CHAPITRE VIII
DU DROIT OU DE LA CONCILIATION DE L HONNÊTE ET DE l'utile par LA JUSTICE.
On a dit : La morale est la première des sciences; Céconomie politique est la seconde (J. Droz, Économie politique, livre I, chap. 1"). J'ajouterai : le droit est la troisième.
Voila les hommes vivant en société et, en vertu de cette grande loi de la division du travail, travaillant les uns pour les autres *, quelle sera la règle des relations que l'échange établit entre eux ? Dans les rapports des hommes les uns avec les autres, on peut concevoir deux états extrêmes, diamétralement opposés, ridéal du mal et Tidéal du bien. L'idéal du mal c'est la prédominance absolue de l'intérêt personnel sans autre frein que la force matérielle, l'état de guerre permanent, d'où la spoliation du faible par le fort, l'esclavage. L'autre idéal, c'est le désintéressement, l'abnégation, le sacrifice continuel de ses intérêts a ceux d' autrui.
Eh bien , Thomme vit en société pour échapper k cette prédominance brutale de l'intérêt personnel poussé jusqu'à la sauvagerie-, mais, d'autre pari, la société ne saurait prétendre à voir se réaliser dans son sein cet autre idéal de perfection.
L'homme, dans ses rapports avec ses semblables, recherche son intérêt, entend conserver sa liberté^ mais il faut qu'il respecte l'intérêt, la liberté d'aulrui, et voilà précisément le domaine du droit, de la loi, de la justice -, maintenir l'harmonie des intérêts, mettre la liberté de chacun d'accord avec la liberté de tous. La loi dit k chacun : Dans la poursuite de ton intérêt, dans le libre déploiement de toutes tes facultés, tu iras jusque-là, mais tu n'iras pas plus loin, car tu empiéterais sur le domaine d'autrui.
Il est évident que la pure loi morale, le dévouement, l'abnégation ne sauraient être la règle de la société. Ce sont là des choses qu'on ne peut commander, imposer, d'autant mieux que le dévouement et Tabnégation, en supposant qu'ils pussent s'obtenir par la contrainte, perdraient par là même toute leur valeur morale.
La loi humaine peut bien dire : Tu ne tueras pas ; tu ne voleras pas-, tu respecteras tes engagements librement con-