CHAPITRE III
1° Domaine étranger à l'action directe de l'État
La constitution naturelle de la famille rend la société domestique subordonnée à PËtat et essentiellement dépendante de son pouvoir et de sa régie. Mais cette subordination et cette dépendance ne dépassent pas les cadres d'une activité spéciale, parfaitement délimitée par la Nature : elles n'existent et ne peuvent être réclamées que pour le civil, c'est-à-dire ce qui intéresse plusieurs foyers.
Dans son domaine propre, ou pour ce qui est strictement familial, le foyer est essentiellement autonome et, par conséquent, indépendant de tout pouvoir humain ; il n'est responsable devant nul autre que Dieu et la conscience ; car ceux qui consentent à le fonder assument devant Dieu seul le devoir d'entretenir sa vie physique, intellectuelle et morale. C'est une vérité que nous avons maintes fois affirmée et démontrée à l'encontre
des Socialistes et des Statolâtres. On ne saurait trop souvent la rappeler, puisqu'elle est fondamentale.
Il s'agit de la vie intime de la famille, vie que la Nature et les desseins surnaturels de Dieu réclament impérieusement et veulent parfaite, moralisante, sanctifiante, et, pour cela, libre dans la sphère de son activité. Elle a en elle-même tout ce qui est exigé pour l'obtention de son but. Les forces physiques, l'intelligence et la volonté des parents suffisent à la tâche qu'elle doit remplir. Ses lois modératrices lui sont dictées par la conscience de chacun : Dieu et la Nature les ont clairement formulées. Les parents ont, dans les limites du domaine familial, la puissance, le droit et le devoir de les appliquer : leur bonté instinctive et leur affection naturelle, sagement contenues et dirigées, trouveront les moyens les plus propres d'en assurer l'exécution, d'en régler la sanction.
Nul pouvoir humain ne peut, comme eux, exercer sur l'enfance, qui est une expansion de leur personnalité, une action aussi tendre, aussi dévouée et aussi persistante ; nul ne saurla pousser aussi loin l'oubli de soi et l'esprit de sacrifice ; nul ne rencontrera autant de'confiance, d'ouverture d'esprit et de cœur pour déposer dans l'âme des petits la semence de la vérité et du bien. Nulle édu-
cation, autre que celle qu'ils peuvent donner, n'est apte à développer autan,! de délicatesse, de franchise et de naturel dans les sentiments les plus nobles, les plus opposés aux vices de la nature et les moins compatibles avec l'égoïsme instinctif. Les parents n'ont qu'à rester ce qu'ils sont de par la nature, pour produire tout cela. Jamais l'État, avec ses fonctionnaires à gages et ses balances qui mesurent l'œuvre à accomplir au poids de l'or reçu, de l'avancement à espérer et de la faveur à obtenir, jamais l'État ne trouvera, dans ses entrailles ou dans les entrailles de ses officiers, les facteurs capables de produire la dixième partie de ce travail éducationnel. Et que dire des fonctions génératrices et officieuses ? N'est-ce pas assez de les signaler pour comprendre qu'elles exigent l'ombre, le silence, l'intimité, l'affection, le dévouement et l'inviolabilité du domaine familial ?
Certes, la vie du foyer, par l'étendue et la durée de son influence, intéresse secondairement l'humanité entière et toutes les institutions auxquelles l'homme doit prendre part. Mais c'est là une raison, non pour envahir son domaine, mais pour bénir son institution et pour souhaiter et procurer, si c'est possible, qu'elle soit parfaite et libre dans son action.
2° Domaine propre du pouvoir civil dans la famille
Le familial, toutefois, est d'une extension restreinte. Il est contenu tout entier dans un seul foyer domestique, comme le sang est contenu dans le corps humain ; il épuiserait le corps familial s'il jaillissait largement à l'extérieur, comme une hémorragie anémie le corps qui la subit. Comme le sang, il est vivant et il doit être vivifiant, mais à condition de couler dans les artères familiales, pour distribuer à tous les membres qui composent la famille, la vie dont il déborde.
Or, il existe un champ d'activité sociale qui dépasse de tout côté le familial. On l'appelle le civil ou le domaine de l'État. Le civil étend et complète le familial. Il exprime une action ou une relation entre des foyers divers et séparés ; il s'adresse à des individus appartenant à un même territoire, mais aussi à des familles distinctes ; il atteint plusieurs foyers dont il sauvegarde les intérêts ; en un mot, il est en lui-même multi-familial ou inter-familial.
Tels sont donc les points de contact et les divergences entre le familial et le civil. Tous deux appartiennent à l'ordre social en général : ils
supposent une multitude de membres et ont un champ d'action commun à ces membres ; ils exigent une concertation d'efforts exécutés par plusieurs, et aspirent tous deux à une fin commune vers laquelle doivent converger les actions ; tous deux ont enfin une autorité à laquelle il appartient de consolider l'unité sociale. Là se bornent les similitudes ; les divergences sont spécifiques.
