous ont à souffrir à quelque degré et dont la jeunesse est tout particulièrement la victime. La soif des richesses, l'envie de se produire, la vanité de paraître, le besoin de nouveauté et la recherche des émotions vives, l'esclavage de la mode, le respect humain et l'appétit des jouissances, tout a pris des formes variées et multiples et même des proportions alarmantes pour la tranquillité de la société et de la famille, la droiture de l'esprit, la fermeté de la volonté et la paix de la conscience. Les progrès matériels les plus louables, détournés de leur fin morale, ont aggravé le mal et rendu le danger plus menaçant. Une réaction s'impose si nous ne voulons pas voir la loi devenir inutile ou asservissante. Et c'est la mortification chrétienne

3§§ 13 DUQII VAHlUkl

qui la produira, pour le bien <te l'humanité et la vraie liberté de l'âme. Il faut la pratiquer, non seulement par esprit de pénitence, mais comme un besoin de notre âme, pour diminuer les instances des appétits sensibles, assurer à la volonté la domination des convoitises et laisser sa pleine lumière à la loi de l'esprit.

Trêve donc à cette éducation efféminée et amollissante, qui, oublieuse de son rôle essentiellement réformateur, fait les plus dangereuses concessions aux caprices créés par la fantaisie, la mode, le respect humain et la passion qui se réveille. Ayons de la distinction et de la culture, mais attachons-nous aux habitudes austères et simples du passé. Que la moralité et la modération soient en tout nos principes directeurs et que nous nous fassions une règle d'éviter les extravagances, les excès de tout genre, et même le superflu et l'inutile. Mettons un frein à nos désirs, à nos ambitions, à nos entreprises et à nos jouissances, fussentils très légitimes ; il y a là un entraînement nécessaire à la formation morale de l'homme : les passions y perdront en irritabilité et en intensité ; la volonté y gagnera en liberté, et la loi, en lumière et en efficacité.

IV C'est là toutefois un travail négatif qui con* siste à extirper et à extraire ce qui est défectueux dans la personne humaine viciée par le péché. La soumission de l'homme à la loi se fortifiera positivement par la possession d'une dernière vertu cardinale, qui est comme le faîte et le couronnement des autres, la justice. Le Droit familial, comme d'ailleurs le Droit civil et le Droit religieux, y trouvera un précieux appoint. La justice est essentiellement un amour habituel du juste et de l'honnête, une disposition à respecter le droit, un sentiment obséquieux du devoir. Voilà une vertu à développer dans notre volonté. La loi y appuie sa puissance morale ; l'obéissance se dépouille, grâce à elle, de ce qu'elle pourrait avoir de servile, de dégradant et d'indigne, et elle y acquiert une noblesse qui rehausse l'homme en produisant chez lui l'intégrité harmonieuse de l'intelligence et de la volonté.

Voilà donc, en somme, notre rôle défini vis-à-vis du Droit familial : une diffusion des notions les plus saines est nécessaire au sujet des choses du foyer ; mais il faut y joindre un autre travail, celui d'une éducation morale ou d'une formation aux vertus par lesquelles nous coopérons à la direction fournie par la loi. Ces vertus sont des habitudes, ou des inclinations heureuses produite!

dans notre âme et restaurant l'intégrité de notre personne. Elles s'acquièrent par l'enseignement de la parole et de l'exemple, mais surtout par un véritable dressage qui comprend la répression des actes défectueux et l'exercice répété d'actions vertueuses.

Ce premier travail de coopération aux directions du Droit familial est réalisé par la possession et la mise en fonction de vertus qui appartiennent toutes à l'ordre naturel : il a exclusivement en vue de féconder l'influence directrice des préceptes de la loi naturelle relatifs à la vie familiale. Il est donc commandé à toutes les familles désireuses de sauvegarder leur dignité, que ces famille se réclament du Christ ou qu'elles soient privées de ses lumières et de sa grâce.

