‹ Le droit international; précédé d'un exposé historique des progrès de la science du droit des gensChapitre 78 sur 104 · BAS · texte numérisé non relu

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Cest au nom de l'équilibre européen, comme dans un intérêt de paix et d’humanité, qu’on voit les puissances s’ingérer dans les affaires intérieures de la Turquie, tantôt contre la volonté, tantôt avec l’assentiment ou mème sur la demande du Sultan, qui paraît l’accepter ou l’éluder selon qu'il pressent qu’elle lui sera plus ou moins avantageuse. Ce souverain n'est donc plus justifié à la répudier absolument, après l’avoir supportée, après lavoir invoquée lui-même tant de fois; et, de son côté, l'Europe ne saurait y renoncer, après s’en être reconnu le droit, après s’être fait de l'exercice de ce droit un devoir indispensable pour la défense des populations chrétiennes opprimées par les Turcs ; ce n’est pas directement dans son intérêt propre qu'elle l’accomplit, mais dans un intérèt général de justice, d'humanité et de civilisation. Sans la reconnaissance de ce droit et de ce devoir, la conférence de Constantinople n aurait eu ni raison d’être ni signification *.

S 182. Une lutte acharnée, qui se prolongea pendant tout une année avec des chances diverses de part et d'autre, et à laquelle prirent part la Roumanie, la Serbie et le Monténégro comme alliés de la Russie, finit par amener les armées russes à la porte de la capitale de l'Empire ottoman. Le 20 janvier 1878 elles occupaient Andrinople, où dix jours plus tard était signée une convention qui stipulait un armistice, en mème temps qu’elle arrêtait les bases de la paix, qui ne fut conclue que le 3 mars suivant par le traité de San Stefano.

Cet'acte, auquel la Russie et la Turquie étaient seules parties, comprenait vingt-neuf articles, dont les plus importants visaient la rectification de la frontière de Monténégro, la reconnaissance de l’indépendance de la Roumanie et de la Serbie, la création d’une principauté autonome de Bulgarie, le démantèlement des forteresses du Danube, l'application dans la Bosnie et l'Herzégovine des réformes indiquées par la conférence de Constantinople, le paiement par la Porte à la Russie d’une indemnité de guerre, dont une partie au moyen de la cession de certains territoires en Arménie.

Quoique le traité portât simplement le titre de « préliminaires de paix », le dernier article prescrivait expressément que les parties contractantes se considéraient comme formellement liées depuis le moment de l'échange des ratifications, qui eut lieu le 17 mars suivant ; mais il n’obligeait définitivement que la Russie et la Tur-

* Phillimore, Intern. law, pte. 4, ce. 1 : Livre bleu anglais, 1876, n°s 2, 3; 1877, n° 1, 2; G. Rolin Jaequemyns, Revue de droit international, t. VIII, pp. 293 et seq., 511 et seq.

Guerre entre la Russie et la Turquie.

Traité de San Stefano.

Congrès et traité de Berlin,

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quie ; car pour les arrangements relatifs au Monténégro, à la Roumanie et à la Serbie, la réserve y était faite de conventions ultérieures à conclure entre la Turquie et ces trois principautés.