Le familial est l'objet de l'acte initial et intime de notre sociabilité naturelle ; le civil est celui de son acte secondaire et expansif. Le premier est limité, dans ses causes, ses personnes, son action et son effet directement visé, à une seule famille ; l'autre, au contraire, embrasse essentiellement plusieurs familles, suppose des relations dont les termes peuvent être des foyers distincts ou des actions auxquelles peuvent concourir et dont peuvent bénéficier plusieurs communautés domestiques ; il franchit nécessairement les limites étroites d'un foyer pour envisager un intérêt plus étendu.
Il importe, pour éviter les confusions, sources d'erreurs pernicieuses et d'injustices les plus graves, de bien concevoir la différence entre ces deux domaines, et de connaître pleinement leur nature, leurs causes, leurs conditions et leurs
limites. Pour y arriver, il faut analyser les exigences naturelles de la sociabilité humaine dâbs leurs diverses manifestations.
3° Considérations basées sur les trois postulats de la sociabilité humaine
I. — Nous l'avons vu, les réclamations sociales de notre nature commandent d'abord l'institution de la famille ; celle-ci est rendue nécessaire, en premier lieu, par le besoin impérieux et l'obligation morale de ne pas séparer, chez un être raisonnable et consciencieux comme l'homme, les fonctions génératrices des fonctions éducationnelles qui les complètent et assurent leur plein effet; puis, par la convenance qu'il y a d'assurer, entre les personnes intéressées à ces fonctions, des relations équitables d'affection, de bons offices et de secours mutuels. La famille est la première société réclamée ; elle est aussi historiquement la première à apparaître ; et elle-même en suscitera d'autres, à son tour.
Mais, remarquons-le bien, les fonctions qui réclament la famille sont intimes ; ce sont des actes atteignant les seules personnes qui doivent constituer le foyer ; l'enceinte de la famille marque la limite de leur champ d'activité : elle
est comme un sanctuaire pour qui tout ce qui lui est étranger est profane.
IL — Le deuxième postulat de notre sociabilité naturelle découle de la puissance expansive de l'activité humaine et de l'impossibilité où se trouve la famille, vu ses bornes restreintes, d'en remplir les exigences. C'est la fédération des foyers en groupes plus vastes ou en sociétés civiles.
La famille, alimentée normalement par la seule action procréatrice, ne peut aspirer qu'à un développement extensif réduit à un très petit nombre de personnes.
Elle peut, certes, se multiplier en un nombre indéfini de foyers ; il lui est possible de faire souche, et, de son sein, comme d'un tronc, engendrer des branches et, de celles-ci, des rameaux qui eux-mêmes distribueront sa vie à de nouvelles et nombreuses ramifications. Le mariage de ses enfants, de ses petits-fils et de ses arrières-petitsfils lui assure cette fécondité. Il peut même en résulter une fédération patriarcale de foyers multiples où l'aïeul jouera un rôle prépondérant, quasi royal. Mais, il est à remarquer que chaque groupement, pris séparément, forme, au point de vue philosophique et juridique, un foyer complet,
une famille strictement constituée, une société domestique, qui, devant le Droit naturel, est essentiellement autonome, et constitue une personnalité à part, continuant la fécondité de la famille-mère, mais ne se confondant pas avec elle. Si Ton ne considère que ses éléments propres, chaque communauté domestique n'offre qu'un chiffre d'une valeur minime et qu'un champ d'action très restreint, presque nul même eu égard au champ d'activité qui se déploie largement en dehors des limites familiales.
On comprend la conséquence logique de cette multiplication intense de foyers se transmettant à la fois la richesse de leurs énergies et l'indigence de leur champ d'action ; ils se juxtaposent, et pour agrandir, sans danger et avec profit, la sphère de leur activité, ils devront s'associer en communautés plus étendues, se basant soit sur la similitude du sang, de la parole et des coutumes, soit sur des conditions géographiques qui commandent l'union, soit sur une communauté d'intérêts ou sur des exigences historiques qui imposent une concertation des forces et des volontés. Ils formeront donc des bourgades, des villes ou des nations, et l'on assistera à la genèse des États.
Cette fédération des familles est commandée par ce qu'il y a de raisonnable et de moral dans
la nature humaine. Elle est inévitable : sxns elle, l'homme n'aurait pas toute la sécurité à laquelle il a droit ; son action resterait cantonnée dans des limites singulièrement gênantes ; et ses besoins ne recevraient qu'à moitié la satisfaction légitime qu'ils réclament ; ses conflits avec les foyers étrangers ne pourraient pas le plus souvent trouver de solution équitable dans la lumière du droit et du devoir.
