‹ Le droit français, ses règles fondamentalesChapitre 190 sur 244 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

l'assureur prend les risques à sa charge*, la prime est remplacée ici par le profit maritime. Mais le prêt à la grosse est, surtout aujourd'hui , moins fréquent et moins utile que le contrat d'assurances*, il s'adresse à des commerçants dépourvus de ressources, et suppose chez le prêteur des cajpitaux considérables, puisqu'il lui faut avancer toutes les sommes nécessaires à l'opération commerciale. Aussi le prêt à la grosse qui, à Torigine, favorisa bien des expéditions, est aujourd'hui peu pratiqué, si ce n'est en cours de voyage, où le capitaine, comme représentant de tous les intéressés, se procure de l'argent en empruntant à la grosse sur le navire et la cargaison, pour faire des réparations urgentes.

L'assurance maritime est donc la plus belle application du contrat aléatoire, en ce qu'elle vient en aide à cet esprit audacieux et entreprenant qui est propre au négoce maritime. Cet esprit dégénère malheureusement parfois en une rage de spéculation qui transforme les opérations commerciales en véritables jeux de hasard. Il y a, en effet, deux types de négociants :

Il y a le commerçant qui ne fait que des opérations sérieuses, qui achète et prend livraison de la marchandise pour la revendre k un prix qui lui assure une juste rémunération, rémunération qui doit comprendre : l"* l'intérêt des capitaux engagés dans l'opération ^ 9^ un salaire pour ses peines et soins ; S'' une indemnité des risques auxquels il s'expose. A ce compte il faut faire beaucoup d'afifaires et pendant longtemps pour arriver k la fortune; c'est ainsi que se sont fondées ces vieilles maisons comme il en existe encore quelques-unes dans nos grandes cités commerciales.

Il y* a le commerçant qui rêve de faire fortune en un jour par quelque coup heureux. Il se soucie peu d'acheter et de

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revendre dans les conditions ordinaires ^ ce qu'il lui fiint, c'est une marchandise aujourd'hui à bas prix et qui , sous peu, ëprouYcra une hausse extraordinaire -, il l'achètera en masse aujourd'hui et réalisera dans quelques jours un énorme bénéfice. C'est un jeu, un pari, où il y aura un gagnant et un perdant et rien de plus. J'estime que le blé, qui vaut aujourd'hui 20 francs, vaudra 25 francs l'hectolitre dans un mois, je vous dis : Yendez-moi deux mille hectolitres de blé au prix courant de 20 francs, que vous me livrerez k la fin du mois prochain. Si mes prévisions se réalisent, j'(d)tiendrai deux mille hectolitres au prix de SO francs et les revendrai 25 francs, faisant un bénéfice de 10,000 francs. Vous avez fait ce marché dans l'espoir contraire, k savoir que le blé ne vaudrait que 18 francs et que vous vous procureriez pour 18 francs ce que voos me revendriez 20 francs, faisant ainsi un bénéfice de 4,000 francs. Mais tout cela n'a été entre nous qu'un jeu, un pari, vous avez parié pour la baisse, moi pour la hausse; vous avez joué k la baisse, moi k la hausse; nous n'avons pas songé un seul instant vous k vous procurer du blé, mm k en recevoir-, suivant que j'aurai gagné ou perdu, je recevrai de vous les 10,000 francs ou vous de moi les 4,000 francs qui eussent été pour moi ou pour vous le bénéfice de contrats sérieux» Tout se réglera par le paiement d^une différence : 5 francs par hectolitre que vous me donnerez, ou 2 francs que vous recevrez de moi. — Je ne dis 'pas que le commerçant, qui a perdu et qui refuse de payer en disant qu'il y a jeu, fasse bien; mais c'est le devrâr des tribunaux d'annuler des marchés qui dissimulent un simple jeu ou pari.

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