Les familles chrétiennes doivent s'astreindre à ce travail avant toutes les autres : il leur importe d'y appliquer leurs énergies, de le fortifier de toutes manières et de le rendre aussi effectif que possible. Car, chez elles, le surnaturel s'ajoute au naturel, non pour le détruire, mais pour le fortifier ; les vertus naturelles doivent servir de préliminaires et de bases à leurs fonctions surnaturelles. Elles doivent toujours porter

leurs vues plus haut, et se souvenir que, par leur vocation, elles doivent aspirer à une perfection supérieure, que la Nature est incapable de réclamer.

La Foi doit être, par les lois qu'elle impose, le flambeau des foyers chrétiens, et pour qu'elle soit vivante et active, il faut qu'elle rencontre, en chacun de nous, des âmes rendues plastiques par la possession réelle de toutes les vertus chrétiennes : elle doit être transformée par elles en ce que nous sommes convenus d'appeler l'esprit de foi.

Le Protestantisme professe une foule d'erreurs d'ordre spéculatif ; il en a commis autant d'ordre pratique. La plus grave en elle-même et la plus désastreuse par ses conséquences, c'est d'avoir tenté, contrairement à la doctrine exposée dans l'Êpitre de Saint Jacques, d'isoler la vertu de Foi des vertus non moins indispensables d'Espérance et de Charité,et d'avoir fait reposer la justification, non sur des oeuvres humaines vivifiées par la Foi et la grâce, mais sur une Foi confinée dans un champ exclusivement spéculatif. Ce principe des chefs de la Réforme a présidé à l'organisation de la religion protestante et l'a constituée en une religion de Foi spéculative dépourvue de pratique religieuse.

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Les conséquences de cette doctrine comportaient en effet, l'abolition du sacrifice ; la disparition des œuvres de prévention contre le mal, comme la mortification, de réparation aux désordres causés par le péché, comme la pénitence, ou de réfection surnaturelle, comme les exercices de piété. Aussi se réduit-elle, de nos jours, à une stérilité qui a sa formule complète dans ces deux mots : inertie et crédulité ! Hélas, cette inertie, dans

une âme qui est essentiellement active, contient des germes de perversion : la Foi devient, avec elle, une justification possible de la vie la plus dissolue et la plus scandaleuse ; l'ultime conclusion qu'elle entraîne est résumée dans le conseil attribué à Luther : " Pèche fortement, mais crois avec plus de fermeté encore." Un tel précepte peut-il être divin ?

On ne pouvait, certes, ignorer plus profondément les exigences psychologiques de l'âme humaine. Le Christ s'est montré mieux averti de nos besoins. Il ne s'est pas contenté de prêcher pour instruire ; il a vécu parmi nous pour que ses œuves devinsent les modèles de nos actes. Il a pratiqué la pauvreté, l'oubli de soi-même, le renoncement à sa volonté et l'acceptation du sacrifice, pour nous inculquer la pratique de la mortification ; il $ multiplié se» bienfait» et iet

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miracles, pour enflammer en nous la Charité ; il a souffert pour nous faire voir la nécessité de l'expiation ; il est mort pour nous ouvrir un trésor de mérites ; il a institué les sacrements dans le but de nous fournir les moyens à mettre en usage pour obtenir le concours de la grâce divine ; il a fondé son Église sous la forme d'une société afin de mieux concerter nos efforts et de le9 rendre plus efficaces.

Voilà des leçons que nous, catholiques, nous devons retenir et dont nous devons tirer profit. Méfions -nous des infiltrations protestantes qui, parce qu'elles excusent notre paresse et laissent le champ libre aux passions et aux préjugés, se font jour, à notre insu, dans notre vie individuelle, familiale et sociale. Elles se manifestent par des réclamations inconsidérées de liberté dans des cas où il y a un véritable devoir ; par des exigences de tolérance au profit d'erreurs manifestes et de mœurs incontestablement perverses ; par le muselage que l'on veut imposer, dans l'Église, dans la société et dans la famille, à ceux qui sont les gardiens et les promoteurs-nés de la loi morale et de la vérité chrétienne ; par la tendance à limiter la vie chrétienne aux pratiques officielles accomplies dans les temples ; par la cloison étanche que l'on veut établir entre le religieux, lt civil

et le familial, comme si les choses de ces divers domaines n'étaient pas faites pour s'aider, se compléter et se perfectionner mutuellement. Faisons-nous un point d'honneur d'avoir une foi pratique, agissante et efficace ; et rappelons -nous, pour réformer et fortifier le présent, et pour assurer l'avenir, que la gloire, la force et la saine influence de nos familles, dans le passé, ont eu leur source dans l'esprit chrétien qui les animait.

