X NOTICE SUR M. BLUNTSCHLI
ville, tandis que les campagnards le traitaient d'aristocrate et le haïssaient comme tel.
Il commença vers cette époque à enseigner le droit romain à l'Institut politique en qualité de prtvat-docent. Dès la fondation de l'université (1833), il fut nommé professeur de la même science; la chaire de droit privé national était réservée à Keller, alors au point culminant de son activité et suffisant à tout. M. Bluntschli fut investi, en outre, des fonctions de greffier du tribunal de district, de notaire et de conseil juridique de la ville. Keller, bien qu'il fût son adversaire politique, voulut le faire élire à la cour suprême (1835), mais il n'y réussit pas.
Dès qu'il eut l'âge légal, M. Bluntschli fut député au grand conseil (1837). Il y prit position d'emblée, comme l'un des chefs de l'opposition libérale et conservatrice. Déjà l'étoile des gouvernants radicaux pâlissait : quelques années de pouvoir avaient dépopularisé les ava?icés de 1830; ou leur reprochait, non sans motif, des tendances licencieuses et irréligieuses que la majorité du peuple zuricois ne voyait qu'avec une profonde indignation. Le mécontentement éclata au moment même où Zurich était Canton Directeur (Vorort), et à propos de la nomination d'un professeur en théologie. David Strauss avait été appelé à la chaire de dogmatique chrétienne et d'histoire ecclésiastique, au plus chaud des polémiques soulevées par sa Vie de Jésus. « Il s'agissait de faire subir à l'Église le renouvellement qu'avaient reçu les institutions politiques ; mais aussitôt s'éveillèrent les instincts conservateurs et la foi des aïeux1. » Le gouvernement radical s'effondra. M. Bluntschli n'était point Tun des promo-
1 Vuillkmin, Histoire de la confédération suisse, première édition, II, p. 365.