Fatalement, l'activité humaine doit déborder les frontières du domaine familial. Quand le père est laborieux et que les conditions d'une famille sont normales, il arrive souvent que la production d'un foyer soit supérieure à sa dépense et qu'il y ait en réserve une surabondance de produits ; d'un autre côté, des choses de fabrication étrangère peuvent, en même temps, lui être utiles et parfois même nécessaires : il convient que des échanges se produisent avec l'extérieur. C'est alors le commerce qui naît entre les domaines domestiques. Or, celui-ci comporte des besoins et des nécessités ; il crée des droits et des obligations secondaires entre les familles. Il exige des moyens faciles et rapides de communication ; des routes doivent s'ouvrir au profit de tous ; des procédés de correspondance seront à instituer entre des foyers parfois fort distants. La sécurité des voies de
communication et des moyens de transport devra être établie et fortifiée, pour le bien de chaque foyer. Des conflits seront à régler ; des disputes, des querelles et des injustices exigeront des réparations ; la bonne entente, le concours de tous et le zèle pour le bien commun devront être entretenus ; les menaces de l'étranger devront être contenues et ses aggressions repoussées avec efficacité. Tout cela exige une union des esprits et des cœurs, une concertation des énergies, la mise en commun des efforts, la volonté universelle de l'harmonie et de la paix dans le bien et l'avancement de tous.
Comme les individus se sont rapprochés et ralliés pour constituer des familles, de même, cellesci s'organiseront en sociétés plus étendues, sous la direction d'un pouvoir qui en sera le pivot, la tête, l'intelligence et la volonté. Sans cet organisme fondé sur la charité et la justice, il ne resterait plus à l'homme et à la famille, pour défendre leur droit et exiger leur dû, que des moyens physiques de contrainte ou des procédés indignes de la noblesse intellectuelle et morale de l'homme; et, ce qui devait servir au développement de l'activité humaine, à la richesse et au bonheur des familles, deviendrait une source incessante de dissensions, de représailles matérielles, de rixes et de bagarres.
Non, la perfection intellectuelle et morale de notre nature réclame autre chose : il faut qu'elle trouve dans la vie sociale, sous la direction d'une autorité qui la régisse, la lumière et l'assistance d'une loi, qui dirige et protège les familles comme les individus. Les foyers trouveront en elle le facteur qui maintiendra dans toutes les relations humaines la noble influence des notions de justice et de charité, la haute réclamation du droit et la douce impulsion du devoir.
L'homme est éminemment sociable. La procréation parfaite des individus réclame la famille ; la multiplication des familles fait naître les nations et engendre l'État. C'est une loi de notre sociabilité, loi dont les réclamations poussent plus loin encore la perfection de notre organisme social, comme nous allons le voir plus loin.
L'histoire de la genèse des peuples confirme ces conclusions. " La famille fait l'État ", voilà le titre d'un livre écrit par un de nos historiens de renom, Frantz Funck-Brentano. C'est la conclusion de ses recherches historiques sur les origines des nations. (1) C'est aussi la formule d'une
(1) Frantz Funck-Brentano. La famille fait V Etat, 1vol. ia-12, Paris, Bloud & Cie, 1903.
loi de Sociologie à laquelle l'homme n'a jamais pu se soustraire. La vie patriarcale, décrite par nos Livres saints, ne fournit-elle pas de nombreux exemples qui montrent l'évolution de la vie familiale en vie civile, de l'autorité paternelle devenant une autorité inter-familiale ou un pouvoir royal reconnu et respecté par des tribus entières.
Les princek de la Philosophie, Platon(l) et Aristote, (2) ont clairement vu et explicitement enseigné que la république est une production évolutive de l'état familial. Ils ont reconnu dans VI Iliade d'Homère une peinture fidèle de l'organisation primitive de la Grèce. Et, en considérant ces princes nombreux, chefs des armées fédérées de l'Hellade, qui luttèrent si héroïquement contre la ville de Troie, ils les saluèrent du titre de rois, basileus, nom qui primitivement était synonyme de père ; mais aussi, ils reconnurent en eux les chefs paternels des familles influentes de la Grèce. Aussi, dans leurs traités de Philosophie, ils n'hésitèrent pas à enseigner que " des groupes de foyers étaient nées les coutumes qui avaient formé les cités et les villes". (3)
(1) Platon. In politico, Ed. Etienne, p. 258.
(2) Aristote La politique. Ed. Barthélémy Saint-Hilaire, t. I, p. 3, 5 et 11.
(3) Frantz Funck-Brentàno, La famille fait VEtat., p. 5.
