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FONDEMENT, LÉGITIMITÉ ET CONSÉQUENCES DU DROIT DE PROPRIÉTÉ

La démonstration que je me propose peut se résumer en quatre poiats principaux : démonstration historique ; dé-

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monstration économique tirée de l'utilité de la propriété ; démonstration rationnelle tirée de la nature même de rhomme et du but de la destinée humaine-, enfin démonstration par l'absurde qui consiste k mettre en lumières les conséquences absurdes et désastreuses qu'entraînerait la suppression, d'ailleurs irréalisable, du droit de propriété. Nous terminerons par l'elamen et la réfutation directe de quelques objections.

Toutes les fois qu'il s'agit d'établir la légitimité de quelque institution, l'homme se pose naturellement cette question : cela a-t-il été toujours et partout ainsi ? Or, aucune institution ne présente a un plus haut degré que la propriété ce caractère d'antiquité et d'universalité. Dès qu'il y a eu deux personnes, deux familles en présence, est née la destinction du tien et du mien. L'occupation énergique et continue de la terre qui constitue la propriété foncière, ne s*est d'ailleurs produite que lorsque le besoin s'en est fait sentir par suite du développement économique ; c'est là un point que j'ai déjk indiqué dans le chapitre xiv.

Mais, dira-t-on, l'esclavage aussi est vieux comme le monde, en résulte-t-il qu'il soit légitime? Non, sans doute ; mais voyez la différence : la loi romaine, ce résumé de la isagesse humaine en fait de droit, nous dit que Tesclavage est admis, il est vrai, par tous les peuples, mais contrairement k la loi naturelle d'après laquelle tons les hommes sont libres. Est-ce que la naissance du droit de propriété sur le sol a été marquée par l'usurpation et la violence, comme cela eut lieu lorsque le fort contraignit le faible à le servir, lorsque le vainqueur réduisit le vaincu en esclavage? Non, ce fut une famille qui, abandonnant la vie aventurense et nomade du chasseur et du pasteur, s'établit à demeure fixe sur un coin de terre qu'elle cultiva assidûment. Personne alors ne cria k l'usurpation. Les tribus de chasseurs et de

pasteurs ne parent voir qu'avec satisfaction cette population nouvelle qui, leur laissant leurs territoires de chasse et leurs pâturages, se contentait d'un si petit espace de terre et allait rendre leurs propres industries plus profitables par les échanges qui ne pouvaient manquer de s'établir. C'est ce que nous avons vu, presque de nos jours, dans rAmérique du Nord. Le révérend Heckewelder, dans / son Histoire des nations indiennes, au chapitre xix, rapporte que la tribu des Chippeways permit h la tribu des Lenappes de s'établir chez eux, k condition qu'ils ne chasseraient pas et se borneraient k cultiver les terres; mais, comme les Lenappes persistaient k faire des expéditions de chasse, ils les expulsèrent. Ils disaient : // est bon quHl y en ait parmi nom qui plantent et cul^ iivent ; ils cessent de tuer tant de gibier et il nous en reste damn^ tage. Un quartier giboyeux faisait bien mieux leur affaire que la terre la plus fertile -, et on sait qu'un chef indien -céda en toute propriété aux colons anglais la magnifique île de Rhode-Island pour une paire de lunettes.

On insiste et on dit : C'est la propriété individuelle^ cette usurpation de la terre par l'homme, qui a été le point de départ des guerres, des violences et de toutes ces usurpations qu'on a décorées du nom de conquêtes. Quoi ! parce qu'il y a eu des gens violents, méprisant le travail et préférant s'approprier le fruit du travail des autres, faut-il faire le procès k ceux qui ne demandaient qu'à vivre en paix du produit de leurs champs, laissant aux autres le droit d'en faire autant sur les vastes espaces inoccupés qui s'offraient alors de toutes parts a l'activité humaine? En vérité, on croirait entendre un mauvais avocat défendant un voleur par cette belle raison : que tous les torts sont k la victime du vol, car, s'il n'y avait rien eu k voler, il n'y aurait pas en de voleur.

L'histoire nous montre donc partout l'établissement né-

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