DU BUT ET DES CAUSES JUSTIFICATIVES 1)E LA G L ERRE
§ 1863. Le mot guerre dénve du moyen haut allemand werra, origiD«eu. dob le wehr actuel qm signifie défense. °>«( guerre.
Ce mot a passé dans la plupart des langues de l'Europe méridionale, espagnol, portugais et italien ; il est devenu guerre en fran* çais ; s'éloignant moins de Torigine étymologique, le hollandais dit y)eer^ et l'anglais war *.
§ 1864. Si Ton s'en tient à Tétymologîe du mot, la guerre est ^^ ^^f 'i^^'^" donc la défense d'une nation contre ses ennemis ; mais les publi- 6»^rn, cistes ont cherché ailleurs les définitions auxquelles ils se sont arrêtées.
Grotius définit la guerre f l'état d'individus qui vident leurs dif- cjruHus. férends par la force n. Cette définition est adoptée en termes à peu près identiques par Wattel, qui dit « que la guerre est cet état dans vaiui. lequel on poursuit son droit par la force » ; et par Twiss, qui re- '^"^^«ogarde la guerre comme «c un état alternatif des rapports internationaux^ lequel remplace les relations pacifiques toutes les fois que les nations poursoivent leur droit par la force ». Suivant Martens, Martoui. la guerre est c un état permanent de violences indéterminées entre les hommes ». Aux yeux de Heffter, « la guerre se manifeste exté- Heflxcr. rieorement comme un état d'hostilités eustant entre plusieurs puissances, pendant lequel elles se croient autorisées à faire réciproquement usage entre elles de violences de toute espèce o : « c'est,
* Ortolan, Régks, t. II, p. 5 j Flore, t. II, p. 240 ; Ferguson, Manuel inU to0,t.ll, p. 2Ô3«
Pinh«iro Ferreira.
Bélime.
Bluntschli.
Fiore.
Ma»isè.
Philliinore.
WooUey.
Gcffcken.
Réfutne.
16 LIVRE l®^ — DU BUT ET DES CAUSES JUSTIFICATIVES [§ 1865
ajoate-t-il, la définition matérielle de la guerre ». Pinheiro Ferreira voit dans la guerre « Tart de paralyser les forces de l'ennemi » ; Bëlime établit sans peine que cette définition ne traduit pas la pensée qui l'a inspirée, et il y substitue celle-ci : « La guerre est l'art de forcer un gouvernement ennemi à faire une paix juste ». « La guerre, dit Bluntschli, est l'ensemble -des actes par lesquels un Etat ou un peuple fait respecter ses droits, en luttant les armes à la main contre un autre Etat ou un autre peuple. > Pour Fiore, a c'est l'usage de la force pour défendre un droit violé par la force et la violence ». Selon Massé, « la guerre est un moyen de vider par la voie des armes un diiféreud entre deux peuples qui n'ont pas de supérieur commun auquel le jugement pacifique de la contestation puisse être remis ». Phillimore définit la guerre c l'exercice du droit international d'action, auquel, par la nature do la chose et en l'absence d'un tribunal supérieur commun, les nations sont contraintes d'avoir recours pour affirmer et défendre leurs droits ». Enfin, d'après Woolsey, la guerre est une interruption de l'état de psdx dans le but de tenter d'opérer le bien ou d'empêcher le mal par la force, et une guerre juste et une tentative d'obtenir justice ou de prévenir l'injustice par la force, ou, en d'autres termes, de ramener une partie offensante à un état d'esprit et à une conduite équitable, en lui infligeant le mal qu'elle a mérité.
Selon Geffcken enfin : la guerre a consiste dans les efforts que font deux Etats pour triompher par la force du conflit des intérêts et des prétentions, conflit qui ne semble pouvoir être écarté au moyen d'une entente ou par des actes de défense personnelle unilatérale ; chacun des adversaires s'efforce, par le déploiement de toutes ses forces, de détruire les moyens par lesquels l'autre adversaire soutient sa volonté ».
§ 1865. Toutes ces définitions nous paraissent jusqu'à un certain point incomplètes, puisqu'elles n'expliquent ni ne comprennent le cas de la guerre civile, dans laquelle l'une des parties en présence et parfois toutes les deux ne sont ni indépendantes ni souveraines.