Ces doctrines ont été confirmées, dans les temps modernes, par les recherches d'économistes comme Montchrétien, et d'éminents jurisconsultes comme Savigny. Le Play, le plus clairvoyant des sociologues français, après avoir découvert et examiné en Russie, où il poursuivait ses études sociologiques, des vestiges fort significatifs de l'évolution familiale, ne put s'empêcher de conclure par cette phrase qui est devenue une formule scientifique : "La famille est le principe de l'Êtat."(l)
Il appartint à Fustel de Coulanges d'expliquer le procédé évolutif qui engendra l'État dans les âges primitifs de la Grèce et de Rome. Dans son livre : La cité antique, ouvrage qui demeurera un des chefs-d'œuvre de la science historique, l'écrivain montra comment la famille sut engendrer successivement, en Grèce d'abord, la Phratrie ou la famille développée par ses générations successives, sa domesticité toujours croissante et la clientèle de son patronage, puis la Tribu, agrégation de nombreuses phratries, et enfin, la Cité; puis, à Rome parallèlement à la Grèce, la Gens, famille agrandie comme la phratrie, la Curie, fédération de plusieurs familles, la Tribu qui est une com-
(1) Il avait dit ailleurs : " La société se compose, non d'individus, mais de familles." Opus tit.f p. 5.
munauté de plusieurs curies, et la Cité, résultat des tribus agglomérées. A tous ces groupes présidait un chef, le plus souvent héréditaire, dont l'administration était celle du père de famille.
Pour les sociétés modernes, M. Jacques Flash, (1) et après lui, M. Funck-Brentano(2) démontrèrent, par des documents nombreux et précis, qu'après les incursions ruineuses des barbares, les États de l'Europe moderne se créèrent, sous le régime de la féodalité, en obéissant aux mêmes lois de la sociabilité humaine, par une évolution du régime familial ; c'est ainsi qu'au moyen âge la famille influente devint successivement la Mesnie, le Fiefy la Seigneurie et le Royaume.
La vie pastorale que mènent les populations du plateau de l'Asie, où l'administration sociale s'est conservée dans sa primitivité, est de nos jours une preuve vivante, illustrant l'empire de la même loi. S'il faut en croire le récit des explorateurs, il s'y mène une vie sociale qui accumule en la personne de l'aïeul la dignité paternelle et l'autorité patriarcale sur les familles de chaque tribu. Enfin, il suffit d'un peu d'observation pour découvrir le caractère franchement familial qu'offre, chez nos sauvages d'Amérique et chez
(1) Jacques Flash. Otigine de l'ancienne France.
(2) Opuscit.
les peuplades d'Afrique, le gouvernement des diverses tribus et des diverses bourgades.
La conclusion qui s'impose, c'est que partout les familles, obéissant à une loi impérieuse, se sont fédérées pour la régie de leurs relations, de leurs intérêts extérieurs et de leur défense commune.
Il suit de là que les nations se forment, non pour absorber, assimiler et ruiner la famille dans ce qu'elle a de propre et de suffisant en soi, la régie intérieure, mais pour suppléer à ce qu'elle a d'insuffisant dans sa régie externe, c'est-à-dire dans l'administration inter-familiale ou civile.
III. — De même,les réclamations sociales de la nature humaine dépassent les cadres de la nation, quelle que soit sa forme politique. Elles demandent la fédération des nations en une communauté unique dont l'extension serait celle de l'humanité. C'est la dernière forme sociale suggérée par la Nature, c'est celle à laquelle tend actuellement l'humanité.
Si populeuse, si étendue et si puissante que soit une nation, elle restera toujours avec des frontières qui la sépareront de ses voisines. Ces limites lui seront imposées inévitablement par des
conditions ethnologiques particulières, des intérêts économiques spéciaux et, plus impérieusement encore, par les accidents géographiques du globe. Entre les peuples ainsi séparés, naîtront dès lors des relations ; et celles-ci engendreront à la longue des complications internationales : réclamations, protestations, conflits de droit, menaces d'invasion, obstacles aux intérêts nationaux, etc.
Une solution est nécessaire à la bonne harmonie et à la vie normale des peuples. Or, trois moyens s'offrent aux gouvernements pour régler les difficultés internationales : la diplomatie, l'intervention à main armée et la constitution d'un tribunal autoritaire et international par une fédération des États. Ce dernier seul répond à la dignité et aux exigences de la nature humaine.
La diplomatie ne manque pas de noblesse ; elle met en jeu un mécanisme intellectuel tout à l'honneur de l'intelligence humaine. Et, si elle n'était pas aussi précaire dans ses procédés et ses résultats, elle serait certainement un moyen à la hauteur de la dignité humaine pour promouvoir l'harmonie internationale. Mais elle offre deux vices capitaux qui trop facilement voilent la lumière de la justice et font échec à sa direction. Et d'abord, elle institue juges d'un conflit les nations mêmes que ce conflit peut aveugler ; puis
elle est un mécanisme sans autorité proprement dite, agissant par voie de persuasion et de conseil, mais privé de toute sanction pour imposer ce qui est démontré juste et raisonnable.
