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quie sous la garantie collective de toutes les puissances européennes,
Les puissances n'écoutèrent pas les propositions de la Russie, et l’intervention collective au profit des chrétiens ne fut même pas, au congrès de Vienne, l’objet de discussions approfondies. Ce ne fut que quelques années plus tard que la lutte acharnée et inégale soutenue depuis assez longtemps déjà par les Grecs soulevés contre la Turquie, les torrents de sang qu'elle faisait répandre, et les barbaries des Turcs à l’égard des révoltés déterminèrent l’Angleterre, la France et la Russie à intervenir pour arrêter ces massacres sans merci et sans fin. Cette intervention, basée sur un traité conclu le 6 juillet 1827 entre les puissances intervenantes, reposait sur la prolongation de la guerre, sur le caractère de férocité que lui donnait la Turquie, et sur les maux qu’une telle situation occasionnait à l’Europe.
Le peuple grec avait aussi sollicité l'appui de l'Angleterre, de la France et de la Russie. Par le traité qu’elles signèrent entre elles pour répondre à cet appel, les trois puissances convinrent d'offrir leur médiation au gouvernement turc et de proposer tout d’abord aux deux parties belligérantes la conclusion d’un armistice ; elles réglèrent simultanément, quoiqu’en termes généraux, la situation politique de la Grèce, dont la délimitation définiive devait être l'objet de stipulations ultérieures. Un article secret ajouté au traité portait que, par l'envoi et la réception d'agents consulaires, les alliés établiraient des relations commerciales avec les Grecs, et que si dans le délai d’un mois l’armistice proposé n'était pas accepté par les parties belligérantes, les trois puissances se concerteraient de nouveau pour l’adoption des mesures que les circonstances pourraient réclamer et en vue desquelles elles donnaient éventuellement tous pouvoirs à leurs représentants à Londres.
La Grèce accepta la médiation offerte; mais la Turquie déclina la proposition et continua les hostilités en Morée. À la suite d’une agression contre les flottes alliées, qui avaient pour mission d'obliger Ibrahim Pacha à reconduire ses troupes en Égypte, elle subit le désastre naval de Navarin, auquel les Grecs sont indirectement redevables de la conquête de leur liberté et de leur souveraineté.
L'intervention, que nous venons d'’esquisser dans ses traits principaux, était pleinement justifiée au point de vue des principes du droit international : les motifs en étaient légitimes’; le résultat ne le fut pas moins.
On sait qu'après avoir d’abord songé à maintenir la Grèce dans une sorte dé vasselage à l'égard de la Turquie, les puissances
protectrices s’arrêtèrent en dernier lieu (1830) à l’idée d’ériger le pays, sauvé par leur intervention d’une ruine et d’une dévastation complètes, en un royaume séparé et indépendant, ayant sa constitution propre avec un gouvernement représentatif, et dégagé de toute espèce de liens par rapport à ses anciens maîtres *
jprtenen $ 172. Si l'intervention en faveur de la Grèce était dictée par
que 840 des considérations morales et politiques de l’ordre le plus élevé et le plus respectable, conformes de tout point aux saines notions du droit des gens, le concours que les grandes puissances européennes .prêtèrent à la Turquie en 1840 avait pour base la nécessité de sauvegarder la liberté et l’indépendance de l'empire ottoman, et de préserver ainsi de toute atteinte l'équilibre européen : à ce point de vue cette dernière intervention est tout aussi justifié en principe que l’immixtion qui avait abouti à la célèbre bataille de Navarin. En 1839, la condition de l’empire turc était en effet désespérée; le sultan était menacé de deux dangers également sérieux : succomber sous les attaques réitérées et victorieuses d’un vassal révolté, Méhémet-Ali, pacha d'Égypte, ou subir le protectorat humiliant et intéressé d’une nation chrétienne, la Russie. Dans l’un et l’autre cas, l'équilibre européen fondé par les anciens traités était rompu, et la situation générale du continent compromise peut-être à tout jamais.
