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confondre les intérêts de l'Angleterre avec ceux des États-Unis, et
c'est ainsi que les deux gouvernements se trouvèrent d'accord pour
s'opposer aux prétentions envahissantes de la Russie.
$ 159. M. Adams, qui à cette époque remplissait à Washington les fonctions de secrétaire d'État, autorisa le représentant des États- Unis à Londres à traiter directement cette affaire avec le gouvernement anglais ; il envoya en même temps copie des instructions qu’il lui adressait à cet effet au ministre américain à Saint-Pétersbourg. Ces instructions se basaient sur ce que, d’une part, les traités, et de l’autre, les révolutions politiques avaient fait perdre à l’Europe tout droit sur les territoires américains ; que les Etats-Unis ne pouvaient admettre que la portion continentale du Nouveau Monde servit d'élément de colonisation aux États européens dans la partie qui ne leur avait pas été antérieurement soumise ; que d’ailleurs l'indépendance absolue des nations qui s'étaient successivement constituées en Amérique suffisait pour que leur souveraineté fut considérée comme s'étendant au continent tout entier, sous la seule réserve de respecter les droits acquis. De ces prémisses M. Adams tirait la conséquence que le continent américain ne pouvait plus constituer de domaine colonial, et qu'étant occupé par des États libres et des nations civilisées, les Européens n’y devaient plus trouver accès que d'après les principes généraux du droit des gens, sur le pied d’une égalité absolue, en transformant l'Océan Pacifique en une mer aussi libre que l'Atlantique, et en soumettant la navigation des fleuves et des eaux juridictionnelles aux règles et aux conditions qu'édicteraient les gouvernements territoriaux.
Ces instructions formant la base même des principes qui devaient bientôt après être proclamés par le président au sein du congrès, on est fondé à dire avec Dana que M. Adams est vraiment l’auteur de cette partie de la doctrine que le message de M. Monroe du 2 décembre 1823 formula en ces termes : « On a jugé l’occasion favorable pour faire reconnaître comme un principe auquel sont liés les droits et les intérêts des Etats-Unis que les continents américains, d’après l'état delibertéet d'indépendance qu’ils se sont acquis et dans lequel ils se sont maintenus, ne peuvent être considérés à l'avenir comme susceptibles d’être colonisés par aucune puissance européenne. » À
L'’Angleterre repoussa énergiquement ces déclarations, que le président des États-Unis reproduisit quelques années plus tard ; elle soutint que les titres qui jusqu'à cette époque lui avaient donné un droit de souveraineté sur des territoires américains n'a-
Instructions de M, Adams aux ministres des Etats-Unis en Angleterre et à Saint-Pétersbourg,
Congrès de Panama,
vaient rien perdu de leur valeur et devaient produire indéfiniment les mêmes effets. À première vue, M. Monroe semble s'être proposé uniquement d'étendre les principes du droit public européen aux territoires du Nouveau Monde, et de couper court ainsi aux prétentions mal déguisées ou résolument soutenues par l’Angleterre et la Russie; mais il avait évidemment l’arrière-pensée de poser les États-Unis comme les protecteurs suprèmes des États américains et les garants de leurs territoires. Tout doute à cet égard disparaît, quand on se reporte aux faits postérieurs, qui, en placant cette doctrine sur le terrain pratique et en la rendant concrète, ont clairement dévoilé les inspirations auxquelles obéissait le cabimet de Washington. Le plus saillant de ces faits est le congrès de Panama,
$ 160. L'idée de réunir en congrès les dix États détachés de l’Es. pagne et du Portugal, pour constituer entre eux une fédération républicaine en regard de la vieille organisation monarchique de l'Europe et leur dicter un nouveau droit public, appartient au Pérou (1). Malgré les pressantes invitations adressées à tous les Etats et appuyées de l'influence du général Bolivar, l'assemblée convoquée à Panama, et à laquelle les États-Unis du Nord devaient assister, n'était pas un congrès général américain dans le sens rigoureux du mot, puisque la Bolivie, le Chili, Buenos Aires et le Brésil n’y fu-
rent pas représentés. Les seuls députés présents furent ceux du. Mexique, du Guatemala, de la Colombie et du Pérou. Ils tinrent leur .
première séance le 22 juin 1826 et se séparèrent le 15 juillet suivant, après avoir signé un traité d'union, d'alliance et de confédération perpétuelle, qui n'a malheureusement pas produit dans la pratique les résultats qu'on devait s’en promettre.
Une des questions les plus importantes dont le congrès de Panama eût à s’occuper était celle de la souveraineté des territoires du nouveau continent. Ces territoires pouvaient-ils devenir l'objet de nouvelles colonisations de la part des États européens ? Le fait de n'être pas encore occupés ou de constituer une première découverte suffirait-il pour en justifier la prise de possession ?
Les républiques de l'Amérique du Sud comprirent tout de suite l'avantage de rallier à leur cause les États-Unis de l'Amérique du Nord, et de confondre sur ce point en une seule la politique extérieure du Nouveau Monde tout entier. Ils adoptèrent donc purement et simplement la doctrine de Monroe, posèrent ainsi la ques-
(1) Voir Introduction, p. 77.
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