MOYENS LICITES ET ILUGITES H* ATTAQUE ET DE DÉPENSE
§ 2061. Voici d'autre part, comment TÉtat-major allemand expose j.Ejj*!^M.or le concours prêté par les habitants do Bazeilles aux troupes régu- j^*«^*»^ ^f lières qui défendaient le village. >«'^^<'**
Après avoir décrit le passage de la Meuse par les troupes bavaroises, et spécialement la marche de la colonne de gauche, l'Étatmajor ajoute :
« Cette colonne de gauche, ayant un moindre espace à parcourir, arrive la première sur le village ; on s'attendait à le trouver faiblement gardé comme la veille, et on espérait pouvoir s'en emparer promptement par surprise. Les chasseurs pénètrent en effet dans la grand'rue sans rencontrer d'abord aucune résistance ; msds bientôt des barricades leur fermentle passage, et, assaillis en même temps par le feu partant des maisons, ils se voient aussitôt contraints de se rejeter dans les rues latérales ; mais là les mêmes obstacles les attendaient. »
« Dans les conditions où les Bavarois s'engageaient, la lutte prit bientôt les caractères d'un combat acharné, poursuivis do maison en maison, et dans lequel vinrent se jeter à leur tour les six compagnies du 2* régiment, qui suivaient à peu de distance en arrière
des chasseurs L'obscurité, le retentissement de la fusillade
dans les rues, rendsdent fort difficile de diriger l'action ; les liens tactiques se relâchaient de plus en plus au milieu de ces engagements confus dont chaque maison était le théâtre, chasseurs et fantassins combattaient pêle-mêle.
« La population de Bazeilles, continue l'ouvrage dté, prit' une part très active à la lutte, soit en opposant une résistance ouverte, soit en fusant feu des caves de maisons déjà enlevées, des brancardiers, des blessés même n'avaient pas été épargnés et les Bavarois se virent enfin dans la nécessité d'user de rigueur à l'égard des habitants pris les armes à la msun. Ces circonstances portèrent à son comble l'exaspération des deux partis qui, depuis si longtemps, se disputaient avec acharnement la possession du village déjà en flammes sur plusieurs points. »
Après avoir décrit les péripéties de la lutte et notamment l'assaut de la villa Beurmann, puis la retraite des troupes régulières françaises vers Balan, l'état- major ajoute :
«i Dans l'intérieur de Bazeilles également, les vainqueurs avaient encore à lutter contre la résistance d'habitants armés et de soldats français restés en arrière. Beaucoup de ces derniers furent pris dans les maisons ; on y enleva aussi trois drapeaux de la garde nationale. Sur ces entrefsdtes, l'incendie s'était étendu de plus en
plus, et, vers midi, Bazeiiles presque tout entier était en flammes (1). t> Cas de § 2062. Les mêmes actes se sont renouvelés à Cbâteaudun. Le
18 octobre cette petite ville fut attaquée par un corps d'armée allemand, s'élevant à 12,000 hommes au moins et muni de vingtquatre pièces de canon. Pendant huit heures, sans sommation préalable, cette artillerie vomit sur la ville et principalement sur ses édifices publics un feu violent, qu'on n'estime pas à moins de dix coups par minute. Les défenseurs de Chftteaudun, consistant dans la garde nationale sédentaire et un corps de francs-tireurs, résistèrent tout une demi-journée ; le soir les bataillons allemands entraient dans la ville.
Jusqu'à ce moment-là, le bombardement n'avait incendié que douze maisons ; mais alors les assaillants se précipitèrent dans les habitations, dont ils brisèrent les portes et les meubles à coups de hache ; et, après les avoir pillées, ils y mirent le feu, qu'ils attisaient en se servant de pétrole.
Ces excès se continuèrent pendant la nuit du 18 et la journée du 19y c sous la direction d'une organisation disciplinée, qui en fait remonter la responsabilité jusqu'au gouvernement prussien ». Des malades furent tués chez eux à coups de fusil et de revolver : quelques-uns même furent brûlés vifs dans leur lit et retirés des flammes littéralement carbonisés.