De graves complications se rattachent à cette intervention de 1840, en raison de la diversité des vues qui inspiraient la politique des nations chrétiennes en Orient. Les unes, comme la Russie, nourrissaient des arrière-pensées d’ambition ou d'influence religieuse ; d’autres, telles que la Prusse et l'Autriche, jugèrent l’occasion favorable pour faire revivre d'anciennes rivalités et mettre encore une fois en pratique les principes consacrés en 1818 par le congrès d’Aix-la-Chapelle. La France, obéissant à des mobiles plus élevés et absolument désintéressée, accordait sa sympathie au vice-roi d'Égypte et semblait, dans une certaine mesure du moins, vouloir abandonner au sort des armes la solution du conflit engagé; enfin l'Angleterre, préoccupée des intérêts de son commerce, du maintien
* Wheaton, Elém., pte 2, ch. 1, $ 9 ; Gervinus, t. XI, pp. 130 et seq., &. XII-XIV ; Wheaton, Hist., t. IT, pp. 214-216 ; British and foreign State; papers, vol. XII, pp. 900 et seq. ; v. XVII, pp. 191 et seq.; v. XIX, pp. 33 et seq. ; v. XLI, pp. 36 et seq. ; Phillimore, Com., vol. I, pp. 444 et seq. ; Kent, Com., vol. I, p. 24; Lawrence, note 48; Dana, note 37; Heffter, $ 46, in fine; Lawrence, Com. t. I, pp. 408 et seq. Hall, Int. law, pp. 245, 247.
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de ses communications avec son empire de l’Inde, ne pouvait voir sans inquiétude s'élever sur les bords du Nil et en Syrie une puissance indépendante, de s'établir à Constantinople et dans la mer Noire une influence étrangère capable de primer la sienne.
$ 173. A la suite de nombreux pourparlers, l'Autriche, l’Angleterre, la Russie et la Prusse arrivèrent à une entente commune et conclurent, le 15 juillet 1840 (1), un traité auquel la Porte se rallia avec empressement par un protocole séparé en date du mème jour. Dans son préambule, ce traité rappelle que le sultan ayant réclamé appui et assistance pour surmonter les difficultés suscitées par la conduite hostile de Méhémet-Ali, les quatre puissances alliées, animées du désir de veiller au maintien de intégrité et de l'indépendance de l'Empire ottoman, dans l'intérêt de l'affermissement de la paix de l'Europe, ont accédé à la demande qui leur a été adressée, et se proposent à la fois d’arrèter l’effusion du sang en Syrie et de prévenir toute complication nouvelle entre le Grand Seigneur et son vassal. Les clauses générales du même acte et le rôle actif joué par l’escadre anglaise envoyée à Saint Jean d’Acre eurent pour conséquence de faire rentrer la Turquie en possession de la Syrie et de limiter le pouvoir de Méhémet-Ali au gouvernement héréditaire de l'Égypte. On sait que le traité du 15 juillet 1840 fut conclu sans le concours de la France, qui ne rentra dans le concert des grandes puissances européennes que par le protocole de Londres du 10 juillet 1841 (2), lequel donna une nouvelle consécration au principe absolu de la fermeture du détroit des Dardanelles aux vaisseaux de guerre de toutes les nations.
S 174. Les efforts faits par la Russie pour recouvrer son prestige en Orient, l’action ténébreuse qu’elle ne cessa d'exercer dans les Provinces danubiennes pour y entretenir l’agitation et faire prévaloir son influence religieuse et politique finirent par amener, en 1854, l'intervention armée de la France et de Angleterre d’abord, puis de la Sardaigne, dans la guerre qui éclata alors entre la Turquie et la Russie.
Cette seconde intervention, qui prit d’ailleurs, dès l’origine même, le caractère d’une guerre directement déclarée à la Russie par les trois puissances alliées, se fondait à la fois sur le maintien de l’indépendance de l’Empire ottoman et de la libre navigation de la mer
(1) Martens-Murhard, t. 1, p. 156 ; Neumann, t. IV, p. 453 ; Herstlet, V: V, p. 535 ; State papers, v. XXVIII, p. 342. (2j De Clercq, t. IV, p. 597.
Traité de 1840.
Intervention de 1854.