DEUXIÈME PARTIE
pose ses remèdes infaillibles. Ceux qui souffrent sont volon* tiers crédules et prêtent plus facilement l'oreille k celui qui leur promet une guérison prompte, radicale et peu coûteuse, qu'au médecin expérimenté qui ne prétend pas guérir tous les maux, mais seulement les soulager, si toutefois le malade veut bien s'y prêter.
Encore , s'il n'y avait qu'une école socialiste! Mais ils sont une légion innombrable. Tous d'accord pour détruire ce qui existe , ils se divisent sur le point de savoir ce qu'on mettra k la place ^ et quand ils disent : Venez k nous! essayez un peu de notre système! on a beau jeu k leur répondre : Aller k qui? essayer de quoi?
Les socialistes peuvent avoir les meilleures intentions du monde-, il n'est nullement nécessaire, pour les combattre, de les accuser de mauvaise foi. Ils ont le tort de prendre leurs aspirations pour des systèmes réalisables. Ce sont des romanciers qui prennent leur roman au sérieux et le font accepter par les gens simples et naïfs. Les économistes, les jurisconsultes, les hommes d'État pratiques leur sont insupportables, comme les gens raisonnables et positifs le sont aux hommes d'imagination. Ne les troublez pas dans leurs rêves; ils ne veulent pas être réveillés. Il en est qui l'ont dit nettement : Si nos systèmes sont des illusions, laisseznous-les, nous les préférons k votre triste réalité. Est-ce Ik un langage acceptable? Us font penser k ces enfants qui, tout pleins des lectures de leur jeune âge, rêvent une robinsonnière où ils mèneront une vie de délices et où surtout on n'ira pas k l'école... N'allez pas leur dire que, dans leur île déserte, ils pourraient bien mourir de faim ou rencontrer des sauvages qui les mangeraient, ils ne vous écouteraient pas.
Au fur et k mesure que nous étudierons les divers contrats, nous retrouverons, en les précisant davantage, les
prétendus griefs des socialistes et tâcherons d'y répondre.
Pour le moment, nous n'avons voulu indiquer que le trait
général et caractéristique de tout socialisme : suppression
de la liberté dans les conventions que les hommes font entre
eux.
§ 2. Le véritable rôle du législateur.
Les conventions sont la loi des parties. C'est sous l'empire de cette loi que les hommes travaillent, échangent, vendent, produisent la richesse et se la distribuent, la font circuler et la consomment. On n'organise pas le travail-, il s'organise bien tout seul sous le régime de la liberté. Vous voulez travailler moyennant un salaire déterminé et payé chaque jour? quoi de plus naturel qi^e cette convention, ce salaire librement discuté? Vous préférez vous associer et courir ensemble les chances de gain et de perte? rien de mieux.
En quoi a consisté jusqu'à présent le progrès économique dans la société? Dans la suppression de tous les règlements administratifs qui entravaient la liberté du travail, du commerce, de l'industrie. Que demandent les socialistes? Précisément des règlements restrictifs de la liberté dans les conventions privées-, l'intervention de l'État en tout et pour tout. Vous parlez d'organiser le travail?... Mais l'esclavage, le servage, le régime des corporations et des maîtrises, ces règlements odieux pour les manufactures qui condamnaient au carcan et aux galères un industriel qui, à la demande du consommateur, avait fabriqué une étoffe d'une trame, d'un dessin, d'une largeur autres que ce qui était prescrit^ tout cela, c'étaient des organisations du travail. De quelque manière qu'on s'y prenne, toute organisation du travail par voie d'autorité sera toujours une tyrannie insupportable.
En matière de travail et de contrats, le principe doit être celui-ci : laissez faire. Est-ce à dire que le législateur ne doit