LES ESPAGNOLS ET LES PORTUGAIS
plus graves, il n'avait pour soutien que sa confiance profonde dans le succès de son entreprise ; et cependant, dès qu'il eut obtenu, avec Tappui de la pieuse Isabelle, le vaisseau la Sainte- Marie, pour s'élancer au travers de l'océan Atlantique, l'événement lui donna raison contre les préjugés des savants et la prudence méticuleuse des rois, et cette idée, qui semblait le rêve d'un aventurier, a plus contribué que les combinaisons politiques des hommes d'État et les exploits des grands capitaines, à changer la face de l'univers.
La recherche d'une communication directe avec Tlnde fait découvrir aux Espagnols rAmérique, et aux Portugais le cap de Bonne-Espérance.
Un intervalle de cinq ans à peine (1492-1497) sépare le premier voyage de Christophe Colomb, à l'île d'Hispaniola, du voyage de Vasco de Gama autour de l'Afrique, tant les événements se pressent et se précipitent à cette époque mémorable où deux peuples rivaux, comme deux jouteurs lancés dans une lice, se disputent à qui le premier touchera le but sur lequel tous les yeux sont ouverts.
Ce but, nous l'avons déjà dit, c'était la découverte d'une voie directe de communication maritime entre l'Europe et le continent des Indes.
D'après la connaissance que l'on avait acquise de la forme sphérique de la terre, deux routes pouvaient s'offrir pour tenter cette découverte.
L'une, dont les commencements étaient déjà frayés, mais dont les périls semblaient s'accroître à mesure qu'on s'avançait vers le sud, tendait à accomplir cette circumnavigation autour de l'Afrique qui avait été, disait-on, essayée par les marins de Tyr et de Carthage.
L'autre direction, plus aventureuse, plus hardie, mais qui avait du moins cet avantage de ne présenter à l'imagination aucun danger déjà connu, aucun écueil sur lequel on eût précédemment échoué, consistait à sonder, vers l'ouest, l'immensité de l'Océan, pour y découvrir, soit un passage direct vers
rinde, soit un prolongement supposé de ce continent d'Asie que l'on cherchait.
Celte dernière voie conduisit tout d'abord Christophe Colomb au centre de Tarchipel américain : il prit possession, au nom de TEspagne, de ces terres dont il ne soupçonnait pas alors rétendue.
Les Portugais, depuis le règne de Jean P% s'étaient engagés dans l'autre route; mais quoique leurs premiers pas sur la terre d'Afrique eussent été marqués par la brillante conquête de Ceut.a (1415), leurs progrès sur la côte occidentale ne s'opéraient, au gré de ce siècle, qu'avec intermittence et lenteur. Cependant, l'infant don Henri, ce prince "kussi magnanime qu'éclairé; avait soutenu de ses encouragements et ranimé de ses exemples l'esprit de découverte qui devait faire la gloire et la prospérité de son pays. Les navigateurs portugais avaient mis plus de trente ans (de 1412 à 1443) à parcourir l'espace qui sépare le cap «Non » (Nao) du cap Vert, en s'avançant de douze degrés vers le Sud. Quarante-trois ans plus tard (i486), Barthélémy Diaz avait découvert, sans le franchir, le fameux cap des Tempêtes (cabo Tormentoso) que le roi Jean II désigna par un nom de meilleur augure, qui lui est restéjusqu'à ce jour. Ils avaient jeté, chemin faisant, des colonies à Porlo-Sanlo et à Madère. Mais la renommée des succès que Christophe Colomb venait d'obtenir, et le dépit d'avoir rejeté ses offres, enflammèrent les Portugais d'un zèle tout nouveau. Vasco de Gama doubla, sans hésiter (1497), ce terrible promontoire qui sert de borne au continent africain, et, tournant à l'est, il jeta bientôt l'ancre devant Mélinde, dontil trouva le port fréquenté par les navires de l'Egypte et de l'Inde.
Le problème était résolu : les navigateurs de l'Europe avaient rejoint ceux de l'Asie ; un pilote musulman conduisit l'escadre de Gama jusqu'à la côte de Malabar.
Bulles de partage.
Le hasard, l'audace, le succès heureux d'entreprises aussi