$ 183. Dès le 14 janvier 1878, le gouvernement anglais avait fait savoir au gouvernement russe que tout traité entre la Russie et la Turquie qui tendrait à modifier les traités européens de 1856 et de 1871 concernant l’Empire ottoman devait être également un traité européen, ne pouvant avoir de valeur qu'autant quil serait revêtu de l’assentiment des grandes puissances européennes. Quelques jours après la signature de l'armistice du 31 janvier, l’Autriche-Hongrie, secondant cette manière d'envisager la situation, proposa, le 5 février, la réunion d’une conférence des puissances signataires des traités de 1856 et de 1871. Gette proposition fut généralement acceptée, en remplaçant toutefois, sur la suggestion de la Russie, la conférence par un congrès, formé des ministres dirigeants des divers Etats, et auquel devait être soumis chaque article du traité de San Stefano, non pas nécessairement pour être accepté, mais afin qu'on püt examiner quels articles requerraient ou non l'acceptation ou la coopération des puissances (1). La Russie ne contesta pas ce droit, et le congrès s’ouvrit à Berlin le 13 juin suivant, sous la présidence du chancelier de l'Empire d'Allemagne, le prince de Bismark. L'Allemagne, l’Angleterre, l'Autriche-Hongrie, la France, l'Italie, la Russie et la Turquie, représentées par leurs ministres des affaires étrangères, leurs ambassadeurs à Berlin et d’autres délégués spéciaux, au nombre de vingt en tout, prirent part aux délibérations, qui se prolongèrent jusqu’au 13 juillet suivant, jour où fut signé le traité, qui a finalement fixé la position politique et les relations internationales de l'Empire ottoman telles qu’elles existent aujourd’hui, après avoir apporté de sérieuses modifications au traité particulier intervenu entre la Porte et la Russie en dehors de la coopération des puissances garantes de l'intégrité de la Turquie, qui seules avaient le droit d’altérer en quoi que ce soit cette base de l'équilibre général européen.

Par le traité de Berlin la Russie a été forcée de renoncer à une partie de ses conquêtes et à une série de concessions importantes qu'elle avait imposées à la Porte par le traité de San Stefano ; la

(1) Dépêche de lord Derby à l'ambassadeur d'Angleterre à Vienne, du 13 mars 1878.

Turquie a été remise en possession d’une portion précieuse du territoire qu’elle lui avait, tant directement qu'indirectement, livrée; mais il lui a fallu faire à la volonté de l’Europe des sacrifices, qui l'ont considérablement amoindrie sous tous les rapports.

Le traité de San Stefano prenait à peu près la moitié de la Turquie d'Europe pour en former, sous le nom de Bulgarie, un État comprenant une population de quatre millions d’habitants, avec des ports sur la mer Noire et l’Archipel, séparant Constantinople des lambeaux de territoire laissés à la Turquie, et devant nécessairement, par ses ressources naturelles et sa position géographique particulièrement favorable, exercer une influence prédominante sur les intérêts politiques et commerciaux de cette région. Par le traité de Berlin, près des deux tiers de cette contrée sont replacés sous le gouvernement politique et militaire direct du Sultan ; la Bulgarie conserve moins de la moitié du littoral maritime qui lui avait été primitivement assigné et ne possède d'autre port que Varna, qui ne peut guère être employé que pour des transactions commerciales ; en outre le nouvel État n’absorbe plus dans la majorité slave de sa population une masse considérable d'habitants grecs de race et de sympathie.

De la portion reprise sur cet État de Bulgarie, tel que l’avaient constitué les négociateurs russes, a été formée la province de la Roumélie orientale, dotée d’une certaine autonomie, mais gardant des attaches étroites avec le gouvernement général de l’Empire ottoman.

La Roumanie et la Serbie, autrefois vassales, et le Monténégro, déjà indépendant quoique la Porte élevât sur lui des prétentions, ont été affranchis de toute sujétion et ont vu étendre leurs frontières.

La Bosnie et l'Herzégovine sont devenues en quelque sorte un État nouveau, d’un caractère particulier, occupées qu’elles sont désormais par l’Autriche-Hongrie, qui a accepté la charge de les administrer.

Enfin, une rectification de frontières entre la Turquie et la Grèce est recommandée en Épire et en Thessalie, sous la médiation éventuelle des puissances.

En Asie, les revendications exorbitantes de la Russie sont réduites aux territoires d’Ardahan, de Kars et de Batoum, encore avec cette condition que ce port sera déclaré franc et d’un usage strictement commercial.

Bulgarie.

En résumé, ce qu'a fait le congrès de Berlin pour le bien général, c’est qu'il a proclamé le principe de la complète égalité de droits de toutes les religions et de la liberté des cultes. Par Particle 62 du traité la Porte a exprimé la volonté de maintenir ce principe en y donnant l'extension la plus large, en déclarant que dans aucune partie de l’Empire ottoman la différence de religion ne pourra être opposée à personne comme un motf d'exclusion ou d'incapacité en ce qui concerne l’usage des droits civils et politiques, l’admission aux emplois publics et lexercice de toutes les professions ou industries.