Le lendemain une centaine de personnes de tout âge, de toute condition, prises au hasard dans la ville, des infirmes, des vieillards, de tout jeunes hommes furent enlevés et conduits comme prisonniers en Allemagne. En résumé, 235 maisons furent complètement détruites par l'incendie, et 28 éprouvèrent des dommages partiels. Ce n'est pas tout : le 19 dans l'après-midi, alors que le tiers de la ville était en flammes, le conseil municipal fut saisi d'une réquisition de 200,000 francs à payer sans délai sous peine des exécutions les plus violentes. Cette exigence fut ensuite réduite à 52,000 francs, qui furent comptés le soir même.
Deux petites communes rurales voisines de Chftteaudun, Yarize et Civry subirent le même sort pour avoir attaqué des uhlans en reconnaissance. La première ne conserva que deux maisons sur soixante-douze ; la seconde, un peu plus ménagée quant aux habitations, fut pillée sans miséricorde (2) .
(1) La Guerre franco-allemande de 1870-1871. Traduction française de Costa de Corda, v. II, pp. 1071 et seq.; 1088 et seq.
(2) Valfrey, Histoire de la diplomalie du Gouvemanent de la Défense nationaUy tome III, pp. 169-173.
§ 2063] MOYENS LICITES ET aUCITES d' ATTAQUE ET DE DÉFENSE 145
§ 2063. L'État-major allemand expose ainsi les événements de ,p^*«»* /*•
cette journée : r"'SÎ"do*u
a En prévision d'une attaque, la ville de Châteaudun avait été ^uiè de cwmise en état de défense sur ses faces est et sud ; toutefois, lors de l'approche des Allemands, dans Taprës-midi du 18, elle ne disposait pour résister que d'environ 1,200 francs-tireurs et gardes nationaux, un ordre supérieur ayant dirigé sur Blois, dans la matinée même de ce jour, les troupes qui l'avaient occupée jusqu'alors.
« Quand la 22* division débouche devant Châteaudun, le 13* régi* ment de hussards est accueilli par des coups de feu partant des retranchements qui entourent la ville
« Entre midi et une heure, le général de Wittich commence par faire agir la 3^ batterie lourde au nord de la route d'Orgëres et les trois autres batteries prussiennes au sud de la route d'Orléans, afin de préparer l'attaque de l'infanterie. Sur la droite de cette ligne d artillerie, que couvrait le 13* régiment de hussards, le 95' engage, du nord, la fusillade contre l'ennemi posté derrière des murs et des barricades, tandis que le 32% traversant la voie ferrée, marche contre la face sud de Châteaudun
« Mais, en poursuivant leur mouvement, les tirailleurs prussiens se trouvent bientôt en face d'une vigne enclose d'un mur crénelé, et d'une barricade en pavés qui fermait la route, de sorte que le combat devientmomentanémentstationnaire sur ce point. Dans ces conditions, le général de Wittich fait encore canonner longuement les positions de la défense ; puis, la première ligne de combat ayant été renforcée de deux bataillons du 9&% les Allemands s'élancent de trois côtés à la fois pour donner l'assaut décisif. La nuit tombait ; les barricades construites sur le périmètre extérieur sont emportées : mais les Français n'en continuent pas moins une résistance désespérée dans l'intérieur de la ville, que l'assaillant se voit réduit à conquérir maison par maison, et la lutte se prolonge ainsi jusqu'à une heure fort avancée de la nuit, déterminant sur son passage des incendies qui consumèrent une grande partie des maisons. Les fratics-tireurs s'enfuient enfin, complètement à la débandade, dans la direction de Nogent-le-Rotrou, en abandonnant 150 prisonniers environ. Les pertes en morts et en blessés s'élevaient, de part et d'autre, à une centaine d'hommes. Une forte amende fut imposée aux habitants^ en radson de leur participation au combat (l).»
(1) la Guerre franco-allemande, t. III, pp. 242 et seq.
