‹ Le droit international codifié (volume 2)Chapitre 27 sur 309 · XXX PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

XXX PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

les principes du droit international; c'est à cette reine] du monde qu il appartient de dicter des lois aux princes, et mêmç aux peuples, qui quelquefois ne sont ni moins ambitieux ni moins égoïstes que les princes. Nous n'avons pas assez conscience de notre force. Si nous savions user de nos droits, il y a longtemps que l'opinion aurait ses congrès pacifiques et se ferait écouter.

Déjà les Américains et les Anglais se proposent de tenir, cette année même, un meeting pour y discuter un projet de code international ; pourquoi la France, l'Allemagne et l'Italie, qui traitent avec faveur ces questions, ne s'y feraientelles pas représenter? Le code de M. Bluntschli est un texte excellent pour engager la discussion. C'est en agissant qu'on mettra en pleine lumière cette unité de sentiments et d'idées qui fait aujourd'hui la force et la gloire de la civilisation, et qui constitue le solide fondement du droit international.

On lira, j'espère, avec plaisir la traduction de M. Lardy. Ce n'est pas chose facile que d'écrire dans ce style lapidaire qui ne souffre ni mots douteux ni périphrase. M. Lardy a réussi dans cettfe œuvre délicate; c'est un service rendu à ce public nombreux pour qui le français est depuis longtemps la langue diplomatique, ce qui équivaut à dire la langue du droit international. Je crois donc pouvoir remercier M. Lardy, au nom de M. Bluntschli et de tous ceux qui s'intéressent à ces nobles études.

En. Laboulaye.

Qlatigny-Versailles, 30 août 1869.

sommaire : Base du droit international. — Objections contre le droit international (1. Législation internationale. 2. Jurisprudence internationale. 3. Le droit du plus fort).— Origines du droit international (1. Antiquité. 2. Moyen âge. — Influence du christianisme. — Les peuples germaniques). — Naissance du droit international moderne. — Le droit international est indépendant de la religion. — Limites du droit international. — Mesures prises contre l'esclavage. — Liberté religieuse. — Légations et consulats. — Droits des étrangers. Les états ne doivent pas rester isolés. — Liberté des mers et des rivières. Liberté de la navigation. — Moyens de mettre fin aux conflits. — Arbitrages. — Les lois de la guerre. Droits centre l'ennemi. Les états sont ennemis et non leurs ressortissants. — Biens de l'ennemi dans les guerres continentales. — Biens de l'ennemi en temps de guerre maritime. — La neutralité. — Développement national, vie indépendante des peuples.

da droit Interaatlom*!.

Partout où les hommes se trouvent en contact les uns avec les autres, on voit naître chez eux le sentiment du juste et de Tinjuste. Une certaine organisation devient .nécessaire. Chacun apprend à respecter le droit d'autrui. Ce fait peut être constaté même chez les tribus barbares; mais c'est seulement chez les peuples civilisés que le sentiment du droit arrive à son entier développement; ce sentiment peut être contenu, jamais supprimé; il peut être mal dirigé, jamais anéanti.

Si donc on admet, ce qui me semble une vérité incontestable, que l'homme est pourvu par la nature de tout ce qui est nécessaire pour concevoir et appliquer le droit, on doit admettre aussi que le droit international a dans la nature humaine une bsse solide et des racines indestructibles.

Le droit international est l'ensemble des principes qui régissent les rapports des états entre eux. Mais les états, c'est-à-dire

les nations organisées, se composent d'hommes; chaque état est un ensemble, une personnalité, un être qui a des droits et une volonté tout comme les personnes physiques. Les états sont d'un côté des êtres individuels, ayant une existence indépendante, et de l'autre des membres de l'humanité. Ces droits et ces caractères, que chaque état et chaque nation possèdent, se rencontrent de nouveau chez les autres états et chez les autres nations. Ils réunissent les peuples par les liens tout-puissants de la nécessité.

Voilà la base inébranlable sur laquelle repose le droit international. Voudrait-on aujourd'hui en nier l'existence, que demain il renaîtrait avec plus de vigueur.

Objections contre le droit international.

On n'en exprime pas moins aujourd'hui des doutes graves sur l'existence d'un droit international. Les objections de fait et de droit sur lesquelles se fondent ces doutes ne laissent pas que d'avoir une certaine importance. On objecte qu'avant tout il' n'existe pas de droit international exprimé sous forme de loi et sanctionné par la loi; qu'ensuite le droit international manque de la protection efficace des tribunaux; qu'enfin, dans les conflits entre états ou nations, la décision dépend bien plutôt du succès d'une bataille que d'une autorité judiciaire quelconque. On se demande donc s'il peut être sérieusement question d'un droit international, quand il n'y a ni lois internationales, ni tribunaux internationaux, et qu'on voit en dernier ressort la force seule mettre fin aux conflits.

Nous ne pouvons le nier, ces objections ont pour cause les nombreuses et importantes lacunes qu'on rencontre dans le droit international. Et cependant conclure de là que ce droit n'existe pas, ce serait agir à la légère et commettre une grave erreur. Reprenons en détail les objections que nous venons de mentionner.

Page 1