‹ Le droit international: La guerreChapitre 5 sur 32 · NOTICE DES ÉDITEURS · texte numérisé non relu

NOTICE DES ÉDITEURS

Les leçons qui suivent ont été professées à TUniversité de Cambridge, pendant le terme de la Saint-Michel 1887, par feu Sir Henry S. Maine ^ alors Professeur de Droit international en vertu de la fondation du Docteur Whewell. Elles sont imprimées sur le texte écrit en partie de sa main propre, et qu'il avait complètement revisé pour son cours, mais sans le préparer en vue d'une publication future. Les épreuves ont été corrigées par M. Frédéric Harrison et M. Frederick Pollock, tous deux avocats de Lincoln's Inn (1), — tous deux au nombre de ses exécuteurs testamentaires. Ils n'ont pas cru de leur devoir de rien changer à

(1) (La section du barreau à laquelle appartenait Sir Henri Maine.)

: DIS tomros.

içons, sauf dans la mesure rctr à l'occasion quelque pa?festemeut défectueux. — Ils des titres aux Leçons et un

incoln's Ion, septembre 11

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ORIGINES BT SOURCES.

L'éminent fondateur de la chaire de Droit international qui porte le nom de Whewell, enjoint, avec instance, d'une façon formelle, à quiconque occupe cette chaire, de se proposer avant tout, dans les diverses parties de son enseignement, d'établir les règles, de suggérer les moyens, qui pourraient contribuer à diminuer les maux de la guerre , et finalement supprimer la guerre même entre les nations.

Ces paroles du docteur Whewell, qui revien-

lient dans son testament comme dans le statut de sa fondation professorale, renferment indubitablement à la fois une condamnation et une direction. Le Droit international, sous ses premières formes, s'est développé suivant un mode de traitement que Ton a, d'ailleurs, appliqué à bien des sujets importants de méditation, lorsqu'ils arrivent au point où Ton commence de les introduire dans les livres, — à la théologie, & la morale, voire en de certains cas, au Droit positif et privé. Les écrivains d'autorité, qui ont roreille des savants et des classes professionnelles, se suivent comme à la file : chacun commentant les travaux de son prédécesseur, et s'eflforçant tantôt de corriger les propositions qu'il formule, tantôt de leur ajouter quelque chose, tantôt d'en imaginer des applications nouvelles. Pendant un temps considérable, le Droit international, tel qu'on l'entend d'ordinaire, dut être exclusivement tiré des opinions de ces auteurs en vogue, qui néanmoins différaient sensiblement l'un de l'autre par leurs qualités comme par leurs défauts. A la tête et à la fin de la liste on s'accorde souvent à inscrire deux noms : le premier, celui de Grotius, né en 1583 et mort en 1645 ; le dernier, celui de Vattel^ né en 1714 et mort en 1767. On peut déclarer

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sans crainte, à Tégard de ces deux auteurs, \

que leurs préceptes ou propositions tendaient à diminuer les maux de la guerre, et qu'ils contribueront peut-être un jour à l'éteindre parmi les peuples. Mais, quant au reste des publicis- j

tes du même genre, on doit avouer que les uns étaient superficiels^ d'autres, instruits mais pédants; d'autres, sans clarté de vues ni d'expression; d'autres, médiocrement accessibles aux modifications du sens moral qui résultent des progrés de l'humanité*, d'autres enfin, tout uniment réactionnaires. A mesure que nous avancerons dans nos études, peut-être me sera-t-il possible de vous indiquer à quelle catégorie se rattache l'auteur dont nous nous occuperons immédiatement , et pour quel motif il s'y rattache.

En attendant, on me permettra bien, je pense, de m'arrêter un instant, pour déclarer qu'à première vue la tâche imposée parle docteur Whewell à son professeur, me semble aujourd'hui presque désespérée. Quel professeur de Droit, public ou privé, contemplant ce qui se passe autour de nous, pourrait espérer quand même découvrir les moyens de contrôler, et moins encore d'affaiblir ou d'anéantir, les forces prodigieuses qui semblent maintenant si favorables

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à la guerre ? Les faits se joignent aux chiffres pour témoigner également du développement énorme de ces forces, en volume comme en puissance. L'année qui marque le milieu de ce siècle était la trente-cinquième d'une longue paix, née en 1815, — d'une paix qui, sans demeurer tout à fait ininterrompue, car elle avait subi quelques légères intermittences de guerre locale, s'était prolongée néanmoins aussi longtemps qu'aucune autre depuis les débuts de l'Europe moderne, — d'une paix fertile en conséquences remarquables de tout genre.