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Cm de § 2064. Le 20 janvier 1871, quand Buzenval et Montretout 1871. ' étaient abandonnées par les Français, les soldats allemands commencèrent à mettre le feu aux maisons de Saint-Cloud. L'œuvre de destruction continua le 21 et le 22 ; elle n'attdgnit toutefois qu'un petit nombre d'habitations ; mais le 2&, après que des négociations d'armistice eussent été entamées, jusqu'au 3 février l'incendie se poursuivit sans relâche et ne s'arrêta même pas avec la signature de Tarmistice. Dans un grand nombre de cas, le pillage avait précédé cette exécution.
Les Allemands ont cherché à expliquer leur conduite par le prétexte que les habitants de Saiut-Cloud avaient enfreint la neutralité en prêtant leur concours le 19 janvier aux troupes de Paris. Or ce prétexte n'est pas admissible. Dès le 17 septembre l'ennemi occupait Montretout et le coteau. Quelques jours auparavant la population avait été contrainte de se réfugier à Paris, et l'interdiction de rentrer chez elle était absolue depuis quatre mois. On ne pourndt soutenir avec plus de raison que Saint-Cloud devait être incendié pour faire place nette et permettre d'établir des ouvrages militsdres. Il est prouvé qull n'en a été commencé aucun du 19 au 23 janvier, ni du 23, date de l'ouverture des négociations, au 28, jour de la signature de l'armistice. On ne saurait non plus attribuer l'incendie aux obus du mont Yalérien, puisqu'à partir du 26, le mont Yalérien ne tira plus, et c^est après le 26 que l'incendie causa les plus grands ravages.
p^Jl § 2065. Dans la deuxième quinzaine de janvier 1871, un parti de francs-tireurs avût réussi à faûre sauter le pont du chemin de fer de Fontenoy, à l'est de Toul. Cette destruction coupait les communications des Allemands par la ligne de Strasbourg et interceptait leurs convois et leurs transports. Le 3 janvier, le gouverneur général de la Lorraine, au nom du roi de Prusse, empereur d'Allemagne, publia une proclamation frappant la circonscription d'une amende extraordinaire de dix millions de francs. Le général de Bonin ajoutait : a Le village de Fontenoy a été immédiatement incendié, à l'exception de quelques bâtiments conservés pourl'usagedes troupes.» Le préfet allemand de Nancy requit 500ouvriers de la Meurthe pour réparer le pont. Ces ouvriers ne s'étant pas présentés dans les vingtquatre heures, il fit parvenir au maire de la ville une injonction ainsi conçu : a Si demain mardi, 24 janvier» à midi, 500 ouvriers des chantiers de la ville ne se trouvent pas à la gare, les surveillants d'abord et un certain nombre d ouvriers ensuite seront saisis et fusillés sur place. »
Fonlaiioj.
§ 2066] MOYENS LICITES ET ILLICITES d'aTTAQUB ET DE DÉFENSE 147
Nous le répétons, chaque belligéraot a cherché à rejeter sur son adversaire l'opprobre sinon de la perpétration, du moins de la provocation aux atrocités que nous signalons ; mais quoi qu'il en soit de ces verrons contradictoires , à quelque partie que doive équita* blement s'appliquer l'imputation de ces actes, nous tenons à constater qu'ils ont été commis.
Quant à la part de responsabilité ou d'exagération imputable aux deux belligérants» il ne nous appartient pas et, de plus, il ne serait pas en notre pouvoir de l'établir exactement. D'ailleurs, de cette incertitude même, de l'insistance avec laquelle ceux qu'on accuse de ces actes cherchent à s'en disculper, et de l'ardeur qu'on met à les leur imputer, ressort d'autant plus l'idée que nous tenons à en dégager, à savoir l'odieux qui s'attache de nos jours à de pareils procédés et la réprobation universelle dont ils doivent être frappés *-
§ 2066. Comme principe général en cette matière, on peut établir que l'état actuel de la civilisation condamne l'emploi de tout moyen, de tout instrument do guerre propre à produire une efiîision inutile de sang, sans qu'on doive en induire qu'il soit interdit aux peuples modernes de faire progresser l'art de la guerre et de réformer leur armement. L'emploi de la force en temps de guerre, l'usage des plus puissants moyens de destruction n'est du reste légitime que contre ceux qui sont armés à la fois pour la défense et pour l'attaque : il y a abus, violation du droit, toutes les fois que les instruments de guerre sont dirigés contre des personnes inofTensives ou contre des villes ouvertes et non fortifiées, ainsi que cela a eu lieu dans les temps modernes à l'égard de villes telles que Saint-Jean de Nicaragua, Yalparaiso et Alexandrie.
