‹ Le droit français, ses règles fondamentalesChapitre 73 sur 244 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Quelque effort d'imaginatico qu'on fasse, il est impossible de se représenter une société où la propriété n'existerait pas, où personne ne pourrait dire de quoi que ce soit : cela est à moi, cela m'appartient. Quoi! l'arc et les flèches, la hache de pierre avec lesquels l'homme accomplit ses premiers exploits de chasse; les premiers animaux qu'il dompta et apprivoisa par la force, la patience et la ruse pour en faire les races domestiques que nous connaissons ; la hutte grossière qu'il se bâtit au sortir des cavernes qui furent son premier asile-, les vêtements non moins grossiers qu'il se confectionna-, les instruments informes k Faide desquels il ouvrit le premier sillon dans la terre -, les fruits qu'il lui arracha par un travail obstiné-, tout cela n'aurait pas été la propriété de quelqu'un ? Le premier venu aurait pu dire : Gela est à moi.... part k deux? Non, cela est inadmissible. Les adversaires les plus acharnés du droit de propriété l'ont bien senti, et pendant longtemps la propriété immobilière, la propriété du sol a été le seul objet de leurs attaques. Ils ont répété avec un sophiste célèbre : L'usurpation a commencé sur la terre le jour où un homme, ayant enclos un champ,, a dit : cela est à moi. — Nous montrerons le peu de fondement de cette assertion-, nous verrons que le premier qui agit ainsi fut, non pas l'ennemi, mais le bienfaiteur de l'humanité. Mais quand on est une fois entré dans la voie de l'erreur, il faut fatalement aller jusqu'au bout, et c'est particulièrement à notre époque qu'il a été donné d'entendre proclamer par quelques-uns ce communisme brutal qui nie absolument toute espèce de propriété -, qui conteste k l'homme là libre disposition de ce qu'il a acquis par son travail, et, au cri insensé de : A bas le capital ! déclare la guerre au travail luimême et k l'épargne, source de toute richesse.

Dans la défense que nous allons présenter du droit de propriété, c'est principalement la propriété immobilière, la

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propriété du sol que bous aurons en Yue; mais nos démongtrations s'appliqueront k plus forte raison k tous les autres genres de propriété qu'on n'a pu contester que dans «n moment de folie et de déraison. Nous yerrons que toutes les propriétés sont solidaires; qu'il y a un lien intime entre la propriété et toos les biens de l'ordre le plus élevé, car là où la propriété n'est pas respectée, il n'y a ni liberté, m dignité.

Après avoir établi la légitimité du droit de propriété, recherché la nature, les caractères et les conséquences générales de ce droit, nous verrons comment la loi l'a réglementé.

Il y a, dans les sciences mathématiques, des choses qui ne se démontrent pas, des axiomes, des vérités évidentes par elles-mêmes sur lesquelles on s'appuie pour la démonstration d'autres vérités qui n'ont pas ce même caractère lumineux d'évidence; ainsi, la partie est moins grande que le tout; deux quantités égales à une troisième sont égales entre elles-, il n'y a qu'un plus court chemin d'un point k un autre. Dans l'ordre des sciences morales et politique;», le droit de propriété nous apparaît comme un de ces axiomes -, malheureusement ici nous aurons affaire avec la pas^ sion qu'on ne rencontre pas dans le domaine des sciences exactes-, il nous faut donc démontrer l'évidence même et la fiiire éclater k tous les yeux.

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