Liberté pertonaelle
Il n'y a pas de propriété de l'homme sur l'homme. Tout homme est une personne, c'est-à-dire un être capable d'acquérir et de posséder des droits.
1. Ce principe, indiqué par la nature et connu déjà des jurisconsultes romains, a été méconnu pendant des siècles par les peuples, à leur plus grand préjudice. L'esclavage étant contre nature, on cherchait dans l'antiquité à le justifier en se fondant sur l'usage admis par toutes les nations. La civilisation européenne a atténué ce honteux abus de pouvoir, qu'on décorait du nom de propriété et assimilait à la propriété sur les animaux domestiques; l'esclavage a été aboli, et le droit naturel de l'homme a fini par triompher. Le servage fut aboli en Italie, en Angleterre, en France, plus tard en Allemagne, et de nos jours seulement en Russie. Il se forma donc peu à peu un droit européen interdisant l'esclavage en Europe, et élevant la liberté personnelle au rang de droit naturel de l'homme. Les États-Unis de l'Amérique du Nord s'étant également prononcés contre l'esclavage des noirs, et ayant contraint les états récalcitrants à accorder la liberté individuelle et les droits politiques aux hommes de couleur, et le Brésil ayant, en 1871, posé les bases légales de la libération des esclaves, ce droit humanitaire de l'Europe a pénétré en Amérique et est aujourd'hui reconnu par le monde chrétien tout entier. La civilisation chinoise avait proclamé depuis longtemps ce principe dans l'Asie orientale. On ne devra donc plus à l'avenir laisser les états, sous prétexte qu'ils sont souverains, introduire ou conserver chez eux l'esclavage; on devra cependant
respecter les mesures transitoires prises par un état pour faire arriver graduellement les esclaves à la liberté. La souveraineté des états ne peut s'exercer de manière à anéantir le droit le plus élevé et le plus général de l'humanité ; car les états sont un organisme humain, et ils doivent respecter les droits reconnus partout aux hommes.
Le droit international ne reconnaît à aucun état et à aucun particulier le droit d'avoir des esclaves.
1. Ceci n'est que l'expression, sous une forme négative, du principe de la liberté personnelle posé à l'article précédent.
Les esclaves étrangers deviennent libres de plein droit en mettant le pied sur le sol d'un état libre, et l'état qui les reçoit est tenu de faire respecter leur liberté.
1. Le fait de mettre le pied sur le sol d'un état libre affranchit encore plus promptement et plus complètement que « l'air d'une ville libre» au moyen fige. Les serfs qui se réfugiaient à cette époque dans une ville, acquéraient leur liberté par la prescription de Pan et jour, et ils étaient la plupart du temps revendiqués par leur seigneur avant l'expiration de ce délai. Lorsqu'un maître vient aujourd'hui avec ses serviteurs esclaves dans un pays libre, ou se trouve avec eux en pleine mer sur un navire libre, les esclaves ont le droit de recourir aux tribunaux et, suivant les cas, à la police, pour se soustraire au pouvoir de leur maître. On doit leur accorder la protection qu'ils demandent, sans que l'état où l'esclavage est admis puisse se plaindre d'une violation de ses droits ; le droit international ne reconnaît nulle part l'esclavage comme un droit.
Le commerce des esclaves et les marchés d'esclaves ne sont tolérés nulle part.
Les états civilisés ont le droit et le devoir de hâter le renversement de ces abus partout où ils se rencontrent.
1. C'est à l'Angleterre que revient l'honneur d'avoir, la première, par les efforts de sa diplomatie et le bombardement d'Alger, en août 1816, forcé les états barbaresques à renoncer définitivement à réduire les chrétiens en esclavage. La France a aussi rendu de grands services dans cette direction. La diplomatie européenne a agi également dans ce sens à Gonstantinople. L'esclavage et même les marchés d'esclaves existent toutefois en plein chez certains