DEUXIÈME PARTIE
contrats n'ont de commun que le nom et diffèrent du tout au tout. Voici les différences essentielles : l"" Quand je vous prête mon cheval , je ne cesse pas d'en être propriétaire, et vous ne pouvez l'employer qu'à l'usage déterminé par le contrat^ quand je vous prête un sac de blé ou une somme d'argent , vous en devenez propriétaire et vous pouvez en disposer comme vous l'entendez; 2"" si mon cheval périt entre vos mains par cas fortuit, tant pis pour moi-, si on vous vole l'argent prêté, tant pis pour vous, vous n'êtes pas moins tenu de me le rendre; 3"" vous devez me rendre le cheval que je vous ai prêté-, vous né me rendrez pas les pièces de monnaie que je vous ai prêtées, car ce n'est pas telle ou telle pièce de monnaie que je vous ai prêtée , mais la somme qu'elles représentent; c'est cette somme que vous me rendrez. — Ainsi on use du cheval et on le rend; on consomme le blé ou l'argent et on en rend la même quantité; de Ik les dénominations de prêt à usage et prêt de consommation. C'est de ce dernier que nous avons à nous occuper ici; c'est le seul d'ailleurs qui ait de l'importance.
Dans le prêt de consommation , les choses qui en sont l'objet sont considérées non pas dans leur individualité, mais comme pouvant être remplacées par des objets de même qualité. C'est l'intention des parties , le point de vue sous lequel elles considèrent l'objet du contrat, qui détermine la nature de ce contrat. Il ne faudrait pas dire, bien que la loi semble autoriser ce langage, que tout prêt qui a pour objet des chevaux , par exemple, est un prêt à usage. Si un marchand de chevaux, ayant une fourniture k faire, emprunte des chevaux a un de ses confrères^ lui promettant de les lui rendre dans six mois, il est bien entendu que ce ne sont pas les mêmes chevaux qu'il lui rendra, mais des animaux de même qualité et bonté, ayant la même valeur marchande.
On peut dire que l'emprunteur ne rend jamais ce qu'il a
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emprunte; le sac de blé que j'ai emprunté dans une amiée de disette valait plus que celui que je rends dans une année d'abondance. L'argent est soumis à la même loi-, mille francs n'ont pas aujourd'hui la même puissance d'acquisition quH y a cinquante ans. En général, ce qu'on emprunte c'est de l'argent-, les mots créancier et débiteur érallent l'idée d'un prêt d'argent ; c'est cette forme de prêt de consommatim qu'il importe de considérer.
Celui qui emprunte une somme d'ai^ent reçoit an certain nombre de fraiïcs d'ai^ent ; le franc est égal à cinq grammes d'un métal contenant neuf dixièmes d'argent et un dixième de cuivre ; il doit rendre ce même nombre de francs d'argent. Il peut les rendre en la monnaie ayant cours au moment du remboursement-, il peut les rendre en monnaie d'or, rendre des francs d'or, car la loi a établi un rapport constant entre l'or et l'argent : un certain poids d'or vaut environ quinze fois et demi le même poids d'argent-, c'est-à-dire que un kilogramme d'argent valant 200 francs , un kilogramme de monnaie d'or vaut 3,100 francs environ.
Mais pourquoi emprunte-t-on de l'argent? Ce n'est pas pour l'employer comme métal , pour le transformer en un objet d'art , en une pièce d'argenterie -, c'est pour s'en servir comme monnaie. On a la certitude de pouvoir se procurer avec cet argent tout ce dont on a besoin-, car tout est k vendre contre de l'argent ; et une pièce de monnaie est comme un bon de pain, de vin, de viande, qu'on peut pré^ s^ter à n'importe quel marchand qui l'accepte.
D'où vient ce pouvoir de l'argent? est-ce le signe particulier dont la pièce d'or ou d'ai^ent est marquée par l'État qui lui donne le pouvoir d'être acceptée partout en échange de tout? Non-, c'est que l'or et l'argent ont une valeur intrinsèque et réelle comme marchandises ^ ils sont par euxmêmes et h raison de leurs qualités, des métaux précieux,