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CARACTÈRES DIPLOMATIQUES

§ 229. De grands caractères politiques ont été de tout temps fort rares. Un grand nombre d’entre eux sans doute sont restés inconnus dans l’histoire: tous ceux surtout qui, tout en travaillant dans des positions subalternes, n'en ont pas moins contribué au succès de négociations dont d’autres devaient recueillir la gloire. Au surplus l’historien doit se taire quelquefois sur les faits diplomatiques des hommes d’Etat: car il ne lui est pas toujours permis de lever le rideau et de voir ce qui se passe dans les coulisses.

Nous n’avons ni la prétention ni l’espace nécessaire pour retrace^ une histoire de la diplomatie et de ses principaux représentants jusqu’à l'époque la plus récente. Le nombre seul de ces coryphées que l'Eglise romaine a trouvés à toutes les époques à son service, suffirait pour remplir plusieurs volumes. Nous nous contenterons d’esquisser très-rapidement quelques-uns des talents les plus éminents des temps passés, avec exclusion des contemporains. Ce sont tantôt de grands princes, tantôt des ministres et des négociateurs.

Au nombre des souverains nous rencontrons, dans l’antiquité, en première ligne Philippe de Macédoine, modèle de diplomatie, si la finesse et la ruse, s’exerçant à des mystifications pleines d'artifices, peuvent prétendre à ce titre. Dans les temps modernes nous distinguons Charles V, Henri IV de France, Elisabeth et Guillaume III d’Angleterre; ce dernier est incontestablement le plus grand politique du xvii* siècle. Ensuite Louis XIV, et même Louis XV, qui se livrait à la diplomatie avec un certain goût; — Charles -Emanuel de Savoie, avec son système bascule; — Catherine de Russie, Frédéric II de Prusse et l’empereur Joseph II. Ces trois derniers souverains, en oubliant les traditions diplomatiques, n’hésitaient pas à jeter quelquefois le poids de leurs épées dans la balance des négociations.

‘) Quelques détails se trouvent dans Wicquefort II, chap. 17. Voyez aussi Vergé, Diplomates et Publicistes. Paris 1856.

Le règne de princes éminents rejette dans l’ombre toute action partielle ou individuelle: les diplomates seuls employés directement à leur service, se détachent du fond commun comme des individualités fortement caractérisées. Leurs travaux, racontés quelquefois par eux -mêmes dans des mémoires qu’ils ont légués à la postérité, contiennent sans doute un grand nombre d’exemples utiles à étudier.1 L’Italie est le berceau de la diplomatie.1 La France lui succède et fournit une foule de diplomates éminents: sous Henri IV Sully, de Morney, de Sillery et surtout Arnould Dossat, dont l’art brillait par la franchise et l'honnêteté, seules vertus qui eussent quelque chance de réussir à Rome. Sous Louis XIII on voit briller le comte de Brienne, le maréchal de Bassompierre, Richelieu, le père Joseph de la Tremblaye, et, comme négociateur, le comte d'Estrades. Le règne de Louis XIV compte Mazarin, Servien, Colbert, de Torcy qui a accompli avec un plein succès ce travail de Sisyphe qu’on a appelé le Congrès d'Utrecht. Le règne de Louis XV est moins fécond; co n’est que beaucoup plus tard, dans les premières années de notre siècle, que le génie diplomatique semble s’être épuisé en produisant Talleyrand de Périgord.

Parmi les diplomates et les négociateurs anglais nous nommons en premier lieu le cardinal Wolsey; les deux Cecil sous le règne d'Élisabeth, Henry Wotton, vrai modèle de l'ancienne école, sous Jacques I. C'est lui qui aimait à citer cette maxime: „I1 volto sciolto, i pensieri stretti," et qui, à Augsbourg, mettait ces paroles dans un album: „ Légat us est vir bonus peregre missus ad mentiendum reipublicae causa. “ A ce caractère dissimulé on peut opposer le caractère noble et plein de franchise de William Temple, qui professait le principe que dans la politique il fallait toujours dire la vérité.1 Grand sur le champ

l) Ces mémoires sont indiqués par Klüber, Droit des gens. Suppléai.

§ 37 suiv. et par le baron de Martens, dans son Guido diplom., Bibliothèque choisie. I, p. 509. Mirus II, § 87.

*) V. Reumont, It&lienische Diplomates von 1200—1550 dans Fréd. do Raumcr, Ilistorisclies Taschenbuch. 1841. p. 373.

*) V. sur lui: Luden, Biographie von W. Temple. GOttingen 1808. Foreign quarterly review, loc. cit. p. 28.

de bataille comme dans les négociations, d’une conduite noble et d'un esprit plein de finesse, — tel fut Marlborough. Son rival Charles Bolingbroke se trouve bien au-dessous de lui. Si les règnes de George 1 et de George II ne fournissent que des talents inférieurs quoique variés, les deux Pitt résument de nouveau l'idéal de la politique anglaise, dont ils étendent au loin linfluence-prépondérante.1 Cette politique profondément nationale trouve au présent siècle un nouveau représentant dans Canning. A côté de ces diplomates anglais se placent dignement Washington et Franklin.

Parmi les autres Etats de l’Europe, les républiques de Venise et des Provinces -Unies des Pays-Bas sont restées, jusqu’à la fin du dernier siècle, des écoles distinguées de talents politiques et pratiques. Venise avait ses Contarini, Cornaro, Soranzo et Nani; les Pays-Bas avaient leur François van Aarssens, le grand -pensionnaire de Witt, Jérôme Beverning, Jean Oldenbameveld et les deux Hugues et Pierre de Groot (Grotius). L’Espagne cite avec orgueil Olivarez, Don Haro, le comte de Pegneranda.

La maison d’Autriche a eu le bonheur de posséder une suite non interrompue de profonds diplomates. Le comte Trautmannsdorf s'est acquis, au congrès de paix de Münster (Osnabrück), un mérite immortel, non -seulement à l'égard de son pays, mais aux yeux de toute l’Europe. Plus tard le comte de Kaunitz a déployé un grand talent dans la défense des intérêts exclusifs de la maison impériale. Mais c’est dans le cours de notre siècle que la diplomatie autrichienne devait célébrer ses plus brillants triomphes. Metternich pouvait dire un jour qu'il a quelquefois gouverné l'Europe.

En Prusse l’intervention directe et constante des souverains dans la conduite des affaires politiques n’a réservé aux talents de la diplomatie que l'honneur de la mise en scène. Toutefois les noms de Dohna, Herzberg, Hardenberg, Guillaume de Humboldt et Bernstorff méritent d’être cités avec reconnaissance.

Si nous jetons un regard sur la Scandinavie, nous rencontrons en Suède Salvius et Oxenstierna, esprits éminents; en ') V. sur les Pitt Flassau t. IV.

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Danemark Bernstorff et le comte Lynar. En ce qui concerne la diplomatie russe, nous trouvons moins de noms historiques à citer, tout en faisant l’aveu qu’elle est toujours parvenue par des voies sûres à obtenir ses fins, sans commettre des fautes manifestes.

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