Est -il besoin, en effet, de rappeler que les nations, dès qu'elles sont intéressées à la solution d'un conflit, sbnt, comme les individus et plus qu'eux peut-être parfois, exposées à des préjugés et à des passions, qu'un patriotisme aveugle et étroit ne peut qu'aviver et rendre plus impérieux et plus intraitables ? Or, qui ne voit combien ces vices de la nature humaine sont propres à rendre difficiles et mêmes impossibles la claire vision du droit et le juste redressement des griefs internationaux ?
Voilà la puissance précaire de la diplomatie à dégager sûrement la lumière du juste et de l'honnête ! Et que peut -elle pour assurer au droit la suprématie impérieuse qu'il doit exercer sur les nations aussi bien que sur les individus ? Elle est privée de sanction ; elle est sans couronne et sans sceptre en face des peuples qui recherchent ses directions ; elle ne sait prendre les accents impérieux de la justice objective ; et son action se réduit à des compromis où le fort triomphe, où le faible voit croître son indigence, et où très souvent les appétits sont loin d'être apaisés ; les
malaises subsistent, les abîmes se creusent entre les nations et la catastrophe finale se produit. Elle est un fait incontestable, l'impuissance de la diplomatie internationale à faire triompher la justice de la résistance que lui oppose une nation confiante dans sa force et dominée par son intérêt. L'histoire des guerres qui ont désolé le monde le démontre depuis des siècles.
Il reste la guerre : la guerre sanguinaire, dévastatrice, cruelle envers tous, qui ruine tout et ne crée rien; la guerre, où des génies trouvent, sans doute, à s'illustrer avec ces machines merveilleuses qui fouillent les airs et plongent au fond des mers, mais qui de partout lancent le fer, le feu et la mort, malgré la distance, l'heure du jour et les abris ; la guerre, qui du cœur fait monter la rage sur les lèvres, qui assourdit les oreilles d'un vacarme infernal, qui repaît les yeux de scènes diaboliques, du choc des masses qui s'égorgent, de contorsions hideuses, d'efforts désespérés, de cadavres mutilés agonisant dans le sang ; qui n'inspire que des menaces sans merci, des insultes sans raison, des malédictions sans discernement, ni pardon ; la guerre enfin, qui pousse la sauvagerie et la férocité humaines bien loin au dessous de la férocité carnassière de la brute, et qui n'est légitimée que par la faillite préalable des moyens humains de conciliation
et la banqueroute complète des combinaisons géniales de la diplomatie.
Oui, la guerre clame à la face du monde, par la voix tonitruante de ses mortiers et de ses canons, elle éclaire, des flammes sinistres de ses explosions et de ses coups de feu, la nécessité d'une organisation morale pour maintenir, d'une manière digne de l'homme, l'unité, l'harmonie et la paix entre les nations.
La guerre, c'est le cri de la nature demandant, avec violence, un tribunal pour les peuples. (1)
L'homme est sociable, et sa sociabilité n'a d'autre limite que celle de l'humanité. Toute
(1) " L'homme étant donné avec sa raison, ses sentiments et ses affections, il n'y a pas moyen d'expliquer comment la guerre est possible humainement. C'est mon avis très réfléchi. La Bruyère décrit quelque part cette grande extravagance humaine avec l'énergie que vous lui connaissez. " J. De Maistre, Soirées de St-Petersboûrg, Vile entretien.
Voici le passage de La Bruyère auquel faisait allusion J. De Maistre : " Si on vous disait que tous les chats d'un grand pays se sont assemblés par milliers dans une plaine, et qu'après avoir miaulé tout leur saoul, ils se sont jetés avec fureur les uns sur les autres, et ont joué ensemble de la dent et de la griffe; que de cette mêlée il est demeuré de part et d'autre neuf à dix mille chats sur la place, qui ont infecté l'air à dix lieues de là par leur puanteur, ne diriez-vous pas : " Voilà le plus abominable sabbat dont on ait jamais entendu parler " ? Et si les loups faisaient de même, quels hurlements ! Quelle boucherie ! Et si les uns et les autres vous disaient qu'ils aiment la gloire, ne ririez-vous pas de tout votre cœur de l'ingénuité de ces pauvres bêtes ?"
