PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION. XXIX
me gâte le christianisme quand on s'en va en Chine soutenir ou venger nos missionnaires à coups de canon. Mais si je n'admets pas l'intervention matérielle, il en est autrement de cette action morale qui fait sentir à tous les peuples que Tère des persécutions est passée, et que la liberté religieuse est aujourd'hui le bien commun de l'humanité. Ce principe nouveau entrera-t-il un jour dans le droit international ? La fédération des peuples se croira-t-elle assez forte, et surtout assez désintéressée de toute ambition particulière, pour assurer à tous les hommes, en tous pays, non-seulement la liberté religieuse, mais la liberté politique et la liberté commerciale T Bien hardi qui oserait l'affirmer, mais plus hardi encore celui qui oserait le nier. Dans ce mouvement qui emporte le monde vers une libre et harmonieuse unité, qui peut dire où le flot s'arrêtera ? Je crois à un respect de plus en plus grand pour la personne humaine, et j'imagine qu'à mesure que les frontières s'abaisseront, les questions de liberté deviendront des questions d'intérêt commun.
Revenons à M. Bluntschli. On lui reprochera peut-être d'avoir rédigé un code pour une législation changeante et coutumière. Mais d'abord, cette législation ne change ni plus ni moins que les autres ; il y a longtemps que nous avons renoncé à l'idée d'un code éternel pour des peuples qui se modifient tous les jours. Avant d'imposer aux hommes un code immuable, il faudrait pétrifier le genre humain.
Quant à la coutume, il est bon de l'écrire pour qu'elle ne soit pas douteuse ; c'est en outre le meilleur moyen d'en assurer la diffusion et le succès. Je ne crois pas que les gouvernements aient l'intention d'adopter et de publier le code de M. Bluntschli, et, à vrai dire, je ne le désire point. C'est à l'opinion qu'il faut laisser le soin d'adopter et de propager