Les lois qui sont imposées aux familles chrétiennes par leur vocation, bien qu'elles soient révélées et supérieures, restent soumises aux mêmes conditions que les lois naturelles : elles ne sont efficaces que par la libre coopération de notre volonté ; elles sont en effet rendues effectives en nous par la présence des vertus chrétiennes. Or, ces vertus, bien qu'elles soient infuses, avec la grâce, demeurent latentes et improductives, tant qu'elles ne sont pas réveillées et actualisées par une éducation appropriée, comprenant la répétition des actes propres à les faire éclore et la répression de tout ce qui leur est opposé.

Il faut donc que la loi devienne vivante dans nos foyers par la pratique des vertus chrétiennes. Elle est nulle si elle n'est pas une flamme qui éclaire et réchauffe, si elle ne sait y produire des fruits d'ordre, de paix, de prospérité et de bonheur.

Nous devons, pour cette raison, développer dans nos demeures une atmosphère de vertus qui les embaume et les vivifie. C'est elle qui constitue l'esprit chrétien de nos familles. Cet esprit subit actuellement de fortes et violentes atteintes. Tâchons de le prémunir contre elles.

Attachons -nous aux saintes traditions des jours passés ; que Dieu règne effectivement dans nos foyers, par notre soumission à sa volonté, par la surnaturalisation de nos pensées et de nos désirs, et par cette piété sincère et vivante qui accompagnera tous nos actes. Que l'éducation soit mieux soignée ; que l'autorité se montre douce, ferme, aimable et aimante ; qu'elle ne tolère, ni chez elle, ni chez aucun membre, l'ombre même du mal, et qu'elle soit vigilante à provoquer le bien sous toutes ses formes.

Que le foyer soit réellement le centre où tous mettront en commun leurs espérances, leurs travaux, leurs joies et leurs peines. Que tous ne forment qu'un cœur et qu'une âme, et ne perdent jamais de vue l'honneur de leur nom, la prospérité de leurs affaires, le bonheur et la sanctification de tous. Il nous faut des foyers sincèrement chrétiens, débordants de vie et d'activité et indissolublement unis dans la même foi, le même amour et les mêmes espérances.

3° Coopération collective

Il y a là un travail de réforme qui regarde chaque famille prise individuellement. Ne seraitil pas à propos de faire davantage, de concerter nos forces domestiques et de constituer toutes les collectivités familiales en une fédération nationale ? La question mérite d'être étudiée froidement, sans précipitation, à la seule lumière des faits.

Certes, nous ne voyons pas de nécessité absolue de changer radicalement ce qui existe déjà. Nos familles canadiennes-françaises sont déjà toutes reliées les unes aux autres par un lien vigoureux qu'elles trouvent dans la communauté du Catholicisme. Nos églises sont des centres de ralliement ; elles-mêmes sont rattachées à des diocèses dans lesquels nos évêques exercent une autorité incontestée ; eux-mêmes communiquent entre eux, en sorte qu'entre la tête de la communauté religieuse et les membres de nos familles, il peut y avoir un courant d'idées et de sentiments, circulant tantôt dans un sens,tantôt dans l'autre, et capable de produire une concertation solide et puissante de nos énergies.

Cette concertation trouve un facteur efficace dans le zèle des pasteurs et une base assurée dans la confiance que leur donnent largement les fidèles.

Aussi, elle a pu sauver notre race, la maintenir dans la voie de Tordre et lui ouvrir des routes vers le progrès et la prospérité, en des jours d'épreuve, d'humiliation et de trouble, notamment lors de Finvasion américaine du pays et pendant la crise de 1837-38. Elle a certes assez de consistance pour produire encore des choses aussi merveilleuses.

Mais des modifications profondes se sont produites dans nos mœurs depuis plus d'un demi-siècle et l'on peut se demander s'il n'y aurait pas d'avantages,non à supplanter, mais à étayer cette combinaison d'énergies par une organisation similaire appuyée sur un terrain différent, d'allure plus familiale et plus nationale.