violence que subit ce caractère doit fatalement se traduire par des spasmes trop souvent épouvantables. La nécessité de faire partie d'un corps moral, comme la société, est naturelle à l'homme, être raisonnable et moral ; et l'on n'outrage pas la nature sans qu'elle se livre à des réactions terribles, si l'offense a une étendue universelle. Ce qui convient à l'homme, dont la volonté libre ne tolère que la sollicitation d'une loi, c'est, pour le conduire, non la contrainte physique et violente, ni les machinations, même les plus savantes, d'une intelligence intéressée, mais la direction morale et ferme d'une autorité légitime se basant sur le droit. C'est comme cela qu'il vit en famille ; c'est ce qu'il accepte dans la société civile ; et voilà ce qui seul mettra de l'harmonie et de l'unité dans sa vie internationale. Il lui faut deux lois : celle de la Charité, qui empoigne son cœur et celui de ses semblables pour les unir dans une même étreinte ; celle de la Justice, qui soumet sa volonté et celle des autres à l'empire du droit. Et la réalisation complète des effets dus à ces lois exige : l'union concrète ou sociale ; le facteur réel ou la garantie concrète de cette union, c'est-à-dire
l'autorité ; et la mise en pratique des lois fondamentales par l'administration. (1)
D'humbles filles, priant, se consumant et s'immolant, comme la lampe du sanctuaire, devant le Dieu qu'elles adorent silencieusement au fond d'un cloître, loin d'un monde qui les ignore, fournissent, au point de vue purement naturel, un enseignement démonstratif et utile, par leur vie d'amour, de dévouement et de justice, et par la paix et le bonheur qui la couronnent. (2) Mieux que
(1) Sont à lire sur ce sujet les articles de haute valeur philosophique, écrits dans un autre but que le nôtre, par Mgr L.-A. Paquet, dans son récent ouvrage : Etudes et Appréciations, Nouveaux Mélanges Canadiens, Québec, 1919, pag. 216-246.
(2) Le bonheur ne peut régner ici, dans la Cité de l'humanité, même la mieux policée, sans que Dieu la domine de sa majesté et de sa souveraineté. C'est cette félicité des nations assemblées sous le sceptre divin que chante le psalmiste :
" Nations, toutes tant que vous êtes, applaudissez des mains ; 4 réjouissez- vous en Dieu dans la voix de l'allégresse. " Car, le Seigneur majestueux et redoutable est établi Roi suprême sur toute la terre.
" 11 nous a assujetti les peuples : les nations sont sous nos
* pieds.
"' 11 a fait de nous son héritage de choix, cette beauté de Jacob
* qu'il a aimée.
" Et Dieu s'est élevé au milieu de l'allégresse et le Seigneur ' au bruit de la trompette.
" Chantez, à notre Dieu, chantez : chantez à notre Roi, c chantez.
<k Car, il est le roi de toute la terre, notre Dieu : chantez
avec sagesse.
les dissertations les plus savamment élaborées, leur tranquillité habituelle, faisant contraste avec les spasmes périodiques du monde, révèle le seul principe capable de fournir une base solide à la paix entre les peuples : le progrès moral obtenu par la stabilisation et l'universalisation de la justice et de la charité dans la stabilité et l'universalité d'une forme sociale.
Rappelons-nous l'inanité de la guerre : elle subjugue, mais ne définit rien au point de vue juridique; elle fait voir où se trouvent la force, la bravoure et la science militaire ; mais elle ne montre pas où réside le droit ; elle n'en établit pas non plus nécessairement le règne. Seul, un tribunal suprême, indépendant et désintéressé au point de vue national, représentant uniformément les États fédérés, et investi d'une autorité incontestée et efficace, pourra éloigner les malheurs que l'on déplore et faire régner, au profit
c* Dieu régnera sur les nations : Dieu s'assoit enfin sur son M trône saint :
" Les princes des peuples se sont assemblés et fédérés avec le H Dieu d'Abraham : dieux puissants de la terre, ils en ont été *' extraordinairement surélevés."- — Ps. 46.
Ce chant, n'est-ce pas un hymne au bonheur des peuples et à l'élévation des princes qui, sous la suprême souveraineté de Dieu, c'est-à-dire de sa justice et de sa charité, s'assembleraient en une fédération universelle ?
de tous, dans la justice et la charité, la paix et l'harmonie dont l'humanité a besoin.
Si nous avons étudié les diverses formes de la sociabilité humaine, c'est pour mieux comprendre le domaine de chacune d'elles et voir plus clairement la sphère qui leur convient. L'humanité demande d'être organisée en éléments sociaux qui se complètent sans se nuire et sans se détruire. A ce point de vue elle rappelle le corps humain, avec sa multitude d'organes, qui tous ont leurs fonctions individuelles, mais n'en sont pas moins sous le contrôle général de la personne humaine. Telle est l'humanité avec ses organismes sociaux.
4° Conclusion
Voyons ces organismes. La famille est faite pour ce qui est strictement familial ; et, dans sa régie interne, ou son gouvernement particulier et intime, elle possède en propre une autorité qui a la compétence exclusive de pourvoir à tout ; en cela, elle a le droit de ne rencontrer aucune entrave. Certes, il lui est permis, et parfois il lui sera même désirable, de recevoir l'encouragement, l'assistance et la protection de l'État ; mais, non en abdiquant sa souveraineté et son indépendance ou en se reposant sur celui-ci pour l'accomplissement
d'obligations qui l'astreignent, et ne peuvent astreindre qu'elle seule, parce qu'en elle seule se trouve la paternité, source de ses devoirs.
