DE LA LIBERTÉ COMMERCIALE
Toute Tactivité économique aboutit k Tendre et k acheter. Que vous considériez le simple artisan ou la grande industrie, l'industrie agricole ou manufacturière, tout se réduit a acheter des matières premières ou des instruments de travail et k revendre les produits obtenus. Or, toutes ces industries, par l'intermédiaire de qui achètent-elles et vendent-elles? Par l'intermédiaire du commerçant. C'est lui qui fait venir les matières premières et les livre à l'industrie manufacturière pour les transformer ; et le manufacturier, k son tour, vend ses produits au commerçant, qui les revend en détail aux consommateurs. La liberté économique se résume donc dans la liberté du commerce.
Nous avons vu (chap. xxix) comment, au moyen âge, les corps de métier et la petite industrie s'étaient organisés sous le régime du privilège et de la réglementation, qui interdisait k l'artisan la liberté de travailler^ nous avons dit comment fut proclamée, k la fin du siècle dernier, la liberté du travail.
C'est sous ce même régime de monopole , de privilège et de réglementation, que se fonda en France, au dix-septième siècle, la grande industrie, la grande fabrique. Le roi Henri lY était entré dans cette voie et avait donné des encouragements aux industries de luxe, malgré l'opposition de son ministre Sully. Le grand ministre de Louis XYI, Colbert reprit ces traditions et, sans négliger les industries de luxe, s'appliqua k encourager les industries d'utilité générale, les fers^ les tissus, draps et toiles, étoffes de tout genre. Comment procéda-t-il en cela? Il encouragea les
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indastriels directement par des privilèges, des prêts et dons d'argent. En échange de cette protection, il leur imposa la réglementation la plus étroite ; il leur dit : Vous emploierez telle matière, vous suivrez tel procédé de fabrication et de teinture^ vous donnerez telle largeur k vos étoffes. Et ces prescriptions furent sanctionnées par les peines les plus graves. Il protégea ces industries naissantes par des tarifs de douanes, empêchant que l'importation de produits fabriqués à l'étranger ne vint faire concurrence à l'industrie nationale.
De ce régime de protection a disparu la réglementation sur les modes de fabrication -, le principe de la protection elle-même est resté plus ou moins atténué.
La protection accordée par l'État h l'industrie nationale peut se présenter sous différentes formes : la prohibition ou des droits plus ou moins forts à l'entrée sur les produits manufacturés à l'étranger ; des prohibitions ou des droits k la sortie sur les matières premières, afin que l'industrie nationale les obtienne à meilleur compte -, des primes a l'exportation pour encourager l'industrie nationale et aller lutter sur les marchés étrangers avec l'industrie étrangère. Tout cela constitue le système protecteur^ la protection, par opposition au libre échange.
Il est certain que Dieu, en donnant aux hommes comme aux. pays divers, des facultés et des richesses naturelles diverses, leur a imposé la nécessité de l'échange sons toutes ses formes, et le libre échange doit être au moins un vœu, dont chacun doit souhaiter la réalisation , si lointaine qu'elle apparaisse. Il faut reconnaître aussi que la protection n'a pas été inutile, k l'origine, pour permettre de naître et de se fortifier k mainte industrie qui devait atteindre un jour à un haut degré de force et de vitalité. Si les partisans du libre échange sont quelquefois trop absolus en ce qu'ils