La tendance actuelle est de socialiser nos forces, d'en rendre ainsi le travail plus effectif, d'en accroître le rendement et d'en assurer les profits. Des sociétés, les plus nombreuses et les plus variées, ont été fondées : toutes les branches du savoir, du travail et du commerce ont eu chacune les leurs : sociétés savantes, cercles d'études, institutions financières, corporations industrielles, assurances, coopératives, mutualités de secours et foule d'autres.

L'Église est pleinement entrée dans le mouvement ; elle l'avait même depuis longtemps devancé par la fondation des Ordres religieux, des tiers-

ordres, des instituts, des confréries et de corporations ouvrières restées célèbres. Elle l'encourage plus que jamais : on Ta vue naguère prendre en main la défense du droit d'association contre ses persécuteurs et ses contempteurs ; elle en a même usé largement, et jamais on n'a vu dans son sein une effloraison aussi abondante et aussi active d'associations de toutes sortes : de pieuses confréries se sont constituées dans toutes nos paroisses au profit surnaturel des pères et des mères, des jeunes gens et des jeunes filles ; certaines sociétés ont même franchi les cadres religieux, tout en y restant attachées, et, sous la vigilance et la direction de l'Église, elles ont tenté d'appliquer les principes chrétiens à la poursuite d'intérêts industriels, commerciaux, coopératifs ou autres.

Les résultats les plus brillants ont été les fruits de cette concertation d'activité. On sait combien les associations pieuses contribuent, là où elles fonctionnent régulièrement, à renouveler et à entretenir l'esprit chrétien. Les Ordres religieux ont été des pépinières de saints ;(1) grâce à leur

(1) Cf. Montalembert, les Moines d'Occident, Paris 1892, 7 vol. — " Pendant dix siècles le clergé séculier trop naturellement exposé à subir l'influence du monde, a presque toujours été surpassé en dévouement, en sainteté, en courage par les réguliers, retranchés dans leurs monastères comme dans des citadelles où ils retrouvaient la paix et la force en se retrempant dans l'aus-

atmosphère de sanctification, la perfection chrétienne y a été portée à un degré vraiment héroïque; les confréries ont vulgarisé la piété et l'amour de la vertu ; les corporations ouvrières, si florissantes pendant le moyen-âge et les temps modernes, ont été des séminaires de paix, de justice et de charité ; et, pendant l'époque contemporaine, (1) le syndicalisme inspiré de l'esprit catholique a été, pour toutes les classes, une source de bienfaits incontestables. (2) Pour nous en convaincre, il suffit d'interroger les faits de l'histoire en nous dépouillant de tout préjugé. Quel résultat admirable obtiendrait-on dans le monde, si les directions lumineuses données par Léon XIII étaient partout fidèlement suivies !(3)

térité, la discipline et le silence. . . Enfin, pendant dix siècles, les institutions monastiques ont doté l'Église à la fois d'une armée active et permanente et d'une réserve éprouvée. . . Occupées surtout à s'ouvrir le chemin du ciel, elles ont donné à la terre la plus grande, la plus noble des leçons en lui montrant jusqu'où l'homme peut atteindre sur les ailes de l'amour épuré par le sacrifice et de l'enthousiasme réglé par la foi." Les Moines d'Occident, Paris 1892, vol. 1, pag. XXIII et XXIV.

'1) Léon Gauthic r, Les corporations ouvrières, in-12, p. 29. Le régime corporatif par R. P. G. de Pascal, Bloud et Barrai, 1900, vol. 1, Le passé.

(2) R. P. G. de Pascal, Le régime corporatif, partie Ilème, L'avenir, Paris 1900. Léon XIII, Encycl. Rerum novarum.

(3) Léon XIII, encycl. Rerum novarum.

