CHAPITRE XXL
APERÇU GÉNÉRAL. — DROIT NATUREL ET RÔLE DU LÉGISLATEUR RELATIVEMENT A LA FAMILLE.
Le cercle des relations dans lesquelles nous considérons rhomme va donc se rétrécissant Mous avons dit combien il est difficile à sa faiblesse d'embrasser Fbumanité entière*, la patrie est pour lui la première grande réalité saisissabie ^ puis vient la commune. Nous voici arrivés k la famille ; bientôt nous envisagerons les rapports d'individu k individu k propos des cootracts.
S'il est, dans tout le droit, quelque cbose a propos de quoi il soit permis de parler du droit naturel, c'est assurément la famille. La famille, en effet, a existé avant l'humanité, la patrie, la commune-, elle est elle-même la source de tout cela, et si le rêve de quelques humanitaires pouvait jamais se réaliser^ si tous les peuples de la terre devaient un jour former une seule nation, une seule patrie parlant la même langue, adorant le même Dieu, la famille subsisterait encore comme le fondement,, la pierre angulaire de cet immense édifice social.
Une société, en effet, quelles que soient ses proportions ou sa forme, cité restreinte ou vaste empire, n'est pas une simple collection d'individus sans autre lien entre eux que le lien politique de l'État-, c'est une réunion de familles. On a dit avec raison qu'une armée est autre chose qu'une
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multitude d'hommes armés, c'est ime réunion de bataillons <»rganisés. Comme le bataillon est l'unité de guerre, on peut dire que la famille est l'unité sociale. Autrefois généralement, encore aujourd'hui, en certaines matières, on ne compte point par habitants, mais par feux, c'est-à-dire par familles.
La famille n'est donc pas une création de la loi. Phis que ks autres institations sociales elle s'est formée toute seule, et ici plus qu'ailleurs le législateur n'a eu qu'à définir des ra{^rts naturels. 1^ sacrés que soient h demeure privée du dtoyen, le domaine réservé de la famille, il ne pouvait être absolument interdit à la loi d'y pénétrer. Les liens de la ùimille sont l'amour, le respect, le dévouement; tout cela échappe à l'action du législateur*, ce sont des sentiments qu'on n'impose point-, mais si certains pères et certains enfants venaient à se montrer par trop oublieux de ces sentiments et de ces devoirs, il appartiendrait ay législateur, dans un intérêt social, de réprimer de tels écarts.
Quelque naturelle et universelle que soit l'institution de la famille, est-ce k dire que nous lui trouverons partout et toujours une même organisation? ^on^ les différentes conditions morales, économiques, sociales et politiques des divers peuples feront ici sentir leur influence.
Plus l'union des sexes, le mariage, qui donne naissance à la famille, sera empreint d'un caractère de moralité, plus les liens de la fiimiUe ser<mt puissants et respectés. La po* lygamie, ou pluralité des femmes, a tué la famille chez les nations musulmanes ; c'est un des maux dont se meurt l'empire lurc. Dans certains pays de l'Asie, au Thibet, il existe, dit-on, une sorte de polyandrie ou pluralité des maris; c'est un phénomène social peu étudié, mais qui doit être plus désastreux encore dans ses conséquences que la polygamie. Que d'éléments de jalousie et de haine là où doivent régner la paix et la concorde!
Si la famille est la première forme de la société politique, celle-ci à son tour réagit sur elle. A Rome, le père.de famille était investi sur sa femme et ses enfants d'une puissance analogue k celle des magistrats du peuple. Dans notre ancienne monarchie, la souveraineté était le patrimoine d'une race et s'y transmettait de mâle en mâle par ordre de primogéniture. La famille était constituée sur la même base, et le patrimoine s'y transmettait de la même manière de mâle en mâle et par ordre de progéniture; c'était le droit d'aînesse, en vertu duquel l'alné succédait seul, k l'exclusion des cadets et des filles qui étaient réduits k une mince légitime. On poussait k l'extrême cette idée que, les familles faisant la force de l'État, il fallait les maintenir fortes et puissantes en concentrant autant que possible dans les mains d'un seul la richesse, surtout la propriété de la terre alors considérée comme source de toute richesse et de toute-puissance.
Au point de vue économique, le travail en famille, l'atelier domestique a été la première forme d'organisation industrielle, et on comprend que le développement de la vie économique a dû exercer une influence sur la famille.
Quoi qu'il en soit de cette diversité d'aspects que peut présenter la famille, ce qu'on trouve partout et toujours, c'est le mariage, l'union de l'homme et de la femme, entourée de certaines conditions, de certaines solennités. Voyons quels sont les effets juridiques du mariage -, nous examinerons ensuite de plus près l'importance de la famille au point de vue moral ,' économique , social et politique.
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