Les intrusions de l'État en ces matières, quels que soient les prétextes que l'on fasse valoir, sont contre nature, injustes, pernicieuses pour la famille dont elles brisent la constitution, et dommageables même à l'État, qui, par contre-coups, subira les effets dissolvants produits dans l'unité et la moralité familiales. Elles sont dès lors à repousser par tous ceux qui ont le sens de l'ordre et comprennent la responsabilité qui pèse sur eux.(l)
L'État est né pour le civil, ou l'inter-familial ; c'est là son domaine propre ; il y a une souveraineté incontestable, et son droit et son devoir sont de le régir. Les individus, les familles et les autres corporations humaines lui doivent en cela respect, soumission et obéissance.
La partie du Droit familial qui régit la famille dans ses relations extérieures est donc de la compétence interprétative, législative ou judiciaire de l'État. Et celui-ci, puisqu'il a une autorité permanente nécessaire à la stabilité des nations,
fl) Cf. Mgr Paquet, Droit public de V Église. Église et éducation. Ch. II, ch. IV et suiv.
et qu'il exerce une action universelle, atteignant toutes les familles comprises dans le territoire d'un pays, gouverne en édictant des lois véritables, lois impérieuses et obligatoires en conscience, stables et universelles par leur durée et leur étendue. Ces lois inter -familiales, il en assure l'exécution par sa police, les interprète authentiquement par ses tribunaux, et les sanctionne, soit par des récompenses accordées à ceux qui les observent, soit par des peines infligées à ceux qui les enfreignent.
Ce domaine, qui lui est propre, reçoit une lumière singulière des principes qui, en toute équité, devraient régir une Ligue ou une Fédération des Nations. Une famille, comme une nation, a des limites, au delà desquelles son autorité est sans pouvoir, son action sans autonomie, son influence sans efficacité juridique et parfois même pernicieuse. Il lui faut, pour agir en dehors de ces frontières, la protection d'un pouvoir supérieur qui puisse atteindre tous les intéressés. A la famille, la Nature assigne l'État, pour ce qui est interfamilial; à l'État, elle propose un tribunal suprême des nations, pour ce qui est international.
L'action donc de la Ligue des Nations devrait,de droit, se borner à traiter les questions internationales, sans s'immiscer dans les affaires intimes
d'une nation. Sans doute, la Charité lui permet de fournir, à un peuple qui en a besoin, les secours et la protection réclamés ; mais elle ne peut le faire honnêtement qu'en se maintenant dans les limites des droits à respecter. Les choses strictement nationales et d'administration vraiment intime constituent un domaine sacré sur lequel une Ligue internationale, malgré sa force et sa supériorité, ne peut, en droit, mettre la main.
Ce serait une injustice, ou une violation du droit particulier qu'ont les peuples, dans leur domaine, à leur autonomie et à leur indépendance. La paix et l'harmonie de l'humanité seraient compromises, puisqu'elles perdraient les deux seuls fondements qui soient dignes de l'homme et capables de leur servir d'appui : la justice et la charité.
Telle doit être l'action de l'État à l'égard de la famille : elle doit, en toute justice, se borner à l'inter-familial ou, si elle juge à propos de pénétrer dans l'intimité des foyers, ce ne peut être légitime que lorsque c'est réclamé par la Charité, pour consolider, soutenir et fortifier l'action familiale, ou par la vertu naturelle de justice, pour empêcher l'action intime d'une famille de devenir préjudiciable et nuisible aux autres familles, et non pour introduire dans les familles, par une intrusion malsaine, des germes de dissolution et de ruine.
L'État est le premier intéressé à ce que ses propres éléments soient physiquement et moralement sains, forts de leurs droits et capables d'exercer leur action légitime. La nature le veut ainsi ; le contraire constituerait une maladie qui amoindrirait l'efficacité de l'action familiale et pourrait communiquer à l'État lui-même le virus de tous les l 'sordres et de tous les malheurs.
Résumons et concluons. Pour ce qui appar- 1 Umt à l'administration strictement familiale, harmonie intérieure à établir, à conserver et à fortifier, distribution des pouvoirs et des rôles, devoirs des parents et des enfants, régularisation des fonctions, etc., l'État ne jouit d'aucun pouvoir strictement juridique, soit législatif, soit coercitif. Son intervention autoritaire serait abusive, hors de sa voie naturelle et finalement tyrannique. Le père doit être le seigneur du domaine familial ; au foyer, il règne en roi.
Cependant l'autorité civile jouit, en ces matières, d'une pleine puissance de persuasion et de secours. L'État peut agir par sollicitation, par conseil. Il peut proposer des moyens plus efficaces d'action, stimuler la bonne volonté par des encouragements et par des promesses de considération et de récompense, et donner à bon escient des secours opportun s. Il lui est loisible et même commandé par
l'intérêt général, de défendre contre tout agresseur l'autorité paternelle, l'intimité et l'inviolabilité des foyers, les personnes et les choses de la famille. Ces actions de l'État projettent une lumière utile à la marche de la communauté domestique ; elles procurent des choses opportunes dont l'usage peut être profitable à la famille, sans attenter à son autonomie. En un mot, loin d'obstruer la route à poursuivre par des difficultés et des embarras qui gêneraient la marche de l'autorité domestique, elles l'éclairent, l'élargissent, la débarrassent de ses défectuosités et fournissent des moyens de la parcourir avec plus de rapidité et de sûreté.