Les intérêt» familiaux sont d'ordre social comme les questions économiques ; un syndicalisme actif qui, en s 'appuyant sur les principes catholiques, aurait expressément en vue de les promouvoir, n'aurait pas un résultat douteux. Il y a là un bien collectif qui ne peut être obtenu que par un ensemble d'efforts parfaitement harmonisés. Et c'est le but de l'association de rassembler les forces éparses, de les faire agir de concert et de les diriger vers un objectif. La personne morale de la famille, tout aussi bien que la personne individuelle, y trouvera une protection plus universelle, plus uniforme et plus efficace de ses droits et un entraînement plus impérieux à l'accomplissement de ses devoirs.

Nous avons actuellement à panser des plaies étendues et profondes : les modes lascives, les extravagances du luxe, l'absence de prévoyance et d'esprit d'économie, le besoin d'un plaisir intense, l'abdication de l'autorité paternelle, l'indépendance hautaine des enfants, la domesticité rendue servile et exigeante, soustraite à la surveillance des maîtres et étrangère à l'intérêt des maisons, et bien d'autres d'une gravité plus grande que nous n'osons nommer. (1) De quelle puissance

Cl) Paul Drillon, La jeunesse criminelle, in-12, Bloud & Cie. — Henry Clément, La dépopulation, ses causes et ses remèdes,

ne disposerions -nous pas, pour enrayer ces fléaux, si toutes les énergies étaient mises en faisceau, et si Timpuissance de l'isolement et de la passivité était vaincue par la mobilisation des forces dans une association vivante. Ce serait un moyen de faire éclore les convictions, d'ajouter l'entraînement de l'exemple aux raisons qui nous pressent d'agir et de faire taire le respect humain, le grand obstacle contre lequel viennent le plus souvent se briser les intentions les plus sages d'une rénovation morale.

La famille y trouverait d'énormes avantages, et le patriotisme y rencontrerait un champ immense où son activité se déploirait à l'aise et aurait les plus heureux résultats de vitalité, de consistance et de prestige pour la race canadienne-française.

Les leçons de l'histoire projettent une lumière intense sur l'avenir d'un peuple : son passé est la préparation providentielle des jours à venir. Les faits historiques qui ont illustré notre pays engendrent la conviction que nous avons une mission supérieure à remplir sur cette terre d'Amérique. Il faut y croire et s'y préparer. C'est faire acte de sagesse de l'appuyer dès main- Paris, Bloud & Cie, 1093. — L'Economiste européen, janv. 1902. Article sur la natalité par Edmond Thiéry. — Paul Leroy-Beau- Heu, Revue des Deux Mondes, 15 octobre 1897.

tenant sur sa base naturelle, une conception pure de la famille, un souci intense de la rendre forte, active et puissamment ordonnée au bien et à la diffusion de notre race, comme au bien et à la diffusion de notre Foi. Nous avons tout à gagner à rester nous-mêmes, à ne pas rêver une assimilation avec nos voisins, à exploiter et à développer les richesses de notre mentalité toute spiritualiste.

L'œuvre fédérative de nos forces familiales est facile à organiser. Les rouages de l'organisme existent déjà dans nos paroisses. Les ligues d'hommes, les confréries de dames, les congrégations de jeunes filles et les cercles ou associations de jeunes gens sont admirablement organisés à cette fin. Des raisons de direction appropriée à chacune de ces classes militent pour la conservation de leur individualité. Il n'y aurait qu'à les orienter vers les choses de la famille et à les rallier à un centre unique qui serait la tête et le cœur de la fédération : ce secrétariat général prendrait les hautes initiatives, établirait des communications diverses entre toutes les collectivités élémentaires et ferait circuler partout la vie intense de l'action collective.

Un champ très vaste s'ouvrirait à l'activité commune, dans les domaines des mœurs, des tra-

ditions et des coutumes à épurer, à conserver et à fortifier par la diffusion de " tracts " appropriés ; dans le domaine économique et social, par l'organisation de mouvements d'ensemble ; et même parfois dans le domaine législatif, en fournissant aux législateurs bien intentionnés un appui moral d'une portée générale, qu'ils seraient souvent heureux de rencontrer lorsqu'il s'agit de défendre les intérêts de nos foyers.

Il y a là un problème important qui mérite de recevoir une sérieuse attention de la part de ceux qui pensent et qui agissent. Le Droit familial y trouvera une garantie fort appréciable de succès pour le travail de son action directrice.

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