XXVIII PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION
une victoire complète, en faisant reconnaître par tous les peuples que le commerce n'est pas moins respectable sur mer que sur terre, et qu'il n'y a d'ennemis sur l'Océan que les vaisseaux armés en guerre, ou ceux qui transportent des armes et des munitions.
Telle est la nouvelle police de la guerre; mais il y a aussi une police de la paix qui, peu à peu, se fait sentir : police dangereuse et menaçante, si les États s'en chargeaient directement, mais forte et bienfaisante quand ils s'effacent derrière l'opinion.
La traite a disparu du monde, ou du moins elle est aux abois. Ici le droit international est armé pour agir. La terre, comme la mer, appartient à tous les hommes pour y commercer paisiblement ; il ne peut être permis à l'Espagne de troubler l'Afrique et d'y entretenir la guerre et le pillage, au grand dommage du monde entier, et cela afin de voler quelques malheureux noirs qu'elle envoie mourir à Cuba. Son misérable intérêt ne peut l'emporter sur les droits du genre humain.
Mais a-t-on le droit de se mêler du régime intérieur des colonies espagnoles? Pourrait-on réclamer l'abolition de l'esclavage au nom d'un intérêt général? La question est délicate ; on peut craindre de favoriser une ambition particulière qui se couvrirait du manteau de l'humanité. Mais il n'est pas besoin d'une intervention pour en finir avec la servitude des noirs. En mettant au ban des nations les souteneurs de l'esclavage, l'opinion peut obtenir bonne et prompte justice. Les peuples sont comme les individus, ils ont besoin de ne pas se sentir méprisés.
J'en dirai autant de la religion. Sans doute la croyance d'un peuple est chose intérieure, et ne regarde que lui. On