III* ÉPOQUE.) ÉTATS MARITIMES
fice n'avait pas été étendu aux villes de fabrique sans quelques restrictions au profit des autres.
Ce fut dans les guerres avec Éric que ces germes de division éclatèrent. Les villes les plus considérables de la Hollande, de la Frise, de la Zélande ne répondirent d'abord qu'avec froideur aux appels de la ligue hanséatique, et peu à peu cessèrent^ malgré la foi jurée, de faire cause commune avec elle, La politique des intérêts avait été leur guide : elles obtinrent bientôt, en leur propre nom, des privilèges étendus dans le Danemarck, la Suède et la Prusse.
Dans le même temps, l'Angleterre, qui n'était pas liée, il est vrai, par la môme communauté d'engagements avec la Ligue, mais qui lui avait ouvert tous ses marchés^ en lui accordant d'immenses et gênants privilèges, pour être avec elle de moitié dans l'approvisionnement des Scandinaves, conforma sa conduite vis-à-vis des villes de la Baltique à celle de la Hollande. ^
Ces deux peuples avaient eu besoin de s'appuyer sur la ligue hanséatique, tant qu'ils n'avaient pas encore suffisamment développé leur marine marchande, mais chacun d'eux se sentait trop d'avenir et de fierté pour rester longtemps attaché à la fortune d'une association étrangère, et en attendant que l'ambition et l'intérêt les séparassent à leur tour, ils étaient ensemble animés du désir d'abaisser leurs anciens confédérés prêts à devenir leurs rivaux.
Affaiblissement et dissolution de la ligue hanséatique.
Dès ce moment, la ligue hanséatique vit son unité détruite, ses privilèges partagés ; elle soutint cependant avec courage sa guerre contre le Danemarck. Éric se soumit, en 1435, à rendre aux villes de la Baltique leurs anciens privilèges et la pêche des côtes de la Scanie, mais elles furent réduites cette fois à souffrir la concurrence des Pays-Bas et de l'Angleterre.
La déposition d'Éric suivit de peu ce traité, et au milieu des longues et sanglantes guerres qui divisèrent de nouveau le Danemarck et la Suède, la Ligue put reprendre, par inter-
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nlles, ses avantages, au moyen de la crainte qu'elle inspirait aux deux partis.
Quoiqu'il en soity le cours des événements devait amener la dissolution de cette confédération redoutable dont les éléments étaient^ empruntés à tant de nationalités diverses. La force de cohésion qui les retenait ensemble devait naturellement s'affaiblir à mesure que se développait, dans chaque État, l'action d'un pouvoir national devenant peu à peu le centre de tons les intérêts. Mais le souvenir de la ligue hanséatique restera dans l'histoire pour montrer combien Tassociation commerciale a de puissance, puisqu'elle a^ pour un temps, tenu, dans le Nord de l'Europe, la place des liens politiques et gouvernementaux qui n'existaient pas encore.
SECTION m.
tffilato Buirlilmes de l'Oeeldent
A part la ligue hanséatique et les grandes villes commerçantes de l'Italie, nous ne voyons encore, à l'époque des croisades, que des marines naissantes ou en voie de progrès, des ports anciennement connus ou nouvellement ouverts, qui attendent, pour <iicquérir toute leur importance, la formation des grands États iQaritimes dont ils feront partie.
Avec quelles difficultés, quelle lenteur se sont formés ces grands États I que d'obstacles n'y avait-il pas à vaincre, que de progrès à faire, avant de réunir la puissance maritime et la puissance territoriale dans les mômes mains ! La séparation qui semble aujourd'hui si simple entre la marine marchande et la marine militaire, n'a pu sortir que d'une civilisation fort avancée. Le commerce maritime avait naturellement comniencé par se défendre et se protéger lui-même, et quand des associations de commerçants étaient devenues puissances po- 'îtiques, elles n'avaient vu d'abord dans la marine qu'un accessoire de leur négoce, un moyen de le développer et de l'étendre. Parmi les États maritimes dont nous avons parlé jusqu'ici, la plupart ne jouèrent un rôle dans la politique qu'à
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titre de navigateurs, d'industriels ou de marchands. L'intérêt de leur commerce, la prospérité de leurs comptoirs était tonjours le but principal de leurs entreprises, car, pour enx,' le commerce, c'était l^tat tout entier, et c'est à peine si quelques-unes des républiques italiennes possédaient en. propre* un territoire en dehors de leurs villes.
Cependant, à mesure qu'on s'éloignait des temps de la barbarie^ de grands États territoriaux s'étaient formés en Europe, et ceux de ces États dont les rivages étaient baignés par la Méditerranée, par l'Océan, ou par ces deux mers à la fois, semblaient appelés tôt ou tard à développer leur commerce externe dans la même proportion que leur agriculture, et à joindre ainsi une marine à leur puissance politique et militaire. La France, l'Angleterre, TEspagne étaient an premier rang parmi ces États, pour l'étendue et l'heureuse situation de leurs côtes, l'excellence de leurs ports, la variété des productions de leur sol fertile. Mais pendant presque toute la durée du moyen âge, des circonstances, soit particulières à chacun de ces pays, soit communes à plusieurs, avaient empêché le développement intérieur de leur puissance.
La France et l'Angleterre.
Le régime féodal avait été le premier et le plus persistant dé ces obstacles. En France, depuis le règne des successeurs de Charlemagne, en Angleterre, depuis la conquête des Normands, les plus riches portions du territoire, partagées entre de puissants vassaux, n'avaient eu longtemps que de faibles liens avec le pouvoir royal qui devait être leur centre. La politique des seigneurs, les conflits d'intérêts, l'esprit de nationalité lui-même, restreint à des proportions étroites de provinces, élevaient entre elles des barrières, et rendaient souvent comme étrangères l'une à l'autre les cités les plus voisines, si elles dépendaient de vassaux différents.
Jusqu'au xiv* siècle, les ports français de l'Océan n'eurent presque aucun rapport avec ceux de la Méditerranée, et sur