Quant aux rapports des puissances avec la Porte, l’article 64 du traité de Berlin maintient expressément le traité de Paris du 30 mars 1856 et celui de Londres du 13 mars 1871 dans toutes celles de leurs dispositions qui ne sont pas abrogées ou modifiées par les stipulations du 13 juillet 1878 (1).

S 184. La situation faite aux Bulgares par le traité de Berlin de 1878 mérite une étude particulière.

En divisant ce que le traité de San Stefano avait réuni en un seul faisceau la grande Bulgarie, en trois fractions disparates sous trois régimes administratifs différents, la Principauté de Bulgarie, admise au bénéfice d'une demi-indépendance , la Roumélie orientale, à qui il n’a été laissé qu’une simple autonomie administrative, et la Macédoine, redevenue purement une province de la Turquie, on a créé un État précaire, rompant les espérances, et blessant les sentiments des intérêts même des populations, par conséquent sans bases solides et durables : les événements n'ont pas tardé à le démontrer.

Dès l’origine la Russie n’a cessé d'exercer une influence dominante dans la Principauté.

C'est notoirement à la faveur dont il jouissait à la cour de Saint- Pétersbourg que le Prince Alexandre de Battenberg dut, son élection, le 29 avril 1879, comme Prince de Bulgarie ; et c'est au gouverneur général russe, Prince Dondoukoff-Korsukoff, qu'on attribue la rédaction de la constitution adoptée la veille par l’assemblée des notables de Bulgarie. Cette constitution ne fut pas de longue durée ; le 10 mai 1881 une proclamation princière, ratifée

(1) Voir Protocoles du congrès de Berlin et traités ; Mémorial diplomatique du 9 mars au 5 octobre 1878 ; Revue de droit international: L'année 1877 et les débuts de 1878 au point de vue du droitinternational, par M. Rolin Jaequemyns, vol. X, p. 5 et seq.; Le congrès de Berlin, par M. Bluntschli, vol. XI, pp. 1-37, 411-430.

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par une Assemblée nationale, conféra des pouvoirs extraordinaires

au Prince pour sept ans ; mais, sans attendre le terme de cette période, le Prince prit lui-même l'initiative de la restauration de la constitution le 19 septembre 1883.

L'ordre et la tranquillité paraissaient se rétablir, lorsqu'un événement imprévu vint tout à coup les troubler. Le 18 septembre 1885, éclata à Philippopoli un mouvement révolutionnaire, qui destitua et fit prisonnier le gouverneur général ottoman de la Roumélie Orientale. Un gouvernement provisoire proclama l'union des deux Bulgaries et offrit la couronne au Prince Alexandre.

Trois jours après, le Prince qui avait accepté, arrivait à Philippopoli, et se mettait en mesure de défendre la frontière contre un retour offensif qu'on attendait de la part de la Turquie.

Le gouvernement turc protesta en effet contre la conduite du Prince, qui, s’écartant des devoirs tracés par les puissances signataires, avait mis le pays dans une situation périlleuse en se rendant à Philippopoli, mais il se contenta de recourir aux cabinets pour demander leur intervention bienveillante en vue de rappeler et de ramener son Altesse au respect de ses véritables devoirs.

Pour toute réponse les puissances laissent la Turquie libre d'agir pour le rétablissement du sfatu quo ante, se bornant à engager le Prince Alexandre à rentrer en Bulgarie afin de prévenir l'extension du mouvement au delà des limites de la Bulgarie et de la Roumélie orientale: c’était implicitement reconnaître l'autorité de fait du Prince de Bulgarie dans la Roumélie orientale. Aussi, prenant acte de ce qu'on le rendait ainsi responsable du maintien de l'ordre en Roumélie:et sur les frontières de la Macédoine, le Prince s’empressa-t-il de demander la reconnaissance de l’Union, dans l’intérêt de la paix.

Une conférence tenue à Constantinople dans le mois de novembre sur la proposition de la Porte ne servit qu’à constater le désaccord et l'indifférence des puissances.

