‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 100 sur 205 · LA LIGUE HANSÉATIQUE · texte numérisé non relu

LA LIGUE HANSÉATIQUE

Dans la basse Saxe, près des bouches de TEibe et du Wcser, Hambourg et Brème entretenaient un commerce suivi avec les côtes de la France, de T Angleterre et de la Péninsule Ibérique.

Sur la Baltique on remarquait, pour son ancienneté comme ponrson importance, Lubeck, conquise sur les Vandales par les comtes de Holstein, et qui, après avoir commencé par Tindastrie de la pèche^ devait devenir une des capitales de la Ligue àlaquelle elle apporta d'immenses relations et de nombreux privilèges. Les négociants lubeckois, établis dès le xn* siècle, dans Tile de Wisby, dont nous ferons ressortir bientôt Timportance, y formaient un corps à part qui avait ses juges nationaux et ses franchises.

On vit s'élever successivement, le long de ces rivages, d*autrea villes, fondées pour la plupart par des colonies allemandes, Stettin, Dantzick, Thorn, Elbing, Riga, Revel, Narva. Tout porte à penser que jusqu'à Tépoque des croisades, la navigation de la Flandre et des Pays-Bas, comme celle de 'a Baltique, se bornait généralement à des relations de com- Dïerce ou de pèche avec les divers peuples qui habitaient les rivages de TOcéan.

Mais le mouvement religieux qui, pendant les xn* et xni* siècles,avait gagné l'Europe entière, étendit les relations de ces Peuples et donna à leur activité un nouvel essor.

Les marins du Nord avaient appris le chemin de la Méditer- ^ ^^née pour se rendre dans les régions de l'Orient. A leur re- *QUr, ils avaient répandu dans leur patrie, non-seulement le SoiQt et par suite le besoin des productions asiatiques, mais ^Ussî celui des sciences et des arts de la Grèce et de l'Ita- ^î^, L'Ordre Teutonique, fondé en Terre-Sainte, à la fin du ^ïX'siècle(H90),puis transplanté dans l'Europe septentrionale, ^v^c ses richesses et son organisation puissante, avait montré ïvielle était la force de l'association pour dominer et pouf ^^incre.

Enfin, la fortune inouïe d'un comte de Flandre, porté parles événements sur le trône de Constantinople, avait naturelle-

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ment* établi entre ces peuples et ceux du Levant des relations plus intimes, dont avaient profité leur commerce et leur industrie.

Ce fut parmi le groupe des villes maritimes de la Baltique que la Ligue dite kanséatique (du mot allemand Aon^en, association) prit d'abord naissance, vers le milieu du xiii* siècle. Les associations entre commerçants de la môme ville précédèrent les confédérations de ville à ville, d'État à État. Du moment qu'un commerce régulier s'établit dans cette région du Nord, qui n'avait été pendant plusieurs siècles qu'un repaire de pirates redoutables à l'Europe entière, on s'associa pour se défendre contre les restes de cette piraterie que recelaient partout les anfractuosités d'uoe mer sinueuse, et qui s'exerçait quelquefois au profit même de souverains encore à demi barbares. Le premier privilège que revendiquèrent; les associés fut celui de soustraire à la confiscation les débris de leurs navires naufragés. Ils sollicitèrent bientôt, à titre de tolérance, la faculté d'avoir dans les ports étrangers quelques magasins pour y déposer leurs marchandises, d'y entretenir quelques agents pour leur commerce, d'y faire séjourner leurs navires pendant Thivernage. Puis^ ils en vinrent à obtenir des franchises, des réductions de droits en faveur d'un commerce qui apportait aux nations moins civilisées les produits dont manquait leur propre sol. Puis enfin, à mesure que le succès augmentait leur influence, et que l'ardeur du gain croissait avec la richesse des villes confédérées, elles s'imposèrent comme intermédiaires obligées du commerce tout entier de ces nations, se firent attribuer non-seulement des juridictions et des marchés, mais des territoires et des villes; et lorsque l'abus du monopole et du privilège excitait quelque part des soulèvements populaires, elles s'en forgèrent un prétexte pour déclarer la guerre aux États sur lesquels se portaient les vues de leur politique ambitieuse.

Le Danemarck, la Suède, la Norv^ége étaient surtout l'objet de leur convoitise.

La Norv^ége leur offrait des ports excellents, des forêts

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inépuisables, des pelleteries, des métaux et des moyens d'étendre leurs communications vers l'Islande et les mers du pôle. '

Le Danemarck tenait dans ses mains, par la possession du Sandet des Belts, les clefs de la mer Baltique; et la pêche des rivages de la Scanie lui procurait à la fois d'énormes produits et une précieuse école de gens de mer.

La ville de Wisby^ bâtie sur Tlle de Gottland (dans la Baltique], qui a successivement appartenu au Danemarck et à la Suède, jouissait alors d'une telle renommée qu'un écrivain du Nord la comparait à Venise pour le commerce et Tinfluence.

Hais ces trois royaumes, quêtant de circonstances favorables semblaient appeler à de hautes destinées maritimes, étaient affaiblis par des discordes intestines et de fréquentes guerres qui déplaçaient sans cesse leurs frontières mal réglées.

La ligue hanséatlque et les royaumes Scandinaves.

