FRANCE ET ANGLETERRE
sur l'Océan et la Manche ne pouvaient être comparées, pour retendue de leurs relations, à celles du Languedoc et de la Provence. C'était principalement vers l'Angleterre, la Flandre et la Baltique que se dirigeaient les expéditions des ports de la Guyenne, delà Saintonge, de la Bretagne, de la Normandie. Bordeaux servait déjà d'entrepôt aux vins du Midi, mais cette ville n'avait pas encore pris le premier rang dans ces provinces, tandis que la petite île d'OIéron, presque inconnue aujourd'hui, était célèbre dans l'Europe par la compilation de lois maritimes qui porte son nom.
Les Flamands affluaient au port franc de la Rochelle, qui étendait aussi ses relations vers le midi, car on assure qu'au xm' siècle des négociants rochellois avaient pénétré jusque dans rintérieur de l'Afrique par le Sénégal et la Gambie. Les villes de la Loire exportaient au dehors les produits de notre agriculture. Les Normands et les Picards joignaient dès lors au commerce maritime l'industrie fructueuse de la pêche : Rouen, Dieppe, Abbeville, Boulogne et Calais complétaient cette ceinture de ports échelonnés sur nos rivages.
A mesure que les grands fiefs se réunissaient à la couronne, la sollicitude des rois se portait sur le commerce maritime, et leur intervention, plus puissante et plus éclairée que Celle des seigneurs, commençait à se substituer à l'action isolée 'des villes et à faire souvent mieux qu'elles-mêmes leurs affaires dans ce qui touchait à l'intérêt général du pays.
Dès la fin du xiii* siècle, on trouve un traité de commerce négocié par Philippe le Hardi ; au commencement du siècle suivant, on voit le roi de France intervenir pour faire restituer au port de Narbonne des prises faites par des corsaires Génois et Aragonais.
Mais cette action protectrice du pouvoir royal demeura nécdssairement inefficace et incomplète tant que les rois n'eurent pas à leurs ordres une marine militaire entretenue aux frais de leur trésor.