NOTICE SUR M. BLUNTSCHLI IX
indépendante, la revision de la représentation nationale, enfin la suppression des vieilles inégalités entre les bourgeois de la capitale, classe jadis régnante et les anciens sujets campagnards, toujours traités en inférieurs.
Après le renouvellement de la constitution et du gouvernement, les alliés se séparèrent. Les avancés ou radicaux prirent le pouvoir, sous la direction effective de Keller, tandis que Bluntschli, qui avait fait les fonctions de secrétaire dans la constituante, restait parmi les modérés ou libéraux. Il sut tenir tête à l'orgueil démocratique, en prônant le régime représentatif dans une brochure ! qui fut taxée de réactionnaire par les uns et de révolutionnaire par les autres. Cette sagesse, cette maturité politique mérite d'être signalée. Ce jeune homme de vingt- trois ans paraît déjà, en somme, tel que nous l'avons connu trente ans et cinquante ans plus tard, tel qu'il a toujours été: libéral de conviction, non de circonstance, nullement soucieux de popularité, également ennemi des deux partis extrêmes, qui le lui ont bien rendu.
Sans doute, dans le cours de sa longue vie, l'expérience modifiera ses opinions sur plus d'un point; son libéralisme s'accentuera dans un milieu différent, en présence d'adversaires nouveaux. Quand il fera face, en Allemagne, aux idolâtres du passé, aux absolutistes ou aux ultramontains, il combattra autrement que lorsqu'il défendait le pacte fédéral suisse, les intérêts supérieurs de l'intelligence et de la morale et les droits de la conscience contre un radicalisme oppressif et borné. Mais jamais il n'a cessé d'être libéral, comme au temps où, selon ses propres expressions, il était suspect aux anciens privilégiés de la
1 Le peuple et le souverain, 1831.