PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION. XI
elle est exposée à subir toutes les horreurs d'un siège ou d'un * blocus, au grand détriment de sa richesse, de son industrie et de son commerce. Encore, si les sacrifices que la population civile s'impose dans ce cas étaient utiles à la défense du pays, on comprendrait qu'on les lui imposât et qu'elle tînt à honneur de s'y résigner ; mais la population civile est une gêne, une entrave, et non point un secours pour la défense, car il faut bien nourrir les bouches inutiles ; peut-on d'ailleurs, dans une ville riche et populeuse, pousser la défense à toute extrémité, et laisser détruire par le fer et le feu jusqu'aux derniers refuges des habitants, comme on le peut et on le doit dans une forteresse occupée seulement par l'élément militaire ? De là la nécessité, commandée par les exigences mêmes de la défense nationale, d'ouvrir les foyers de population et d'industrie et de spécialiser les places fortes.
Cette nécessité apparaît plus visiblement encore quand on étudie la question si importante des servitudes militaires. On sait que toutes les places de guerre sont enveloppées d'un réseau de servitudes portant interdiction de planter et de bâtir dans un certain rayon. Au point de vue militaire, ces servitudes se justifient parfaitement ; elles sont indispensables à la défense, si onéreuses qu'elles puissent être à la population civile. Il ne faut pas, en effet, que des constructions durables ou des plantations viennent gêner le tir de la place et procurer des abris à l'ennemi. C'est pourquoi le rayon utile dans lequel les servitudes s'étendent a été mesuré d'après la portée moyenne des projectiles. Au dix-septième siècle, cette portée était évaluée à 585 mètres : on a donc enveloppé toutes les places fortes construites à cette époque d'une zone de servitudes de 585 mètres de rayon. A la rigueur, c'était encore tolérable. Mais voici que le matériel de guerre, après être