‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 131 sur 205 · COMMERCE DES PORTUGAIS · texte numérisé non relu

COMMERCE DES PORTUGAIS

européen. Mais, les routes nouvelles qui s'ouvraient au travers du Grand Océan ayant changé tous les anciens rapports de position respective entre les peuples, c'était au contraire le Portugal qui allait former, avec l'Espagne^ le premier front de TEurope vis-à-vis de toutes les contrées auxquelles on accéderait par ces roiites jusques alors inconnues. Il fallut donc que la France, l'Angleterre, la Hollande, et l'altiére Venise ellemême, apprissent le chemin de Lisbonne, où se trouvaient transportés par navires portugais les trésors de l'Inde.

Établissements des Portugais aux iles de la Sonde et aux Moluques.

Non contents de s'être, approprié ce commerce, les Portugais, inspirés et conduits par Albuquerque, résolurent d'en étendre encore les limites, pendant qu'ils perfectionnaient les moyens d'échange et qu'à la place du cabotage imparfait des Arabes et des Indiens, ils employaient leurs navires construits pour traverser l'Océan.

Sans s'arrêter d'abord à la côte de Coromandel^ ni à l'Ile de Ceylan (l'ancienne Taprobane), si merveilleusement placée à la pointe de la presqu'île indienne pour servir d'entrepôt à ses deux rivages, les Portugais allèrent mettre le siège devant Malacca^ et cette conquête, en leur procurant l'alliance des rois de Siam, de Pégu, de Sumatra, les rendit maîtres du passage dans les mers de la Chine et du Japon et dans cet autre océan où tant d'Iles, dont plusieurs ressemblent elles-mêmes à des continents, déploient de tous côtés leurs fortunés ri^ Yages.

Parmi ces îles, le groupe des Moluques, célèbre par la production de ses précieuses épices, fut le premier qui tomba au pouvoir d'une escadre portugaise^ commandée par un des lieutenants d' Albuquerque (Antoine Abreu).

Pendant ce temps, ce grand homme affermissait non-seulement par la force des armes, mais aussi par la dignité de son gouvernement et rinûuence salutaire de sa justice, la domination des Portugais sur quelques portions de- cette vaste contrée des Indes, où, depuis Alexandre, aucun Européen n'a-

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yait paru comme lui en conquérant et en pacificateur ; puis portant plus loin encore ses vues d'agrandissement pour le Bortugal, il songeait à procurer à son commerce Taccès de la Ghine, lorsqu'une disgrâce, plus fatale à son pays qu'à laimême^ vint interrompre le cours de sa glorieuse carrière (1815).

Rapports des Portugais avec la Chine et le Japon.

Ce n'était pas par voie de conquête, mais par voie de négociation qu'Albuquerque avait formé le projet de faire pénétrer l'influence portugaise dans cet Empire du milieu, que sa population condensée, ses lois exclusives, sa civilisation ennemie du progrès, ses mœurs immobiles avaient, jusqu'à nos jours, défendu mieux que sa grande muraille^ contre les invasions étrangères.

L'ambassadeur Thomas Ferez noua les premières relations du Portugal avec la Chine, mais bientôt après, la conduite odieuse de Simon d'Andréade avait changé en méfiance et en haine les dispositions d'abord favorables des mandarins. Une occasion heureuse permit aux Portugais de réparer cette faute et leur procura l'établissement commercial dont ils avaient besoin dans ces contrées.

Un pirate, devenu redoutable par ses brigandages, s'était emparé de la petite lie de Macao d'où il tenait bloqués les ports de la Chine et menaçait Canton. Les Chinois eux-mêmes appelèrent les armes portugaises à leur secours. Sauvé par elles de ce danger pressant, l'empereur de Chine donna Macao pour récompense aux vainqueurs : cette ville servit aux Portugais de base d'opérations commerciales pour leurs échanges avec la Chine. Elle leur servit aussi. de point de départ pour pousser jusqu'au Japon leurs projets d'envahissement commercial et de propagande religieuse.

