LIVRE VIII. — LA GUERRE
quences et d'effets complètement indépendants de l'objet primitif du litige. Elle entraîne des sacrifices en hommes et en argent qui dépassent souvent beaucoup la valeur du droit contesté. Elle surexcite les passions populaires et réveille les antiques haines nationales; elle met en question toute la position future des belligérants. On combat non seulement pour un droit, mais aussi pour des intérêts politiques. La guerre amène au jour des forces longtemps contenues et longtemps cachées dont il faut tenir compte. Elle fait .époque dans le développement historique des peuples; elle crée les états ou les transforme.
2. C'est pour cela que le but de la guerre n'est pas toujours exactement déterminé par la cause de la guerre. Ce but s'agrandit par suite des circonstances que la guerre elle-même vient ajouter au but primitif. Il ne s'agit plus d'obtenir ce qu'on réclamait à l'origine, ou de faire reconnaître les droits contestés à l'ouverture des hostilités ; il ne s'agit même plus d'obtenir des dédommagements pour les pertes qu'on a subies et la réparation des offenses dont on a été l'objet. On veut assurer l'avenir et obtenir des conditions de paix qui correspondent à la position respective faite par la guerre aux parties belligérantes, et qui soient l'expression fidèle des modifications survenues dans le développement du droit et de la vie publique.
3. Dans les limites ci-dessus, la guerre n'est pas seulement l'acte de se défendre contre une violation du droit et le moyen d'obtenir le maintien d'un droit violé : elle est une force spéciale qui provoque la création de nouveaux droits. La vie publique des états se transforme souvent au milieu du tonnerre et des éclairs de la bataille ; l'histoire progresse au bruit de l'orage.