‹ Le droit français, ses règles fondamentalesChapitre 17 sur 244 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DE LÀ MORALE OU DE l'hONMÊTETÉ.

Quel est ou plutôt quel doit être le premier mobile de nos actions?.

Quel est le principe , la cause de tous ces actes de dévouement, de générosité, d'abnégation trop fréquents dans l'histoire et d^ns la vie de chaque jour pour qu'il soit nécessaire d'en citer des exemples? On a répondu : C'est Tinlérét j on est intéressé k agir ainsi envers les autres afin d'en recevoir, le cas échéant, un traitement semblable. Cela est faux ! Cette doctrine de l'intérêt révolte la conscience humaine et n'a pas prévalu. On ne meurt pas par intérêt! Ceux qui accomplissent ces grandes actions , agissent ainsi parce qu'un sentiment intérieur, le sens moral, leur dit que ce qu'ils font est bien, est beau, est sublime. Qu'est-ce donc que le sens moral?

Nous appelons communément sens les facultés que nous possédons d'apprécier les différentes qualités des objets extérieurs. Tels sont la vue, le goût, Touïe, le toucher, par lesquels nous percevons la couleur, la saveur, la sonorité, le degré de dureté et de solidité des corps. Ces facultés nous sont communes avec les animaux -, mais l'homme seul est doué de sens moral. De même que nos organes ne peuvent se trouver en contact avec un objet matériel sans que nous en recevions quelque impression de couleur, de saveur, de froid ou de chaud ^ de même nous ne pouvons nous représenter quelque action, un acte de volonté, un sentiment, une détermination, un désir, sans que nous portions la-dessus quelque jugement comme ceux-ci : cela est mal , cela est bien, cela est beau...., ou encore : cela est indifférent au point dé vue moral.

Des conséquences toutes différentes s'attachent k la violation des règles de l'utilité et de l'honnête. Quand nous avons fait quelque chose de contraire k notre intérêt , nous en éprouvons du regret ^ quand nous avons fait quelque chose de contraire k l'honnêteté , nous éprouvons des remords. Le mépris ou la considération que nous attirent nos actions, suivant qu'elles sont malhonnêtes ou honnêtes, n'ont rien de commun avec les jugements que le monde porte sur la manière plus ou moins habile dont nous avons conduit nos affaires.

Nier le sens moral parce que certains hommes en sont plus ou moins dépourvus, c'est comme si on niait le sens de la vue parce qu'il y a des aveugles de naissance. Il en est du sens moral comme de nos autres sens : ce sont des facultés naturelles k l'homme, ce qui ne veut pas dire que tous les hommes les possèdent au même degré. Ces facultés sommeillent, s'éveillent, se perfectionnent, s'altèrent, et voilk pourquoi nous disons que la morale est une science *,

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par la réflexion nous en découvrons les principes, nous nous forti6ons dans les bonnes habitudes morales; les grands exemples que nous offre Thistoire ou dont nous sommes témoins, nous inspirent une noble émulation, et il se forme ainsi en nous un idéal toujours plus élevé de la perfection morale vers laquelle notre vraie nature est de tendre sans cesse. Ce qui distingue l'homme de la bêle, ce n'est pas tant sa supériorité morale réelle et effective (il y a des hommes qui tombent au niveau ou au-dessous de la brute), que la possibilité de s'élever a la conception de la loi morale. C'est \h l'abime infranchissable qui sépare le dernier des hommes du plus parfait des animaux -, et il faut rejeter cette opinion dequelques naturalistes, que l'homme ne serait qu'un animal dans lequel se sont développés peu k peu le sens du vrai, du bien, du beau, que l'intelligence n'est autre chose que l'instinct perfectionné.

Il y a donc une science, la morale , dont l'objet est la connaissance de la loi morale. Ceux qui ont dit que l'intérêt est le mobile de toutes nos actions, même les plus désintéressées en apparence, ceux-lk ont dit aussi que la morale n'est autre chose qu'un art. S'ils avaient voulu dire par IJt que la pratique de la vertu et du devoir est Fart d'être heureux ; que, en dehors de la vertu et du devoir, il peut bien y avoir pour l'homme des jouissances, des plaisirs, mais pas de bonheur, ils n'auraient rien dit que de vrai. Mais s'ils ont entendu parlk nier précisément l'existence d'une loi morale supérieure, du sens moral, en sorte que tous nos actes, dépourvus d'ailleurs de valeur morale, ne seraient que le résultat d'un calcul plus ou moins habile *, c'est toujours h même erreur reproduite en d'autres termes : réflexions faites , il est de mon intérêt de sacrifier ma vie pour sauver eet homme qui va périr.

L'homme est donc, avant tout, un être moral.

On peut dire que c'est encore une loi de sa nature, qu'il est fait pour vivre en société : l'homme est un être social , et la morale a pour objet essentiel les rapports des hommes entre eux.

Tout démontre que l'homme est fait pour vivre en société. En fait d'abord, c'est toujours dans cet état que nous le rencontrons ; et dans les pays les plus sauvages on a trouvé partout des peuplades vivant sous l'autorité de quelque chef et une organisation qui est l'image plus ou moins grossière de ce qui se voit chez les nations civilisées. On a prétendu que les hommes, k l'état de nature, vivaient isolés comme les animaux, et que l'état social ne s'est formé qu'eu vertu d'un contrat spécial, les hommes ayant reconnu qu'il leur serait plus avantageux de vivre dans une société réglée par des lois que dans l'état d'isolement primitif, où tous étaient sans cesse en guerre contre tous. C'est Ik une supposition tout k fait chimérique et contredite par l'histoire.

Mais ce qui démontre le mieux que l'homme est fait pour vivre en société, c'est sa nature même, sa nature physique et morale. L'homme affirme avec raison qu'il a été créé pour étendre son empire sur le monde qui lui a été donné comme objet de sa connaissance et comme source inépuisable de satisfaction pour ses besoins. Or, il ne peut arriver k ce but qu'k l'aide d'une organisation sociale grâce k laquelle il lui est possible de se^ développer physiquement et moralement. Physiquement, l'homme est le plus faible des animaux, en ce sens qu'il lui faut plusieurs années pour atteindre son complet développement qui lui permet de subvenir lui-même k ses besoins-, et encore n'est-ce que par son intelligence et sou industrie qu'il peut lutter avantageusement contre tant de forces ennemies conjurées contre lui. Or, l'industrie, la science qui font la puissance et la grandeur de l'homme, comment y parvient-il ? Par le travail accumulé des généra-

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