On peut dire que cette génération avait fait un beau rêve. Elle rêvait d'un temps où, suivant le mot du grand poète qui commençait alors d'exercer sur elle son influence, « on n'entendrait plus le tambour de la guerre, où le drapeau des batailles ne ' déroulerait plus ses plis (1). » Et, en 1851, s'était produit un événement qui, depuis lors, est devenu quelque peu banal à force de se réitérer, l'ouverture de la première Exposition des Arts et de l'Industrie. Son succès accrut sérieusement la conviction que les guerres avaient cessé désormais; qu'une compétition dans les arts pacifiques allait rem-

{[) [Tcnnyson, Lockdej/ Hall, 18V2.;

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placer la lutte par les armes; que les différends seraient dorénavant soumis à une action littéraire, et non plus à la force brutale. Comme récrivait un prosateur, doublé d'un poète, qui vivait alors : « Le capitaine Plume avait vaincu le capitaine Sabre (1). »

Mais rédiflce même qui figurait ce Temple de la Paix venait à peine de disparaître, que la guerre éclata de nouveau, plus formidable que jamais. D'abord vint l'expédition de Crimée, où l'Angleterre eut un rôle de belligérante principale. Puis, suivit l'effroyable lutte occasionnée par la révolte de l'Inde, où les intérêts anglais furent seuls en jeu. Peu après, le Gouvernement du nouvel Empire français attaqua les Gouvernements fondés en Italie par le traité de Vienne; et, bientôt, les divers arrangements créés dans la péninsule par ce traité se trouvèrent anéantis. Avant qu'il fût longtemps, les Etat-Unis d'Amérique, que l'on regardait comme préservés de ce fléau par une sorte de bon sens terre à terre, se virent déchirés par la guerre de Sécession, qui, relativement à sa durée, aura été la plus coûteuse et la plus sanglante de toutes. Il ne fut pas longtemps encore avant que Tor-

(l) [Leigh Hunl, Capitain Sword and Capitam Pe;i, 1839.1

ganisatioQ de rÂllemagne, fixée par le traité de Vienne, s'écroulât par suite d'une querelle entre les grandes puissances germaniques. C'est presque d'hier que datent la guerre Franco-Allemande, et la campagne des Russes contre les Turcs, — double conflit qui nous a révélé des sources d'antagonisme dont nous n'entrevoyons pas encore le terme : savoir, la rivalité historique des Français avecles Allemands; et le plus désespérant des problèmes qu'ait à résoudre le monde civilisé, le règlement de comptes provoqué par l'inévitable effrondement de TEmpire turc.

Il est, bien entendu , facile de déterminer les causes immédiates de ces guerres; mais, pour qui croyait au triomphe définitif de la paix, ce fut une amère déception. Et, plus alarmant encore que le retour de la guerre, fut l'intrusion de la guerre dans la paix. Après la défaite d'Iéna, la limitation de forces que TEmpereur Napoléon avait imposée aux Prussiens, engendra un système dont le résultat fut d'enseigner au monde d'Occident un nouveau mode d'organisation militaire. La population tout entière d'un pays dut traverser les rangs de l'armée. Comme aux temps les plus éloignés , les jeunes gens devaient se battre en première ligne; puis, les

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hommes d'un âge immédiatement supérieur^ puis, après ceux-ci, leurs anciens. Tous connais-

Baient alors, et connaissent aujourd'hui, le maniement des armes ; et nul n'échappe à la nécessité de se battre en de certaines conjonctures, sauf les très vieux et les très jeunes. Les chiffres sont absolument stupéfiants. Lorsque la Russie se trouvait au comble de la réputation militaire qu'elle avait acquise en 1812 et 1813, elle éprouva toujours des difficultés à mettre en ligne cent mille hommes : on dit aujourd'hui qu'elle compte six millions d'hommes sur pied. L'effort le plus énergique que la France eût jamais tenté pour armer sa population s'était^ m an if esté en 1813, après la retraite de Moscou, et avant l'ouverture des campagnes surprenantes de Napoléon sur le sol même de la France. Or, le nombre d'hommes que Napoléon, secondé de tous ses lieutenants, put mener "^au combat, de la France, de l'Italie et de la Confédération du Rhin , — auxquels il faut ajouter les garnisons françaises qui n'étaient point engagées dans les opérations, — égalait presque exactement le nombre d'hommes que la Francejregarde, en ce moment, comme le chiffre normal de son armée Bur un pied de paix rigoureuse.

a La guerre, » dit Grotius, |dans un curieux

passage , où il marque son dissentiment des opinions de Tâge précédent, « la guerre n'est pas un art. )> Aujourd'hui, non seulement la guerre est un art qui demande un long apprentissage, et qui se surcharge d'une foule de règles précises, mais elle est, en outre, la mère d'une quantité d'arts nouveaux. La science ou l'art des explosifs, qui, depuis près de vingt ans, occupe l'humeur inventive des peuples civilisés, est tout entier d'origine guerrière; et même un art, en apparence très paisible, l'art du génie hydraulique, devrait, dit-on, son remarquable développement actuel à la recherche des moyens de soulever et de mettre en œuvre les immenses pièces de la marine. Les canons à longue portée fu rent essayés pour la première fois en campagne durant la guerre de Crimée, où, somme toute, ils subirent un échec que l'on déclara trop coûteux. Mais nous possédons en ce moment des documents très instructifs sur ce qu'ils sont devenus, documents fournis en partie par le Comité de la Chambre des Communes chargé d'établir le budget de l'armée , — en partie, p|i,r le rapport de la Commission royale, chargée d'étudier les modèles de la marine, ou, en d'autres termes, la façon dont les fonctionnaires civils et militaires de notre gouverne-

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