CHAPITRE V
DES SCIENCES QUI ONT l'hOMME POUR OBJET. DES SCIENCES MORALES EN PARTICULIER.
L'étude et la connaissance de l'homme considéré dans son corps a sa place parmi les sciences naturelles. L'anatomie, la physiologie, la chimie lui révèlent la constitution et le fonctionnement de ses organes ; l'hygiène lui indique les soins et précautions à prendre pour conserver la santé *, la médecine est l'art de la rétablir lorsqu'elle a été altérée.
Éviter la souffirance et la maladie, retarder le moment d'une mort d'ailleurs inévitable, est une préoccupation légitime ; mais ce qui importe bien autrement k l'homme, c'est d'éviter les maladies et la n!K>rl de l'àme. Les maladies de rame , ce sont les vices ^ et lorsque ces vices , l'ignorance, la paresse, la lâcheté, l'égoïsme , l'envie, la haine, ont tellement envahi l'àme humaine qu'il n'y reste plus de place pour l'amour du vrai , du bien et du beau , "pour la charité et le dévouement, on peut dire que l'àme est morte, que les •ressorts en sont brisés. La vie morale est le but de la des-
tinëe numaine *, c'est Ik le sens de cette parole de l'Évangile : Que sert de conserver son corps si on perd son âmef
Par opposition aux sciences physiques, on entend par sciences morales et politiques celles qui ont pour objet la direction de la volonté et des actions de Thomme. On les appelle morales, parce qu'elles s'adressent k l'homme en tant qu'être intelligent et libre-, on les appelle politiques parce qu'elles considèrent principalement l'homme vivant en société , dans ses rapports avec ses semblables. Telles sont la morale^^ le droit, l'économie politique, l'histoire.
Pour définir la science en général , nous avons , dans le chapitre précédent, pris des exemples parmi les sciences physiques , parce que communément c'est vers elle que la pensée se porte tout d'abord quand on prononce le nom de science ^ mais ce qui est vrai des unes l'est aussi des autres.
Les sciences morales, considérées soit dans leur formation, soit dans leurs résultats , ne procèdent pas autrement que les sciences naturelles. Elles commencent par constater, étudier des phénomènes moraux. Pour elles, le champ d'observation et d'expérimentation , c'est la conscience de chaque individu, l'histoire entière de l'humanité. Ici Thomme nous apparaît dans les circonstances les plus variées, prenant telle ou telle détermination sous l'impulsion de mobiles divers. Celui-ci a sacrifié son intérêt k son devoir ; il s'est immolé pour son pays , il s'est dévoué pour son semblable ^ il a été l'intrépide martyr de ses opinions politiques ou de ses croyances religieuses. Il pouvait faire le contraire , et tel autre, en effet, dans les mêmes conjonctures, a préféré son intérêt k son devoir, a trahi son pays, violé la foi jurée. On prononce des jugements sur la conduite des hommes. Pour les plus célèbres d'entre eux, l'histoire tient registre de leurs actions et des jugements qu'elles ont mérités^ mais les plus obscurs sont aussi jugés dans le cercle étroit de leurs rela-