Avide de nouveautés et de jouissances, le peuple japonais fit aux Européens un accueil empressé : il leur permit l'entrée de tous ses ports : il leur off'rit l'or, l'argent, le cuivre de ses

iDines en échange des riches produits de l'Europe et de Tlnde

dans lesquels il voyait les moyens de satisfaire son goût pour

'e luxe et le plaisir. Les Portugais retrouvèrent donc à cette

frontière extrême de TAsie une civilisation en quelque sorte

plus rapprochée de la nôtre, et en même temps des esprits

plus disposés à écouter la voix des missionnaires qui venaient

^eur prêcher la foi chrétienne. Les conquêtes religieuses de

®^îiit François Xavier parmi ces populations sensuelles et ido-

-*Atx'es, mais simples et naïves, ne furent pas, pour le caractère

*^^tional des Portugais, un moindre sujet de satisfaction et de

^'c^ire, que le succès inouï de leurs entreprises militaires et

^Oxnmerciales.

Développement des possessions portugaises sur les côtes de l'Inde et de TAfrique.

ÎJn demi-siècle leur avait suffi pour compléter cette chaîne ^Ocimense de possessions territoriales, de ports maritimes, de Comptoirs qui, longeant le littoral'du continent africain, puis ^^ l'Arabie, puis, de la presqu'île de l'Inde, s'étendait par les ^ étroits de Malacca et de la Sonde, d'une part jusqu'aux ^^oluques, de l'autre jusqu'à la Chine et au Japon.

De Lisbonne à Macao, les Portugais étaient maîtres de la ^Xier et, dans beaucoup de lieux, du rivage, car^ pendant qu'ils {Poursuivaient leurs conquêtes dans l'Inde, ils avaient fondé, ^xir la côte orientale de l'Afrique, un vaste empire, dont l'île de Mozambique était le centre, et qui comprenait depuis Sofala j usqu'à Mélinde.

Sur la côte occidentale du même continent, la Guinée, le OoDgo étaient leurs possessions plus ou moins précaires. ï*air. la conquête de Ceuta, de Tanger, ils avaient les clefs «Itt détroit de Gibraltar; par celle d'Aden, de Socotora, fl'Ormus, ils commandaient la mer Rouge et le golfe Persiquè. l.a prise de Diu avait mis en leurs mains le golfe de Cambaye, oonime celle de Ceylan, le golfe du Bengale.

Dans tout cet espace, a leur volonté, dit Raynal ^, était la

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ff loi suprême ; nul peuple^ nul particulier ne pouvait naviguer « sans leur permission ou leur aveu, » et se réservant à eux seuls le transport et la vente du fer, de l'acier, des armes, comme aussi des épiceries les plus précieuses et de mille objets dont la valeur accrue par la nouveauté surpassait tout ce qui s'est vu depuis, ils se trouvaient par là les arbitres absolus du commerce , dans les trois parties de Tancien monde.

Déclin de la puissance coloniale des Portugais.

' Mais cet empire, si rapidement fondé, fut aussi prompt à décroître. L'impartiale histoire a signalé, parmi les causes de cette décadence, les révoltants abus de pouvoir^ les procédés injustes et inhumains, les actes d'avarice et de cruauté qu'inspirèrent trop souvent aux Portugais Tenivrement de la victoire, l'ardeur du gain^ et toutes les mauvaises passions que les conquérants portent avec eux sur la terre étrangère, et qui, après le premier éclat jeté par la bravoure, reparaissent pour affliger l'âme et l'apitoyer sur le sort des peuples vaincus. On a montré comment, par des excès de zèle où la politique mêlait ses calculs et ses violences, ils ont quelquefois fait servir les intérêts religieux eux-mêmes de prétexte ou d'occasion à d'odieuses et impopulaires mesures. On ajustement flétri les noms de ces vice-rois de l'Inde, qui, s'endormant dans le luxe et la mollesse, ne songeaient guère à suivre les nobles exemples de Vasco de Gama, d'Alphonse d'Albuquerque et de Juan de Castro.

Mais, outre ces causes d'affaiblissement qui se reproduisent plus ou moins dans toutes les provinces conquises qu'il s'agit d'administrer à de longues distances, il y avait, comme nous l'avons déjà remarqué, dans le dernier état du Portugal, une disproportion trop forte entre les ressources de la métropole et l'immense développement de ses possessions du dehors.

L'énergie des Portugais, animée par des succès inespérés, avait pu se soutenir quelque temps à la hauteur de cette mission que semblait leur avoir départie la Providence; mais avant la

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