NOTICE SUR M. BLUNTSCHLI XI
teursde la manifestation populaire du 6 septembre 1839 *, mais il était leur ami et l'adversaire déclaré du radicalisme. Il entra dans le gouvernement nouveau et en fit partie jusqu'en 1846; il en devint tout de suite le véritable chef, et le représenta dans la Diète.
Il me semble que ces sept années où M. Bluntschli fut à la tête de son pays forment la période la plus brillante de toute sa carrière.
Il était jeune. Il vaquait à la fois à ses travaux administratifs, parlementaires et scientifiques. Il dirigeait un grand parti, qui comptait parmi ses membres les hommes les plus respectables de la Suisse, car son influence n'était point limitée au seul canton de Zurich ; il est vrai qu'elle fut battue en brèche dès le principe et qu'elle devait s'évanouir aussi promptement que celle de Keller. Sa renommée grandissait. L'année même de son avènement au pouvoir et les années suivantes, plusieurs ouvrages importants fixèrent sur lui l'attention du monde savant.
C'est d'abord Y Histoire du droit zuricois-, livre excellent qui applique à un petit territoire la méthode de l'École historique. M. Bluntschli a révélé à ses concitoyens le caractère essentiellement germanique de leur droit et de leurs institutions ; il a frayé la voie où devaient marcher avec honneur les Blumer, les Segesser, les Heussler, les de Wyss.
11 a dédié son livre à Savigny et à Eichhorn, et cette dédicace est une profession de foi. Pourtant il n'était pas
1 Gegenwart, article cité, p. 346.
1 StaaU und Rechtsgtschichte der Stadt und Landschaft Zurich, 1838-1839. Seconde édition, 1856. — M. Bluntschli a aussi publié une Histoire de la République de Zurich (1847).
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ou il n'était plus un adepte aveugle de l'École. Conciliateur en science comme en politique, il voulait l'union de l'histoire et de la philosophie ; il pensait que les deux méthodes, au lieu de s'ignorer ou de se dédaigner l'une l'autre, devaient arriver à se comprendre, à se contrôler, à se compléter mutuellement. Telle est l'idée, presque banale aujourd'hui, neuve alors, qu'il développa dans un article inséré aux Jahrbùcher de Halle et publié ensuite à pari (1839), sous ce titre : Les Ecoles modernes des juristes d'Allemagne ,.
Un autre ouvrage considérable fut composé, au moins en partie, durant cette période : c'est Y Histoire du droit publicde la Confédération suisse2. M. Bluntschli, en l'écrivant, n'a pas précisément ouvert une voie nouvelle, puisque le livre de F. Stettler venait de paraître, mais la supériorité de l'écrivain zuricois sur son prédécesseur bernois est incontestable, et il n'est point inutile de rappeler, en outre, qu'une trentaine d'années devaient s'écouler avant qu'un nouvel auteur ait entrepris de marcher sur ses traces3.
La philosophie du droit public, de l'État et de l'Église, attirait M. Bluntschli, alors déjà, autant#que leur histoire. Il publia, en 1841, des Etudes psychologiques '*, où il a exposé pour la première fois sa théorie des partis politiques, due principalement aux aspirations de Frédéric Rohmer 5. On sait quelle en est l'idée fondamentale.
i Die neueren Rechtsschulen der deutschen Juristen ; une nouvelle édition a paru en 1862.
s Geschichte des schweizerischen Budesrechts von den ersten ewigen Bilnden bis aufdie Gegenwar t. Tome I, 1846-1849, seconde édition 1875. Tome 11 (Documents), 1852.
* M. J. Meyer. Voyez la Revue, t. X, p. 454.
4 Psychologische Studien iiber Staat und Kirche. Zurich, 1844.
* Théodore Rohmer a publié la doctrine de son frère : tehre von den politischen Parteien. Zurich, 1841.