DEUXIÈME PARTIE
de discipline, qui sont les vraies vertus sociales. C'est une erreur de croire qu'on est d'autant meilleur citoyen que les liens de la famille sont plus relâchés, et que l'idéal du citoyen serait celui qui n'a point de famille. Non, c'est précisément dans la famille que l'homme apprend k lutter contre ce sentiment qui lui est si naturel, l'égoïsme, c'est Ik qu'il apprend k se dévouer k quelque chose qui n'est pas lui.
On objectera peut-être que, dans la famille, le dévouement est bien plus le fait du père et de la mère que des enfants. Il y a du vrai dans cette remarque; mais cela même prouve l'utilité sociale de la famille. Sans doute les enfants ne payent que rarement au père et k la mère la dette de reconnaissance qu'ils ont contractée envers eux pour tant de peines, de soins, de sollicitude *, c'est envers leurs propres enfants qu'ils s'acquittent, et c'est Ik l'essentiel au point de vue social. Que dis-je? cela suffit même k la tendresse absolue, désintéressée des père et mère qui ne demandent rien que le bonheur de leurs enfants et qui, dès qu'ils le voient assuré, sont prêts k redire le cantique du vieux Siméon : Vom pouvez maintenant, Seigneur, renvoyer votre serviteur content.
Encore un mot sur l'importance sociale de la famille. L'homme est un mélange de grandeur et de faiblesse*, il faut tenir compte de cette faiblesse. La vie est un combat, la société un champ de bataille d'où ceux qui ont poursuivi la fortune, la gloire les honneurs, se retirent souvent meurtris ; et, même pour le citoyen qui n'ambitionne que de servir son pays d'une façon désintéressée, que d'amertumes et de mécomptes I Où ira-t-il retremper les forces épuisées de son corps et de son esprit? Tous ceux qui ont vécu de cette vie agitée, activité industrielle, commerciale, politique, ont vanté, comme le seul refuge contre les orages du dehors, la maison du citoyen, cet asile sûr et respecté, au seuil duquel expirent les compétitions, les jalousies, les haines. Mais
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qn'est-ce donc que cette maison? Sont-ee les quatre murs et le toit, n'importe lesquels, qui nous servent d'abri ? Non, c'est le foyer domestique, la famille, la mère et les enfant», toutes les affections qui s^ rattachent -, c'est là le port où l'on retrouve le calme et la paix, et d'où l'on repart fortilBié pour affronter de nouveaux orages.
La famille, avons-nous dit est l'unité sociale (v. chap,xxi) ; ajoutons que c'est l'unité économique, l'unité productive par excellence. La première forme de Tindustrie a été l'atelier domestique ^ et c'est là que nous trouvons tout tracé le rôle naturel des divers membres de la famille dans la production et l'emploi de la richesse. L'homme travaille au dehors, ht femme au dedans, recherchant les occupations qui ne sont pas trop incompatibles avec les soins de la maison et dea enfants, le fuseau et le métier qu'on peut facilement quitter et reprendre. L'homme amène la richesse plus on moins abondante dans la maison -, la femme la conserve, la ménage. C'est à elle surtout qu'incombe ce genre de travail et d'^effort, souvent le plus pénible de tous, l'épargne. L'épargne est une chose de tous les moments 5 elle se fait sur les mille menues dépenses qui se répètent chaque jour et passent par les mains de la femme. C'est elle qui dispute au cabaret le salaire gagné par le père de famille imprévoyant. Qui n'a vu dans nos grandes cités manufacturières du Nord, le samedi, jour de paye, les femmes anxieuses attendant à la porte de l'usine leurs maris qui vont sortir? Combien d'entre eux ne rentreraient au logis qu'en passant par ïe cabaret où ils laissent avec leur raison et leur santé le salaire de la semaine ?^ La femme est la qui les guette et, a force de supplications, d'obsessions, parvient k leur arracher ce qui est indispensable au soutien du ménage.
Et ce n'est pas seulement dans la maison du pauvre, de l'ouvrier, du petit bourgeois, que la femme est appelée à