La ligue hanséatique se trouva vis-à-vis d'eux forte de son onion plus encore que de sa puissance : elle en profita d'abord pour s'emparer presque exclusivement du commerce et de l'approvisionnement de ces contrées. Ce fut principalement pour y parvenir, que les villes de la Baltique, moins avancées sous le rapport de l'industrie que celles de la Flandre, recherchèrent l'accession de ces dernières^ qui dès lors versèrent abondamment dans les trois royaumes les produits de leurs manufactures florissantes.

Cependant le joug commercial de la Ligue finit par devenir intolérable aux Danois. Leur roi, Waldemar El, prenant occasion d'une révolte des habitants de Wisby, livra cette ville au pillage; et comme les Allemands voulaient venger la ruine de leurs comptoirs, il les réduisit (en 1362) à demander la paix. En môme temps, par le mariage de sa fille avec l'héritier des trônes de Suède et de Norwège, il se préparait à rendre aux États Scandinaves la force homogène dont ils avaient besoin pour recouvrer leur indépendance et leur dignité.

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Les Allemands mirent tout en œuvre pour s'opposer à ce projet, dans lequel ils voyaient l'amoindrissement sinon la ruine de leur monopole. Us employèrent d'abord avec un égal succès l'intrigue et les armes. Ayant soulevé contre le roi de Suède une partie de sa noblesse, ils firent donner sa couronne à un des clients de la Ligue, Albert de Mecklemboarg; puis comme le souverain dépossédé appelait Waldemar à son secours, soixante-dix-sept villes confédérées leur déclarèrent k la fois la guerre.

Après avoir ravagé la Zélande, pillé Copenhague, soumis Elseneur, les flottes hanséatiques contraignirent le roi de Norwège à reconnaître pour souverain de la Suède le récent usur* pâleur de ce trône, et les régents du Danemarck à leur céder, avec les places fortes de la Scanie, un droit privilégié à la pèche sur ses rivages.

A compter de cette paix (1370) dont Waldemar fut obligé d'accepter les conditions humiliantes^ il n'y eut plus, à vrai dire, dans les mers du Nord et de la Baltique, d'autre puissance souveraine que celle de cette ligue de marchands.

Outre les énormes privilèges qu'ils s'étaient fait concéder dans la Norwége et qui réduisaient presque à néant le commerce intérieur de ce pays, ils parvinrent à fonder à Berghen un comptoir ou plutôt une véritable ville^ indépendante du souverain, et dans laquelle venaient se concentrer entre les mains de leurs agents toutes les opérations du commerce maritime jusqu'en Laponie. '■

Toutefois, tant de précautions et d'efforts ne purent empér cher que le projet conçu par Waldemar ne fût réalisé (mais après sa mort) par |a prudence et l'habileté de sa fille, la cé^ lèbre Marguerite^ qui se fit proclamer souveraine des trois royaumes, et obtint des États assemblés à Calmar (1397) que cette union passât en loi fondamentale de la monarchie Scandinave.

En vain, dans le délire de leur haine^ les confédérés de la Baltique appelèrent à leur secours jusqu'aux forbans de ces mers (les Yitalliens) qui attaquèrent avec eux la flotte de Mar^

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guérite lorsqu'elle assiégeait^ dans Stockholm, Albert de Mecklembourg.

Effrayés des ravages causés en tous lieux par ces pirates dont' le nom est encore un objet d'horreur, ils acceptèrent bientôt iroepaix que Marguerite sut rendre honorable pour ne pas réduire au désespoir ses puissants voisins.

Mais l'union de Calmar ne fut pas une œuvre durable, car^ en soumettant aux mêmes lois le Danemarck et la Saède, elle n'avait pu calmer les haines vivaces qui séparaient ces deux peuples.

Le successeur de Marguerite^ Eric IX, arrivé au trône en iH% eut à se défendre à la fois contre les factions et les révoltes à l'intérieur et contre les intrigues des villes hanséatîques au dehors.

Il fut plus habile à diviser ses ennemis qu'à rallier sous son autorité ses propres sujets.

La ligue hanséatiqoe se divise.

Nous avons dit en commençant que , parmi les villes si ^ombreuses qui composaient ce grand corps de la Ligue, ^1 7 avait deux groupes distincts, celui des villes maritimes ^e la Baltique, et celui des villes industrielles de la Flandre ^l de la Hollande. Ces dernières ne devaient pas à l'asso- '^îation hanséatique leur naissance et leurs premiers progrès. Elles étaient entrées dans la Ligue vers l'époque de sa ^lus grande prospérité, pour profiter des avantages que ses ^^riviléges exorbitants, ses immenses débouchés dans les ^^oyaumes Scandinaves et sa puissante marine offraient à l'é- ^^:^otilement de leurs produits fabriqués. Mais quand l'influence -^e la Ligue ne fut plus aussi dominante dans la Scandinavie, ^uand les Hollandais et les Flamands s'aperçurent qu'ils pou- ^^aient faire par eux-mêmes leurs afïaires dans ces contrées, ils '^ ^e laissèrent facilement aller à l'espoir d'obtenir, pour leur -commerce national, des privilèges spéciaux plus étendus que ceux qu'ils partageaient avec leurs confédérés, et dont le béné-

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