NOTICE SDR M. BLUNTSCHLI XIII
L'État s'explique par la nature humaine ; la considéralion delà vie humaine fait reconnaître les causes naturelles qui donnent naissance aux partis. L'enfance correspond au radicalisme, la jeunesse au libéralisme ; l'âge mûr est conservateur et la vieillesse absolutiste. La morale en est que le parti libéral et le parti conservateur sont seuls aptes à conduire l'État ; richement doués, mais d'une honorabilité douteuse, Frédéric et Théodore Rohmer prirent sur l'âme trop peu défiante de M. Bluntschli un ascendant fâcheux, que ses ennemis n'eurent pas de peine à exploiter. Quant à lui, il est resté fidèle à la théorie des âges ; on la retrouve dans le Dictionnaire politique (article Parteien, 1862) et dans un ouvrage spécial sur le caracth^e et V esprit des partis politiques, qu'il a publié en 1869. Une autre comparaison qu'il affectionnait est celle de l'État avec l'homme et de l'Église avec la femme ; il l'expose sous une forme ingénieuse dans un chapitre des Etudes psychologiques, qu'il a reproduit trente-cinq ans après, au tome premier de ses Opuscules (Der Staat ist der Mann) .
Tant qu'il fut aux affaires M. Bluntschli défendit les principes libéraux, soit contre le conservatisme stationnaire, soit surtout contre le radicalisme. Il espérait unir les meilleurs du parti conservateur proprement dit et du parti libéral en un centre assez fort pour tenir tête aux exagérés. Plusieurs bons citoyens partageaient ses illusions, dans la Suisse française comme dans la Suisse allemande. Mais la démocratie n'est pas favorable aux hommes d'élite, et d'ailleurs les ultramontains donnaient beau jeu aux radicaux. Cette fois encore, les violents devaient l'emporter. M. Bluntschli fit un suprême effort pour écarter la guerre civile ; il demandait des sacrifices