Alors la Serbie, se disant lésée par l'union bulgare, qui détruisait l'équilibre établi par le traité de Berlin entre les États des Balkans voulut en empêcher la consommation en déclarant la guerre à la Bulgarie, Le sang répandu ne fit que cimenter d’avantage l'union, sanctionnée désormais par les victoires des Bulgares.

Dans ces conjonctures le gouvernement turc prit le parti de s’en-

tendre directement avec le Prince Alexandre, qui consentit à ce

que l'union de la Bulgarie et de la Roumélie eût un caractère purement personnel en sa personne, et fut; par un iradié du Sultan en

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date du 31 janvier 1886, reconnu comme gouverneur général de la Roumélie orientale pour une période de cinq ans.

Après avoir reçu, le 25 avril le firman conférant ce titre, le premier acte du Prince fut de convoquer une sobranié ou Assemblée nationale des deux Bulgaries qui se réunit a Sophia le 14 juin 1886. Dans le discours qu'il prononça à la séance d'ouverture, en présence du corps diplomatique, le Prince gouverneur se déclara heureux de féliciter dans sa capitale la première assemblée nationale à laquelle prenaient part les représentants de la nation d’au delà et d’en deçà des Balkans. « de constater que l'Union, si longtemps attendue et si sincèrement désirée, est faite » de pouvoir remettre à une assemblée générale nationale bulgare l'examen des affaires concernant les intérèts de la patrie commune.

À partir de ce moment, le Prince Alexandre se trouve en butte à une opposition persistante de la Russie qui objecte que l’élection de députés rouméliotes appelés à siéger dans une assemblée générale bulgare à côté de ceux de la Principauté n’est nullement conforme à l'esprit et à lalettre de l’arrangement intervenu entre les puissances,

Cependant la session de l'assemblée bulgare se passa sans encombre ; et peu de temps après la clôture, arrivaient à Sophia, selon les arrangements pris avec le gouvernement suzerain, des délégués turcs chargés de réviser le statut de la Roumélie, de concert avec des délégués bulgares. La commission avait tenu à peine quelques séances, lorsque sa tâche fut tout à coup interrompue.

Le 21 août, dans la nuit, des conspirateurs s’emparèrent de la personne du prince et le firent conduire sous escorte à la frontière. Un gouvernement provisoire se constitua, dont le premier acte fut de se rendre chez l'agent diplomatique russe pour lui promettre l'entière soumission de la Bulgarie au Czar de Russie, protecteur de la Bulgarie. Mais le peuple et l’armée refusèrent obéissance à ce gouvernement, qui, quelques jours après, faisait place à une régence composée d'amis du Prince, dont le rappel fut aussitôt décidé ; et le 2 septembre le Prince rentrait à Sophia, où tous les membres du corps diplomatique et consulaire, à l'exception des agents de la Russie et de l'Allemagne, qui avaient reçu l’ordre de s'abstenir, vin= rent lui faire escorte.

Depuis lors nous assistons à un conflit presque personnel entre le Prince Alexandre et l'Empereur de Russie : naturellement le ‘plus faible devait succomber.

Le 30 août avant son retour à Sophia, le Prince avait de Routs-

chouk, par l'intermédiaire du consulat russe, adressé au Czar, un télégramme, par lequel 1l protestait de son dévouement inaltérable envers sa Majesté, et finissait par ces mots : « La Russie m’ayant donné ma couronne, c'est entre les mains de son souverain que je suis prêt à la remettre. »

L'Empereur répondit qu'il n approuvait pas le retour du Prince en Bulgarie et qu'il s'abstiendrait de toute immixtion dans le triste état de choses auquel la Bulgarie était réduite tant que son Altesse y resterait.

