DEUXIÈME PARTIE
les malheureux juifs, doot la principale préoceupatioo était de soustraire leur fortune aux périodiques spoliations dont ils étaient yîctimes de la part des rois qui trouvaient Ik une ressource toujours prête dans leurs incessants besoins d'argent. Ils faisaient d'autant moins difficulté de recourir k ces confiscations que presque tout' le monde applaudissait aux persécutions dirigées contre des gens dans lesquels on voyait non-seulement des étrangers, des infidèles, mais enc<nre une race maudite. De Ik, pour les Juifs, la nécessité de faire rapidement, quelquefois par des moyens douteux, une fortune qu'on leur ravissait si facilement, et surtout de lui donner une forme qui leur permit de la soustraire k de noiivelles spoliations ; pour eux la richesse par excellence était dans l'argent, les objets précieux qu'on peut emporter avec sm, cacher, confier k un ami fidèle. Les juifs furent ainsi les premiers k mettre en évidence l'importance et les avantages de la richesse mobilière. 2"" C'est précisément a l'époque où l'on parait faire si peu de cas de la fortune mobilière , que remo&le cette opinion erronée que l'or, ce type des valeurs mobilières, est la richesse par excellence, erreur qui a eu des conséquences funestes et qu'il importe de mettre en lumière. La richesse c'est l'or, disait-on-, et en effet, avec de l'or on peut se procurer tout ce que l'on veut. Oui, mais quand (m n'aura |dus d'or, que fera-t-on ? Supposez un pays qui n'a aucune industrie et une grande masse d'or, entouré de pays qui ont très-peu d'or, mais une industrie très-active. Ces derniars échangeront les produits variés de leur industrie contre l'or du preoûer. Quelque grandie que soit cette provision, voici ce qui arrivera : 1* cette provision d'ors' épuisera parce qu'on né saurait la supposer inépuisable, et que d'ailleurs, au fur et k mesure que le pays achète^ et envoie ptus d'or dans les pays voisins prar payer ses aclu^ts, cet or perd de sa valeur, il en faut toujours davantage ppur payer
la même quantité d'objets^ et il arrivera même un moment où ceux-ci finiront par dire : Nous ne voulons plus de votre or, nous en avons assez pour notre usage ; 2* le pays en question sera tôt ou tard réduit k la misère, tandis que les pays voisins regorgeront de tous les produits de l'industrie agricole et manufacturière, qui sont la vraie richesse, les véritables moyens de satisfaire nos besoins ; ils auront de plus attiré k eux la plus grande partie de l'or du premier.
Ce fut donc une salutaire réaction que celle qui se produisit en France dans le courant du siècle dernier, quand on proclama que c'est la terre qui est l'unique source de la richesse; mais, comme dans toute réaction, on alla trop loin en déniant aux industries manufacturière et commerciale toute espèce de productivité ; et tout le monde s'accorde aujourd'hui h reconnaître que le travail sous toutes ses formes appliqué aux matières premières fournies par la terre, est la véritable source de la richesse. Les richesses de deux pays dont l'un n'a que de Tor, l'autre une industrie active, peuvent se comparer k deux réservoirs, dont l'un a été rempli une fois pour toutes, tandis que l'autre est alimenté par une source. Le premier, si grand qu'il soit, finira par s'épuiser ; le second, au contraire, sera toujours entretenu au même niveau par la source. Cette source qui ne tarit jamais, c'est l'industrie, dont nous avons raconté l'affranchissement dans le chapitre précédent.
Il faut reconnaître que le législateur, en conservant aux immeubles une supériorité absolue sur les meubles, n'a pas suffisamment tenu compte des nouvelles conditions économiques de la société moderne au sein de laquelle la richesse mobilière a pris une si prodigieuse extension. Le principal avantage que les immeubles présentent aux yeux du législateur, c'est qu'il est facile de les frapper d'indisponibilité et de sauvegarder ainsi les intérêts d'un pupille ou d'une