Quant à nous, si la notion générale de la guerre ne nous semblait pas se dégager naturellement des questions que nous aurons successivement à développer ici, nous aurions été disposé à définir la guerre cet état anormal d'hostilité qui se substitue aux relations de bonne harmonie de nation à nation ou entre concitoyens appartenant à des partis politiques différents, et qui a pour objet de con*
guerre».
quérir pai* la force dos armes ce qu'on n'a pu obtenir par les voies pacifiques et amiables *.
§ 1866. Les guerres comportent des subdivisions et des classifi- DiTî«ion^ den cations aussi nombreuses que variées. Les publicistes les divisent CD guerres offensives^ défensives et auxiliaires ; en guerres publiques, privées et mixtes ; en guerres parfaites et imparfaites, et en certes légales et illégales; mais ces distinctions ont au fond une faible portée pratique et ne servent qu'à modifier le rang ou le caractère généralement attribué aux diverses guerres : ce qui n'empêche pas que dans quelques documents diplomatiques on ne leur donne une signification toute diiTérente, selon qu'on a besoin d'en faire la base de certains arguments.
Les historiens ont classé les guerres, tantôt par époques, comme, par exemples, en guerres anciennes, en guerres du moyen-âge, en guerres des temps modernes ; tantôt, suivant leur objet spécial, en guerres religieuses, ou civiles ou révolutionnaires, en guerres de conquête, d'indépendance, etc. D'autres fois on les a caractérisées selon la nation qui les entreprenait ; ainsi l'on a dit : guerre scuropéenneSy américaines, asiatiques, guerres de Crimée, d'Italie, d'Allemagne, du Paraguay, etc., etc.; mais ces diverses classifications sont étrangères aux appréciations du droit international, et par conséquent sans importance pour le but que nous nous proposons **.
* Calvo» IHcHonnaire, t. I, p. 364 ; Grotias, le droii, liv. I, eh. i, § 2 ; cb. ni, § 1 ; Vattel, Le droit, liv. III, ch. i, § 1 ; Klûber, Droit, §§ 231, 232; Twiss, War, §§ 22 et seq.; Heffter, § 113 ; Blunt8chli, §510 ; Pinheiro Ferreira. Cours, t. II, p. 85 ; Fiore, t. Il, pp. 238 et seq.; Massé, Le droit comm., t. I, § 118, p. 103 ; Phillimore, Corn., v. III, § 49 ; Belle, pte. 2, cap. i,§ 1 ; Hecfftçr-Geffcken, § 113, note; F. de Martens. Traité de droit int., t. m, § 106; Riquelme, lib. I, lit. 1, cap. vu, Bynkershoek, Quœst., lib. 1, cap. I ; Pufendorf, De jure naL, lib. I, cap. i, § 8; Gentilis, De jure 6e//i, lib. I, cap. n',Yiohbes, De corpore politico, -pie. 1, cap. i, § 2; Real, Science, t. V, chap. ii, sect. 1, § 1; Ortolan, Régies, t. II, liv. III, ch. i» p. 5 ; Bélime, Phil. du droit, t. I, pp. 312, 313; Kent, Corn., vol. I, p. 70, note h; Halleck, ch. xiv, § 1 ; Felice, Droit de la nat,, t. II, lect. 20; Pradier-Fodéré, Principes gén., pp. 129 et seq.; Lieber, Pol. ethics. b. 7, § 15 ; Manning, pp. 94-90; Wildman, vol. II, pp. 1, 2 ; Rayneval, Inst., t. Il, liv. III, ch. I, § 1; Jomini, Précis de Cart de la guerre, ch. i ; Vergé, Précis de Martens, t. II, pp. 202-204 ; Pinheiro Ferreira, Précis de Martens, §263; Funck Brentano et A. Sorel, Précis, pp. 231-233; Guelle, la Guerre continentale et les personnes^ p. 12; Nys, Le droit de la guerre, p. 71 ; Neumann, Droit des gens, 3« édit., t. I, pp. 143 et seq.; Guelle, Lois de la guerre, I, p. 21.
*• Felice, D^oit de la nat.,t II, iect. 20-22; Ortolan, Règles, t. II, liv. III, ch. I, Garden, Traité, t. II, pp. 236, 237 ; Wheaton, Elm., pte. 4, ch. i, l§ 6, 7 ; Vattel, Le droit, liv. III, ch. 1, §§ 2-5; Grotius, Le droit, liv. I,