PREMIÈRE PARTIE
bles, Tarie chez les divers peuples. Comme le droit, la langue se développe, se perfectionne en même temps que l'industrie, les sciences, les arts -, il faut en effet désigner des objets nouveaux, exprimer des idées nouvelles, des sentiments plus délicats. Gomme certaines coutumes locales persistent après que le législateur a établi des lois uniformes pour tout un empire, Jie même les idiomes populaires se maintiennent dans les provinces, malgré qu'il se soit formé une langue plus parfaite, portant le nom d'un grand peuple, la langue française, par exemple, qui n'est ni le provençal, ni le bas breton. Enfin, comme le droit, création spontanée du peuple, est perfectionné par les travaux des jurisconsultes et sanctionné par le législateur, de même la langue, d'abord idiome rude et grossier, est épurée par les grands écrivains et l'emploi qu'en fait une société polie, et, quand la question s'élèvera de savoir si telle tournure de phrase, tel mot, sont bien français, c'est-à-dire d'un usage général et constant, conforme k l'esprit, au génie de la langue, la question sera tranchée par l'Académie française, investie par le consentement universel d'une sorte de puissance législative en cette matière.
' Ces considérations sont de nature a nous attacher de plus en plus k notre droit national. Quel intéressant sujet d'études, pour qui en a le temps, que de rechercher les origines de ce droite de voir comment il s'est modifié par suite des changements dans les relations commerciales et industrielles, dans l'organisation sociale et politique ! Cela nous ramène k ce qui a été dit k la fin du chapitre précédent. Nous avons parlé d'un idéal de droite cela ne signifie point que cet idéal est immuable. La figure du monde change sans cesse ^ le droit, qui en est l'expression, doit changer aussi. La grande question est celle-ci : quel est le droit qui convient le mieux k un peuple, k tel moment de son histoire, de son dévelop-
pement moral, économique et politique? Il y a sans doute des principes invariables, mais leur application doit être appropriée aux circonstances. Il en est du droit comme de rhygiène -, il y a des règles générales qui tiennent k ce que la constitution du corps humain est, au fond, toujours la même ; ce qui n'empêche pas qu'il y ait une hygiène particuKère suivant les climats, les âges et les sexes.