Pour ce qui est inter -familial, comme les contrats, le commerce, la sécurité extérieure, la répression des crimes, les obligations civiles, etc., l'État est dans son domaine personnel. Il tient compte des prescriptions générales du Droit naturel et de la direction spirituelle de l'Église à laquelle il est obligé de se soumettre pour ce qui est religieux; mais il règne d'une manière absolue et, pour cela, dispose de sa triple puissance législative, executive et coercitive. Et la famille, n'étant à ce point de vue qu'une simple personne civile, est tenue, en conscience, de suivre ses directions, de se soumettre à ses lois et de subir les
peines encourues pour refus d'obéir. Elle doit voir à ce que sa vie intime ne devienne pas un danger pour les autres foyers. L'État est en droit de l'y contraindre.
Enfin, reste le domaine surnaturel, dont la haute direction est réservée à l'Église du Christ. L'État y est sans compétence parce que son pouvoir est d'ordre exclusivement naturel ; il n'a pas d'autorité pour y intervenir de droit. Sa puissance, en effet, est temporelle, incapable de contrôler et de définir la Révélation, n'ayant reçu de Dieu aucune faculté pour distribuer la grâce divine et contraindre les hommes à en subir l'action.
Mais si l'Église est seule à faire authentiquement des lois surnaturelles et à administrer les sacrements, si elle est le seul juge autorisé des difficultés qui naissent dans la vie chrétienne des foyers, elle n'en a pas moins besoin d'être secondée et défendue dans l'exercice de ses fonctions. L'État, s'il est catholique, doit à l'Église, et il se doit toujours à lui-même, de ne pas entraver l'œuvre sanctificatrice de l'Église, mais de l'encourager et de lui venir en aide.(l)
(l) Voir Mgr Paquet: Droit public de V Eglise, Principes généraux, Xe Lettre.
Il nous fait plaisir de citer ces graves paroles d'un homme dont personne ici ne conteste l'autorité dans les questions d'éco-
Car, nous l'avons démontré plus haut, deux vertus morales sont nécessaires à l'harmonie exigée dans toutes les sociétés, depuis la Ligue des nations jusqu'à la plus humble famille : la Charité, qui unit les individus, les familles, les nations et les empires par les liens d'une même affection, et la Justice, qui écarte les obstacles à cette union et détruit les ferments de dissensions et de haine. Ce sont des vertus à la diffusion desquelles l'État doit, non seulement ne pas s'opposer, mais encore
nomie politique et sociale, Théodore Roosevelt : '4 II y a, disait-il, une certaine tendance à exagérer l'accessoire dans les problèmes publics, et les politiciens en particulier sont portés à se laisser absorber par des questions qui ont une certaine importance, mais une importance éphémère, si on les compare aux problèmes fondamentaux. La question du tarif ou du change n'a littéralement aucune importance en regard du problème vital de la conservation de l'unité fondamentale de la société : c'est-à-dire, de la famille. Si le mari et la femme remplissent leurs devoirs vis-à-vis d'eux-mêmes et vis-à-vis de leur enfants comme le leur enseigne le Christianisme, nous pouvons être certains que les autres problèmes se résoudront par eux-mêmes. Si, au contraire, nous avons résolu les autres problèmes, de la manière la plus sage possible, cela nous servira de rien si nous avons perdu notre âme nationale ; et nous la perdrons si nous ne réussissons pas à placer sur ses vraies bases la question des relations familiales."
Et ce qui est dit vrai pour tous les pays, l'est encore bien davantage pour le nôtre. Dans notre pays en formation, plus que partout ailleurs, on a besoin d'ordre, de paix, de vertu, de respect pour toutes ces institutions saintes qui font la force des peuples.— R. P. M. Ceslas Forest, O.P. Le Divorce, Ottawa, 1920, pag. 67-68.
contribuer par son encouragement et son assistance. Faire le contraire serait pour lui un suicide. Or, T Église travaille avec une persévérance inlassable à en établir et fortifier le règne. C'est la mission qu'elle doit remplir par la vocation même qu'elle a reçue du Christ. Sa prédication, son ministère et ses lois saintes sont des moyens bien propres à en provoquer l'éclosion et à en féconder l'influence salutaire.
L'union la plus étroite doit, à ce sujet, régner entre l'Église et l'État. La séparation serait un malheur pour le pouvoir civil ; son indifférence prouverait une absence de souci pour la moralisation et le sain fonctionnement des familles et pour le maintien de l'harmonie et de l'union morale qui doit régner entre tous les membres de la communauté civile.