PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION. XXV
commerciaux; tout marche à l'unité. Quand les hommes et les intérêts se rapprochent sans cesse, comment ne pas croire au prochain rapprochement des esprits et des cœurs !
Je sais tout ce qu'on a écrit sur la fatalité de la guerre ; j'ai lu plus d'une fois la page où de Maistre, avec une joie sinistre, déclare que la guerre est l'état habituel du genre humain, que la paix n'est qu'un répit pour chaque nation, et qu'il y a toujours sur le globe un point où l'on s'égorge, afin que le sang humain coule sans interruption. Mais n'en déplaise à cette condamnation impie, il nous est permis d'espérer un meilleur avenir. Les fautes des pères n'obligent pas les enfants ; tout au contraire, en les éclairant, elles les éloignent de l'abîme. L'histoire nous a vendu cher ses leçons, mais nous commençons à en profiter. Il ne faut pas une longue étude pour voir que peu à peu les causes d'inimitié s'affaiblissent, et que le moment approche où entre les peuples civilisés la guerre ne sera plus que l'exception.
La séparation de l'Amérique et de l'Angleterre a porté le coup de mort au système commercial qui, pendant deux siècles, a mis aux prises l'Angleterre, la France, la Hollande et l'Espagne. D'un autre côté, la liberté de l'industrie a produit des miracles ; le travail est devenu le maître du monde, et l'expérience nous a appris que, le commerce vivant d'échanges, la richesse de nos voisins était la condition de notre propre richesse. Ainsi sont tombées des jalousies et des haines séculaires; le temps des guerres de commerce est passé.
Restent les guerres politiques. Mais en ce point il s'est fait * aussi un grand changement dans les idées. Les révolutions qui ont mis le pouvoir aux mains des peuples ont désarmé les rois. Partout où règne la liberté constitutionnelle, on ne