LIVRE !•'. — DU BUT ET DES CAUSES JUSTIFICATIVES
guerres qui suivirent la Réforme jusqu'à la paix de Westphalie, ont reçu le nom de guerres religieuses.
On désigne sous le nom de guerres politiques celles qui ont pour but de faire dominer ou d'étendre un système ou une forme de gouvernement.
Comme exemples, on peut citer la lutte soutenue par la France après la révolution de 1789 contre les puissances alliées du continent ; les guerres des Vendéens au profit des Bourbons de la branche aînée ; celles des carlistes en Espagne et des partisans de Dom Miguel en Portugal *.
§ 1877. Les guerres qu'une nation entreprend pour acquérir de nouveaux territoires ou pour étendre sa puissance matérielle s'ap* pellent guerres de conquête.
L'histoire nous en offre de nombreux exemples jusque dans les temps modernes. Ainsi la conquête a été le caractère dominant des guerres des peuples de Tantiquilé, surtout des Romains, et des tribus germaniques à une époque plus rapprochée de nous ; et peut-on ne pas qualifier également de conquêtes les guerres soutenues par TEspagne dans le nouveau monde, par l'Angleterre dans les Indes et au Nord de l'Amérique^ par la France en Afrique et par la Russie dans le Caucase ?
Les États nord-améric^ns, Halleck le reconnaît lui^-même, ont avant tout obéi à une pensée de conquête dans leur dernière guerre contre la république mexicaine. Sans doute de sérieux griefs IV valent provoquée ; mus le gouvernement de Washington, en déclarant dès l'origine qu'il l'entreprenait dans le but d'obtenir une indemnité pour les préjudices éprouvés par ses nationaux et une plus grande sécurité pour l'avenir, dissimulait à peine qu'il ne s'arrètersdt pas devant des violations plus ou moins manifestes du droit interùalional. Dans les circonstances dont il s'agit, on savait parfaitement que le Mexique était hors d'état de fournir d'autre réparation qu'une indemnité territoriale, et que les États-Unis, en prenant la résolution d'occuper et de garder en leur pouvoir une partie du territoire mexicain , convertiraient forcément la lutte eo une guerre de conquête**.
§ 1878. Il y a des guerres dans lesquelles la plus grande partie
•Flore, t. II, pp. 145 et seq.; Laurent, Droit des gens, t. IV, llv. IV, ch. I ; Halleck, ch. xiv, § 7; Jomini, Frécis, ch. i, art. 7 ; Halleck, Elem. mil. art, cb. ii, p. 36.
** Halleck, cb. xiv, § 8 ; Jomini, PréciSy ch. i, art. 6 ; Ripley, Hist. war with Mexico, vol. I ; Halleck, Elem, mil. art^ cb. ii, p. 36.
d'une nation prend les armes pour s'associer à la lutte. Les publicistes et les historiens donnent le nom de nationales à ces guerres, qui constituent une nouvelle classe ou un nouveau groupe d^une importance tout à fait exceptionnelle. Les exemples les plus remarquables que nous en offrent les temps modernes sont fournis par les luttes à la fois nationales et d'indépendance que TEspagne et rAUemagne ont soutenues contre la France sous le premier Empire, de 1S08 à 181&. On peut placer sur la même ligne la guerre des Hollandais contre Philippe II d'Espagne, bien que les résultats n'aient pas été aussi favorables que dans la Péninsule et au centre de l'Europe à la nation qui combattait pour son indépendance et sa liberté.
On a aussi rangé parmi les guerres nationales celles que les andennes colonies espagnoles et anglaises de l'Amérique soutinrent contre leurs métropoles respectives. II n'est pas aussi anormal qu'on pourrait le croire à première vue d'accorder à ces colonies la même importance qu'à une nation, quand on réfléchit qu'elles formaient dès l'origine un puissant centre d'action, une véritable confédération d*Etats distincts, et que les luttes dans lesquelles elles s'engagèrent participaient à la fois des caractères propres aux guerres nationales, aux guerres d'indépendance et aux guerres révolutionnaires.
§ 1879. Les différents exemples que nous venons de citer prouvent a qaeiies que pour qu'une guerre revête le caractère de nationale et que, suivant ~ n '''"*"* °"* les principes du droit des gens, ceux qui s'y engagent soient fondés à réclamer toutes les prérogatives des belligérants, il est indispensable que le soulèvement soit général et se régularise par la constitution d'un gouvernement ou d'un pouvoir suprême, comme cela eut lieu dans les anciennes colonies d'Angleterre et d*Espagne. Or, c'est précisément parce que la Hongrie en 18&9, la Pologne en 1831, en 1836, en 18&8 et en 1863 remplissaient toutes ces conditions, qu'il est impossible de ne pas blâmer comme contraire aux préceptes du droit international la conduite des deux gouvernements qui opprimaient ces nobles pays. La Pologne et la Hongrie avaient constitué chacune un gouvernement national ; l'une et l'autre voyaient tous leurs (ils prendre part à la lutte pour l'affranchissement de la patrie ; cependant la Russie et l'Autriche n'ont pas, à regard des populations insurgées, observe les règles et respecté les droits de la guerre. Il est vrai que les désastres qu'en 1866 elle a subis dans sa guerre contre la Prusse, ont forcé en dernier lieu l'Autriche à reconnaître l'autonomie de la Hongrie; msds la Russie,
lierre ent- DHlionale?