D'un autre côté, comme Ortolan le fait remarquer avec rdson, chaque nouvelle découverte faite dans l'art de la guerre, chaque perfectionnement introduit dans les moyens d'attaque et de défense sont des gages de plus apportés au maintien de la paix, puisqu'ils tendent à rendre les lattes à la fois plus courtes et plus décisives. Cependant, quand on remonte dans le passé, on voit que la transformation des instruments militaires n'a pas toujours été envisagée comme un progrès ni comme un bienfait pour l'humanité.
* Valfrey, Diplomatie du gouoerjiement de la défeme^ 3* partie, ch. xii ; Manning, p. 153; Klûber, Droit, § 267; Halleck, ch. xvi, § 9; Napier, Eist. Peninsular war^ b. 23, ch. m; Revue de droit international, i, II, pp. 665, 678, 679 ; Times, 11 sept. 1870 ; Indépendance betge^ 1«' oct. 1870 j Guelle, La guerre conUnenlale et les personnes, p. 52.
InstnimenU
Ainsi les premiers canons qui figurèrent dans les guerres du moyenâge furent employés exclusivement contre les murs des places fortes et non dans les rencontres en rase campagne, l'opinion publique de ces temps-là considérant comme un acte de barbarie qu*un héros pût tomber à distance sous le projectile d'un poltron.
Les Anglais furent les premiers qui, au quatorzième siècle, à la bataille de Crécy, se risquèrent à fadre usage des armes à feu, auxquelles ils durent un avantage marqué sur leurs rivaux jusqu'au jour 0(1 leur exemple, suivi par les autres nations, eût rendu général l'emploi de la poudre à canon *.
fl»«Jjj^«- § 2067. Le bombardement des places de guerre ou des autres lieux fortifiés est une mesure extrême de rigueur, justifiable seulement dans le cas où il y a impossibilité absolue d'atteindre par d'autres moyens le but qu'on poursuit, c'est-à-dire la reddition du point attaqué et l'expulsion ou la capture des soldats ennemis préposés à la défense de ses fortifications. Ville* oa- § 2068. Mais dans aucun cas, sous aucun prétexte, il n'est permis ibrtifièes. ''^^ de bombarder les villes ouvertes non fortifiées et qui ne sont pas militairement défendues : agir contre elles comme les nécessités de la guerre autorisent à le faire contre des forteresses, c'est violer tous les principes du droit des gens et se placer hors la loi des nations qui marchent à la tète de la civilisation.
« Les places fortes, dit l'article 15 de la Conférence de Bruxelles, peuvent seules être assiégées. Des villes, agglomérations d'habitants Ou villages ouverts qui ne sont pas défendus, no peuvent être ni at- ' taqués ni bombardés. »
On pourrait cependant admettre une exception à cette règle pour le cas où l'armée que Pon combat se renferme dans une ville ouverte, et pour celui où» à l'approche de l'ennemi, les habitants d'un endroit se rassemblent en armes et se retranchent au moyen d'ouvrages ou de barricades. L'ennemi, qui les considère comme combattants, cesse de regarder la placé comme une ville ouverte et prend les mesures militaires qui lui semblent nécessahres pour vûncre la résistance qu'on lui oppose.
* Ortolan, Régies, t. II, liv. III, ch. i, pp. 31 et seq. ; Cussy, Phases f liv. l,tit. 3, §24; Vattel, Le droit, liv. III, ch. u, § 6; Bynkershoek, Quxst, lib. 1, cap. i ; Heffter, § 125 ; Halleck, ch. xvi, § 17 ; Phillimofe, Com., vol. in, § 94 ; Manning, pp. 149-151 ; Martens, Précis, § 273 ; Kliîber, Droit, § 244; Vergé, Précis de Martens, t. II, p. 237 ; Garden, Traité, t. II, p. 263.