Le Prince comprit; le jour mème de sa rentrée triomphale dans son palais, il déclara au corps diplomatique et aux officiers réunis autour de lui qu'il ne pouvait pas rester en Bulgarie «car le Czar ne le voulait pas» et le 7 septembre il quitta de nouveau la Bulgarie, en motivant son départ dans une proclamation ainsi conçue : « Ayant été convaincu de la triste vérité que notre départ de la Bulgarie facilitera le rétablissement des bonnes relations, avec la Russie, et ayant reçu l'assurance du gouvernement de l'Empereur de Russie que indépendance, la liberté et les droits de notre Etat resteront intacts et que personne ne s'ingérera dans ses affaires intérieures, je déclare à mon peuple bien-aimé que je renonce au trône bulpare... » En parlant ainsi le Prince s’appuyait sur des assurances qui lui avaient été transmises par le cabinet de Saint-Pétersbourg : « qu'il ne songeait pas à occuper le pays, ni à donner au commissaire qu'il enverrait une mission gouvernementale au administrative... » il ne s'agissait que de conseils à donner pour aider le peuple bulgare à trouver une solution régulière de la crise que traverse son pays...

Or, depuis l’abdication du Prince Battenberg, la régence qu'il a instituée ef qui paraît s'être concilié les sympathies des populations, n’a rencontré qu'une opposition opiniâtre, de parti pris, à presque tous ses actes de la part du général de Kaulbars, le nouvel agent diplomatique russe, au point que de gucrre fasse, celui-ci à été rappelé par son gouvernement et que le rétablissement de l’état normal en Bulgarie et en Roumélie n'a pas fait un pas en avant. Le trône de la Principauté est toujours vacant, les princes auxquels 1l est offert le déclinent invariablement ; il ne reste sur les rangs qu’un candidat présenté par la Russie, et au choix duquel les autres puissances répondent par une entière indifférence.

La Turquie, le seul pouvoir qui ait des droits pour intervenir en sa qualité de suzerain, persiste dans son attitude passive, résolue à laisser aux autres puissances la responsabilité d’une situation dont

Considérations générales sur les interventions entre les Etats de l’Eu-

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chacune paraît s'être absolument désintéressée, y voyant plus de périls que d'avantages réels.

Séule la Sobranié bulgare défend ses droits, notamment celui de choisir elle-même son prince ; elle a même envoyé, auprès des divers gouvernements, des députés chargés d’invoquer leur concours en faveur de l'indépendance de la Bulgarie et du respect des traités ; mais ces députés sont partout évincés des sphères officielles, et dans des entretiens privés on leur prodigue les conseils de ne pas compromettre la paix de l'Europe.

La Russie demeure donc maîtresse du terrain.

Si les choses en restent là, c’est-à-dire si l’union bulgare n’est pas poussée plus loin, et ne doit consister que dans ce fait que le Prince de la Bulgarie sera en mème temps gouverneur général de la

Roumélie orientale, avec un mandat renouvelable tous les cinq ans, .

Principauté et Province continuant de faire partie de l’Empire ottoman, aucune altération essentielle n’est consommée de la lettre du traité de Berlin, si ce n’est que, comme la Bulgarie et la Roumélie orientale, aux termes de ce traité, forment deux gouvernements distincts et séparés, il n’est pas correct que des députés rouméliotes soient élus pour aller siéger dans une assemblée nationale qui doit être composée uniquement de députés bulgares ; c'est ce qui a eu

lieu dernièrement; mais il est facile d’empècher ultérieurement

pareille dérogation au traité.

Ce qui est anormal sans contredit, c'est cette prépondérance à laquelle la Russie prétend, et qu'aucune clause des traités ne lui attribue pas plus qu’aux autres puissances dans les affaires de la Bulgarie, c’est cette pression qu’elle y exerce depuis l’organisation de ce pays en Principauté tributaire de la Porte ; c’est l'inertie du gouvernement turc devant cette atteinte portée à son autorité suzeraine ; c’est le silence des puissances devant cette interprétation collusoire du traité du 43 juillet 1878, qu’elles ont signé pour rétablir l’équilibre dans l’Europe orientale et non pour y fomenter des éléments de désordre, de guerre et de révolution *.

$ 185. S'il n'est pas possible de formuler une règle absolue à propos des interventions, du moins peut-on déduire quelques principes généraux des cas les plus récents que nous venons de rapporter.

