‹ Le droit international codifié (volume 2)Chapitre 23 sur 309 · XXVI PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

XXVI PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

craint plus que l'ambition, le caprice ou la folie d'un homme recommence l'œuvre sanglante d'un Louis XIV ou d'un Napoléon. On commence à voir qu'une guerre entre les peuples d'Europe est une guerre civile, la ruine commune du vainqueur et du vaincu. Que cette idée s'enracine dans l'opinion, la paix générale est assurée.

C'est ainsi que, peu à peu, par le progrès des idées et des intérêts, la terre devient la patrie commune de tous les hommes. Le rêve de Kant est devenu une vérité. Chacun se sent citoyen du monde, et en réclame les droits.

Régler sur le pied de la plus complète égalité cette société nouvelle qui embrasse toutes les autres, tel est l'objet du droit international. Ce droit, dit on, est chimérique, car il n'y a pas de législateur pour promulguer la loi, ni de tribunal pour l'appliquer. C'est là, répondrai-je, une objection superficielle et sans valeur. Dès qu'il y a des rapports entre des êtres libres, il y a un droit : Ubi societas, ibi jus. Quant à la loi, elle existera bientôt si l'opinion la promulgue et l'applique. Le vrai législateur du droit international, c'est le genre humain tout entier.

Ce que l'opinion a déjà obtenu est considérable.

C'est l'égalité reconnue entre nations, non point cette égalité matérielle que rêvait l'abbé de Saint-Pierre, quand pour établir la paix universelle il refaisait la carte de l'Europe, mais cette égalité juridique qui fait considérer chaque nation comme un organisme indépendant, comme une personne vivante, et ayant droit, par conséquent, à ce que nul étranger ne l'inquiète, ni dans sa liberté, ni dans sa propriété.

C'est la paix proclamée comme l'état normal du monde, comme la règle des rapports sociaux. C'est la terre ouverte h tous les hommes, les passeports abolis, la propriété et l'in-

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