CHAPITRE LXX
RÉSULTATS GÉNÉRAUX DBS ÉTUDES PRÉCÉDENTES. PROFIT qu'il EST PERMIS D*EN ESPÉRER.
Lorsqu'on ferme un livre après TaYcir lu, on se recueille et on se demande quel profit on a tiré de cette lecture; c'est la conclusion. Quii me soit permis de dire ce que je souhaiterais que fut la conclusion de l'essai incomplet qui se termine ici. Suivant la nature et le caractère du livre qu'on vient de lire, on peut se sentir un peu plus savant ou un peu meilleur-, dans l'ordre des sciences morales, ces deux résultats se confondent : savoir plus et surtout savoir mieux, c'est être meilleur.
Sans avoir fait une étude approfondie des différentes sciences naturelles, on peut en savoir assez pour se rendre compte de Tordre qui règne dans l'univers, des lois générales qui le régissent et admirer l'harmonie qui en résulte. L'homme aspire, presque à chaque seconde, une certaine quantité d'air qui pénètre dans les poumons , où il va se combiner avec le sang pour lui donner ses propriétés vivifiantes, et autant tde fois la respiration rejette un air impur, chargé diacide carbonique et impropre k la vie. On peut donc prévoir on temps plus ou moins éloigné où toute la couche d'air qui enveloppe la terre aura été viciée par la respiration de tant de millions d'hommes respirant depuis tant de mil-
lîers d'années et où par conséquent la race humaine devra disparaître comme dans une asphyxie générale, telle est la conclusion de rignorance. Mais il en est peu aujourd'hui, même parmi les moins savants, qui ignorent cette autre conclusion de la science. Les plantes respirent aussi ; par leurs feuilles, qui sont chez elles l'organe essentiel de la respiration, elles absorbent précisément cet air impur, rejeté par la respiration humaine, parce qu'elles y trouvent le carbone dont elles se nourrissent, et restituent en échange l'oxygène pur nécessaire à la vie de l'homme. C'est la plus parfaite image de l'harmonie.
11 n'en est pas autrement dans l'ordre moral. Là aussi, sans avoir rien approfondi , quelques notions fondamentales bien comprises de morale, d'économie politique et de droit suffisent pour nous révéler l'ordre et l'harmonie sous des complications et des contradictions qui ne sont qu'apparentes. Lk aussi les conclusions de la science démentent les tristes prévisions de l'ignorance, qui critique tout parce qu'elle ne comprend rien.
Est-ce k dire que, dans l'ordre des sciences morales, la conclusion doive être une admiration absolue de tout ce qui est? Non, sans doute, et nous avons eu nous-mêmes bien des choses à reprendre dans l'œuvre du législateur; mais quelle différence entre une critique prudente et réservée» qui conduit au progrès, et cet esprit de dénigrement stérile et funeste qui s'attaque k tout, et, pour plus de simplicité, propose de tout détruire sans avoir aucune vue claire de ce qu'on pourra mettre à la place !
S'il est une partie de nos institutions k laquelle nous devions nous attacher, c'est notre législation, qui, par sa clarté, sa netteté, sa simplicité, a mérité d'être acceptée, dans son ensemble, par nombre de nations civilisées et de servir de modèle aux autres. Notre législation a les mêmes