NOTICE SUR M. BLUNTSCHLI XV
Les quatorze années que M. Bluntschli a passées en Bavière furent un temps de loisir, durant lequel, affranchi des soucis de la politique, il put s'adonner de plus en plus à la production littéraire. Loisir studieux, laborieux et singulièrement fécond, auquel nous devons une série d'oeuvres remarquables et d'entreprises utiles.
M. Bluntschli eut d'abord à terminer un travail qui le ramena plus d'une fois dans sa patrie, et qui montre bien, d'une part, que si la majorité de ses concitoyens suivaient en politique d'autres principes que lui, il n'en conservait pas moins leur estime et leur confiance, et d'autre part que sa retraite ne lui avait inspiré aucune amertume à l'endroit du pays natal. Le droit privé de Zurich n'avait jamais été rédigé en un code proprement dit; le Stadt-und Landrecht de 1715 est un recueil d'anciennes décisions du conseil ; la campagne possédait en outre quelques statuts des trois derniers siècles, et la ville une loi des successions de 1716; tout cela fragmentaire, incomplet, suranné sur bien des points, parfois inintelligible. Keller, dont le nom revient sans cesse sous ma plume, avait inauguré la culture scientifique de ce droit et son perfectionnement rationnel, soit dans son cours, soit surtout dans sa pratique judiciaire, en suppléant au silence des textes par une action souveraine et créatrice comme le faisait à Rome le préteur. Une réforme fut résolue, comprenant la codification de l'ensemble du droit privé. Keller, chargé de la rédaction d'un premier projet, n'ayant fait que quelques travaux