Ainsi on constate tout d'abord que les interventions entre les divers Etats européens ont pris dans les temps modernes, depuis la

* G. Rolin-Jaequemyns, La question d'Orient en 1885-1886, Revue de droit international, t. XVII, pp. 378, 507, 591 ; t. XIX, p. 50; Ch: Calvo, Dictionnaire de droit int. public et privé; Congrès de Berlin, 1878, p. 86;

guerre de l'indépendance de la Grèce, un caractère tout spécial; qu'elles reposent presque toujours sur un principe élevé de politique internationale, tel que celui de l’équilibre des nations, comme pour les affaires de Belgique et de Turquie, et quelquefois sur un grand intérêt moral et religieux, comme pour l’occupation des Etats romains par les troupes françaises.

La légitimité ou l’illégitimité des interventions, ainsi que leur importance intrinsèque, sont donc essentiellement subordonnées à l'appréciation de leur origine et de leur signification, à leur connexion plus ou moins intime avec la situation générale ou particulière du . pays où elles se produisent, enfin à la nature des engagements internationaux qui les provoquent. En les envisageant à un certain point de vue, on peut dire que toutes les interventions qui se sont produites en Europe étaient entièrement conformes à la saine raison et à l'équité. Sans l’immixtion de la France, de l'Angleterre et de la Russie en faveur de la Grèce, la guerre féroce et dévastatrice qui ensanglanta si longtemps la Morée et les îles de l’Archipel n'aurait jamais eu de fin, et l’Empire ottoman aurait achevé de perdre toute considération comme État européen. De mème, sans l'appui armé prêté à la Turquie en 1854 dans sa lutte contre son formidable voisin, la Russie gagnait en Orient une influence prépondérante, nuisible à l'indépendance et aux intérêts matériels des autres nations. Enfin, sans l'intervention française à Rome, le chef du catholicisme eût probablement été dépouillé violemment de son pouvoir temporel, et l'Europe se serait vue exposée à un conflit des plus graves, au lieu d'assister an dénoùment pacifique qui a consommé l’œuvre de l'unification de l'Italie. En résumé, toutes les interventions accomplies en Europe depuis une quarantaine d’années étaient fondées sur des pensées larges et généreuses, et les résultats en ont été essentiellement salutaires, favorables au développement de la civilisation. Ôn ne saurait en dire autant de celles qui avaient eu lieu sur le continent européen dans les trente premières années de ce siècle ; celles-là, en effet, inspirées avant tout par des principes po-

Laveleye, La péninsule des Balkans, Bruxelles, 1886 ; Circulaire du 3 décembre 1885 de M. de Freycinet aux représentants de la France à l'étranger ; Livre vert {italien) du 25 novembre 1885, n° 36; Mémorial diplomatique, 1886, p. 472; Rolin-Jaequemyns, Quelques documents relatifs à la question bulgare ; Revue de droit international, t. XIX, p. 202; Blue Book (Turhey) 1877; Mission diplomatique du général Kaulbars ; Circulaire de M. de Giers du 23 novembre 1885 exposant les vues du gouvernement russe à la suite du départ du général Kaulbars et des consuls russes de la Bul: garie et de la Roumélie orientule.

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Intervention des Etats européens dans les Etats de l'Amérique,

Intervention française au Rio dela Pla-

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324 LIVRE II. — INDÉPENDANCE & a87

litiques que condamne la marche progressive du temps et #2 idées, ou poursuivant des chimères telles que la restauration par la force du droit divin des rois, sont réprouvées aux yeux de la raison et de la justice, dans leur origine comme dans les déplorables résultats qu'elles ont produits.

$ 186. Si tel est le caractère général des faits d’immixtion que nous venons de signaler en Europe, quels traits caractérisent les interventions des Etats curopéens dans les affaires intérieures du Nouveau Monde? Pour bien résoudre cette question, il faut examiner à la fois les principes invoqués de part et d’autre, les aflaires de contentieux diplomatique qui les ont fait surgir ou leur ont servi

de prétexte, enfin les solutions particulières ou les conséquences gé-

nérales qu'elles ont eues. C’est dans cet ordre d'idées que nous allons exposer et apprécier les interventions de la France et de PAngleterre sur les bords du Rio de la Plata, et l’intervention française au Mexique.

