DEUXIÈME PARTIE
drcoDstances peuvent s'opposer a ce qu'il en soit ainsi ! Il est UD cas qui se présentera plus ou moins pour tout le monde: J'ai travaillé étant jeune, j'ai épargné un capital, et, devenu vieux , je ne puis plus travailler; voici, d'autre part, un homme jeune, intelligent, actif, qui débute dans la vie, mais qui est dé|)ourvu de capital. Ces deux forces, capital et travail , parce qu'elles sont dans des mains différentes, vont-elles rester inactives? Non, je confierai mon capital à celui qui est en mesure d'en tirer parti; il me le rendra au bout d'un certain temps , alors qu'il aura pu se créer un capital par l'épargne, et, en attendant, il me payera un intérêt annuel qui est l'équivalent du service que je lui rends en lui abandonnant l'usage de mon capital. Yoilk le crédit, voilà ce que c'est que faire crédit. Crédit veut dire confiance. Mais il n'est pas nécessaire qu'on ait une confiance absolue en quelqu'un pour lui faire crédit , pour lui prêter son capital. Le capitaliste , en effet, pourra réclamer certaines sûretés, soit pour le payement des intérêts , soit pour la restitution du capital; de Ik tous les contrats de garantie : cautionnement, gage ou nantissement, hypothèque.
Nous avons dit (chap. xiv) que , sur le vaste marché du monde, tout s'échange-, se vend et s'achète-, tous les consommateurs et tous les producteurs s'y rencontrent; le capitaliste et le travailleur s'y rencontrent aussi. Les conditions du contrat qui interviendra entre eux seront déterminées par la loi générale du marché , Je rapport de l'offre et de la demande-, si les capitaux sont peu abondants et trèsdemandes, il faudra pour en obtenir l'usage, les payer d'autant plus cher, c'est-k-dire payer des intérêts plus forts aux capitalistes.
Il arrive souvent que le capitaliste et l'ouvrier qui cherchent k utiliser , l'un son capital , l'autre son habileté , ne sont pas directement en présence; c'est l'entrepreneur,
comme représentant du travail, qui traite avec le ban- • quier, représentant le capital. Sur le grand marché du monde, en effet, beaucoup de choses doivent se faire par représentants, intermédiaires, mandataires. Un commer* çant n'est autre chose qu'un intermédiaire entre le producteur et le consommateur. Yoilk encore un important contrat ii étudier : le mandat, la commission.
On a raison de vanter la puissance du crédit-, il est Tàme de l'industrie. On dit quelquefois que le crédit crée, multiplie les capitaux ; cette manière de parler n'est pas tout k fait exacte. Le crédit ne crée pas les capitaux , mais il promet d'en tirer un meilleur parti, en les mettant aux mains de ceux qui peuvent le mieux l'utiliser. On peut dire que le crédit est pour le capital ce que la division du travail est pour le travail lui-même. Ce sont des combinaisons , des arrangements sociaux particuliers qui ont pour effet d'aecroitre , dans des proportions souvent prodigieuses , la puissance de ces éléments de la production, capital et travail.
Concluons sur tout cela. -Pas de richesse sans le concours de la terre, du capital et du travail. Le capital est le fruit du travail combiné avec l'épargne. La terre même n'est ellemême qu'une espèce de capital créé ou perfectionné par le travail. Le travail et l'épargne, à leur tour, supposent le crédit qui fait fructifier l'épargne et féconde ^e travail. Travail, épargne, crédit, toute l'activité économique se résume dans ces trois mots-, et c'est aussi la la matière du droit , en tant qu'il s'occupe des contrats , car contrat , obligation, crédit, sont une seule et même chose. N'avionsnous pas raison de dire que, dans ce monde du travail et de l'échange, nous verrions s'imposer comme une nécessité tous ces contrats que nous avons k étudier au point de vue juridique : vente, échange, louage, société, prêt, mandat^ cautionnement, nantissement, hypothèque?