‹ Le droit français, ses règles fondamentalesChapitre 137 sur 244 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

conteste nettement ma prétention ; voil^ un droit litigieux. J'hésite k continuer les poursuites ; peut-être vais-je les abandonner, lorsqu'un spéculateur plus hardi que moi achète le procès pour le continuer k ses risques et périls. On conçoit qu'il y apportera une âpreté toute particulière. L'adversaire peut lui dire : voilà ce que vous a coûté la cession qui vous a été consentie ; je prends le marché pour moi, il n'y a plus de procès. C'est là le retrait litigieux. Nous avons expliqué le sens de ce mot k propos d'un cas analogue, le retrait successoral (chap. xxxvii). Dans certains cas, cette cession perd son caractère suspect, comme si la cession a été faite k un créancier, en payement de ce qu'on lui doit ; ou bien si elle a été Taite par un cohéritier k son cohéritier, alors que le droit litigieux faisait partie de la succession.

§ 3. De Céchange.

L'échange est un contrat par lequel chacun des contractants transfère ou promet de transférer k l'autre la propriété de quelque chose. On peut dire que c'est une vente dans laquelle chacune des deux choses est le prix de l'autre -, il est impossible de déterminer qui est vendeur, qui est acheteur ; et il résulte de Ik que la rescision pour cause de lésion est inapplicable k l'échange, puisqu'on ne sait qui est le vendeur.

L'échange, le troc, est peu en usage dans un état de civilisation avancée. Quelle difficulté de rencontrer k point nommé la personne qui a besoin de ce dont on veut se défaire et qui est prête k céder ce dont on a besoin ! La vente remplace donc l'échange avec avantage, car l'argent est une marchandise que tout le monde accepte. On l'a dit avec raison : la vente n'est que la moitié d*un échange; il faut en effet deux ventes pour se procurer ce dont on a besoin ; je vends mon blé pour avoir de l'argent, et avec cet argent j'achète

le vin dont j'ai besoin. Mais la complication n'est qu'apparente et les deux ventes se font plus facilement qu'un seul échange. C'est du reste le propre d'une civilisation avancée, de simplifier les choses sous une apparente complication. La division du travail en est un autre exemple.

Mais, si l'on peut dire que, grâce à l'intervention de la monnaie, la vente a généralement remplacé l'échange, il n'en est pas moins vrai que, si on veut se rendre compte de l'activité économique au sein de la société, il faut toujours voir, par la pensée, des produits qui s'échangent contre des produits, et bien se pénétrer de cette vérité que la vente n'est qu'un procédé perfectionné d'échange, que la monnaie, instrument de ce genre d'échange, peut être comparée à un moyen de transport rapide qui ne supprime pas les distances mais les abrège. Sans doute, quand je vends du blé k un individu, il me paye avec de l'argent-, mais comment s'est-il procuré cet argent? en vendant son vin k quelqu'un. Il en est de même si l'on considère les rapports entre deux nations. Si l'Angleterre vend du fer k la France, la France vend du vin k l'Angleterre, et c'est avec le prix du fer que l'Angleterre paye le vin, tout comme la France paye le fer avec l'argent provenant de la vente du vin -, c'est une compensation sur une vaste échelle (V. ci-dessus chap. xlv, § 7). Il n'y a donc rien de plus absurde que de dire : la prospérité industrielle d'une nation se reconnaît k ce qu'elle vend beaucoup a une autre nation et ne lui achète que le moins possible, car de cette façon tout l'or de celle-ci passera k celle-lk. Avec quoi cette nation payera-t-elle donc si elle ne vend pas k son tour pour faire de l'argent ? Dire qu'on peut vendre sans acheter, c'est dire qu'on peut échanger sans rien recevoir en échange. Ce qui fait la prospérité industrielle d'un pays, de l'Angleterre, par exemple, c'est qu'elle produit beaucoup et qu'elle échange ses pro-

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