8 187. La situation intérieure de la France en 1838 et la conduite peu réfléchie de son vice-consul à Buenos Aïres, M. Roger, sont les deux causes primordiales de l'intervention française dans les affaires de la Plata. Excité par les bruyantes clameurs de ses compatriotes, déjà établis en grand nombre dans la province de Buenos Aires, M. Roger adressa au gouvernement de cette ville, en tant que chargé des relations extérieures de la Confédération Argentine,

une série de réclamations, formulées en termes peu mesurés,

relativement à la naturalisation, au service dans les milices, à des contributions extraordinaires et à de prétendus dénis de justice. Le gouvernement argentin refusa d'y satisfaire ; toutefois, dans les communications écrites échangées à cette occasion, il fit valoir que l'agent français n'avait nul caractère pour se faire, sans pouvoir exprès de son gouvernement, l'organe de représentations diplomatiques et s’élever ainsi au-dessus des lois internationales. M. Roger, persuadé de ne pas être désavoué à Paris, insista fortement sur ses réclamations ; mais n’ayant pas réussi à les faire prévaloir, il rompit ses relations, ferma sa chancellerie

et se transporta à Montévidéo, où 1l se mit aussitôt en communauté.

de pensée et d'action avec les émigrés politiques de la REPOS Argentine.

Dans la situation où il était alors placé, le gouvernement de Louis-Philippe ne devait pas voir d’un mauvais œil le différend qui venait de surgir dans PAmérique du Sud, attendu qu'il lui offrait un précieux moyen de désarmer l'opposition parlementaire et de

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détourner l'attention publique de la politique intérieure ; aussi, dès qu'il fut'instruit des faits, s'empressa-t-il de transmettre au contreamiral Leblanc, chef des forces navales françaises au Brésil et dans la Plata, l’ordre d’appuyer les réclamations de son vice-consul à Buenos Aires.

Fort de cette protection et de la présence à Montévidéo de l’escadre de l’amiral Leblanc, M. Roger retourna à Buenos Aires et menaça de nouveau le gouvernement argentin, sans parvenir à ébranler la résistance du dictateur Rosas(1). Celui-ci toutefois, au moment même où les vaisseaux français mouillaient à Montévidéo, avait fait savoir à Pamiral Leblanc qu'il était prèt à régler les questions pendantes au moyen d'un arrangement amiable, soit avec lui, soit avec tout autre représentant ou mandataire direct et véritable du gouvernement français. Peu au courant de l’état réel des choses, mal conseillé du reste par M. Roger, l'amiral refusa de descendre à terre pour entamer les négociations, que l’absence d’un délégué spécial dûment accrédité avait seule empèché d’aborder jusqu'alors, et le 28 mars 1838 il déclara le blocus de tous les ports de la République Argentine. L'escaäre française s’appuyait pour ses opérations sur le port de Montévidéo. Le chef de la République de l'Uru= guay était alors le général Oribe, qui était lié intimement avec le dictateur Rosas et qui par suite ne prêtait pas à Pescadre de l'amiral Leblanc l'assistance dont elle avait besoin. Cette dernière circonstance ne contribua pas peu, d’une part, à amener la chute du général Oribe et le triomphe de son rival politique, le général Rivera, et,

d'autre part, à faire aboutir l'intervention française dans la République Argentine à une immixtion simultanée dans les affaires intérieures de la République de l’'Uruguay, dont on vit les soidats figurer à côté des marins français lors de la prise de l’île argentine de Martin Garcia.

Le rappel en Europe de M. Roger et la nomination de M. Buchet-Martigny comme consul général et chargé d’affaires de France

à Bucnos Aires furent sans influence sur le règlement du différend.

‘Le nouvel agent français, qui s’abstint mème de notifier officielle-

mentson arrivée au gouvernement de Rosas, semble s’être exclusiyement préoccupé de poursuivre l'exécution des mesures adoptées sur les conseils de son prédécesseur intérimaire ; il fut le promoteur de la coalition formée en 1839 entre les troupes françaises, le général Rivera et les émigrés argentins commandés par le général

(1) V. sur l’origine de sa dictature : Historia de Rozas y su época, par M. A. Saldias, Buenos Aires, 1881.

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