‹ Le droit international codifiéChapitre 21 sur 330 · NOTICE SUR M. BLUNTSCHLI XXIX · texte numérisé non relu

NOTICE SUR M. BLUNTSCHLI XXIX

maritime, de Zurich sur le projet d'organisation du tribunal international des prises, de Bruxelles et d'Oxford sur l'extradition et les délits politiques. Peu de membres de l'Institut ont travaillé autant que Bluntschli entre les sessions ; il rédigeait, outre ses rapports, des mémoires, des notes, des avis : ainsi l'avis concernant les réfugiés dits politiques, inséré dans la Revue K Le Manuel des lois de la guerre s'est achevé en grande partie dans son cabinet ; on se souvient qu'il a pris la plume pour en exposer le point de vue et la raison d'être en réponse à une lettre de M. le comte de Moltke 2. J'ai dit que peu de temps avant sa mort il assistait encore à la session de Wiesbaden.

Bien d'autres besognes s'imposaient à lui, sans parler des travaux parlementaires. On lui demandait de divers côtés des conseils et des consultations, non seulement sur des questions de droit public, comme celle des Israélites de Roumanie, mais aussi sur des affaires difficiles de droit civil, un peu éloignées de la sphère de ses études favorites. Un autre aurait décliné ces corvées qui l'exposaient à n'être pas toujours traité avec les égards qui lui étaient dus, mais il ne reculait devant aucune peine lorsqu'il croyait pouvoir rendre service. Dans un procès fameux qui touche à la fois au droit des gens et au droit intérieur de la France, M. Bluntschli fut appelé, l'un des premiers, à émettre un avis ; il s'est prononcé pour Madame la princesse de Beauffremont, en jurisconsulte du droit international et en philosophe, plutôt qu'en civiliste rigoureux considérant exclusivement le

» Revue, t. XIII, p. 72-75.

* «., t. XIII, p. 79-84.

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droit qui est sans se laisser troubler par l'image de ce qui devrait être1.

Les intérêts municipaux ne le laissaient point indifférent. Ce grand citoyen de la Suisse et de l'Allemagne était un bon bourgeois de Heidelberg, attentif au bien de la ville, membre utile de son cercle.

Pendant la guerre de 1870, il dirigea des ambulances.

Les distinctions de tout genre ne firent point défaut à sa longue carrière. Il n'en tirait pas vanité; il négligeait même la particule nobiliaire à laquelle il avait droit. Ce qui lui causa, je pense, une de ses plus réelles satisfactions, fut le béret de velours des docteurs en droit civil, que l'université d'Oxford lui donna l'an passét alors qu'à son diplôme de Bonn, renouvelé en 1879, il joignait déjà les grades honorifiques de Vienne et de Moscou. Il était membre ou correspondant de plusieurs sociétés savantes, entre autres de l'Académie des sciences morales et politiques de France.

Il est mort, comme je l'ai dit, debout et en quelque sorte au champ d'honneur, ayant encore à la bouche des paroles de paix et de bénédiction.

Je crois que le caractère et la valeur de M. Bluntschli ressortent assez clairement de ce simple tableau de sa vie.

D'autres, peut-être, ont brillé davantage dans chacune des sciences qu'il a cultivées. On peut trouver que le sens juridique de Heffter était plus solide, celui de Keller ou de Waechter plus aiguisé; les leçons de M. Blunts-

i Deutsche Naturalisation einer separirten Franzosin und Wirkungen der Naturalisation. Beleuchtung einer Frage des internationalen Rechts, etc. Heidelberg, 1876. — En français, dans la Revue pratique de droit français, 1876.

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chli n'étaient pas entraînantes comme celles de Stahl ou de Vangerow, et jamais il n'a prétendu, que je sache, à 1 érudition minutieuse, étonnante, infaillible de certains spécialistes qui se complaisent d'autant mieux dans le détail qu'ils sont plus pauvres d'idées générales. Ce qui dominait chez lui, c'est une rare et précieuse harmonie des facultés. Loin de se laisser absorber par une discipline particulière, il en a toujours mené de front plusieurs, comme il a mené de front la science et la politique ; par le fait, bien qu'il fit autorité en matière de droit allemand et surtout de droit public et international il était homme d'État, philosophe et historien presque autant que jurisconsulte. Il avait foi dans l'avenir, sans aucune tendance à l'utopie ; il gardait toujours la mesure et repoussait l'exagération humanitaire, parce qu'il avait le sens et l'expérience du gouvernement. Et que d'idées pratiques il a semées, que d'initiatives fécondes il a prises dans ses diverses sphères d'activité ! Sa force de travail et de production était remarquable ; elle est resiée entière pendant plus d'un demi-siècle. Il savait aussi prendre soin de la forme. Bien que parfois l'idée se généralise au point de rendre l'expression un peu vague, son style est ordinairement clair, sa phrase brève, substantielle, populaire, jamais prétentieuse ni maniérée. Sa voix est restée forte et bien timbrée jusqu'à la fin; sa parole était simple, ferme, persuasive. En l'entendant, comme en voyant sa robuste carrure, son tempérament bien équilibré, la sérénité avec laquelle il faisait face à tant d'occupations et d'obligations, on pouvait espérer qu'il vivrait et travaillerait longtemps encore ; la Providence en a décidé autrement.

La vie de M. Bluntschli a été d'accord avec ses prin-

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