‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 145 sur 205 · PLAN DE CONQUÊTE · texte numérisé non relu

PLAN DE CONQUÊTE

conserver aux yeux des sujets les formes extérieures du respect -pour leurs princes vaincus ou détrônés, et se rendre maîtres à prix arbitraire de tous les produits de la culture ou de rinduslrie d'une province è laquelle on laisse en apparence sa liberté : tel est l'abrégé delà politique inaugurée d'abord avec lenteur et réserve par les Hollandais, développée depuis par le génie d'un Français qui réunissait aux qualités brillantes de l'homme de guerre les vues profondes de l'homme d'État, réalisée enGn par les Anglais, dont la persévérance, aidée des talents divers d'une suite de gouverneurs éminents, a fmi par demeurer maîtresse de l'empire des Indej.

Chez ce peuple étrange où les i;é\olutions d'empires sont si fréquentes, où les souverainetés sont si précaires, quoique les dynasties semblent y demeurer immobiles^comme les castes, l'établissement des Européens ne devait pas avoir ordinairement pour conséquence, comme en Amérique, lar décroissance rapide, encore moins l'anéantisseloaent des races indigènes. Le travail de l'homme, cet instrument de richesse qui manquait aux colonies du nouveau monde, se trouvait au contraire origanisé depuis des siècles dans les royaumes de la Perse et de l'Inde, et les colons venus d'Europe n'avaient garde de détruire, et avisèrent seulement aux moyens d'exploiter à leur profit cette mine qui devait être aussi productive de trésors pour la Hollande et l'Angleterre, que l'avaient été pour la monarchie espagnole les mines d'or et d'argent du Pérou. H n'y avait qu'à jeter en quelque sorte une enveloppe de civilisation européenne sur cette vieille civilisation de l'Inde, dont on cacherait les vices sous ce manteau, et dont on conserverait avec soin les institutions séculaires, surtout celles qui avaient trait à la culture et à l'industrie.

Nous devions dès l'abord marquer les traits principaux de ce système de colonisation quidifière encore de tous ceux que nous avons précédemment signalés. Mais pour le voir pénétrer dans les profondeurs de l'Inde, et en changer pour ainsi dire la face toute entière, il nous faut attendre la seconde

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moitié du xviii* siècle. Les entreprises que nous aurons à signaler jusque-là, ne nous paraîtront, comparées à ces derniers résultats, que des essais.

Les Hollandais choisissent pour siège de leur commerce les îles de rocéait> Indien, et notamment les Moluques et les îles de la Sonde.

En arrivant aux Indes, les Hollandais songèrent tout d'abord h s'établir dans quelques )les où ils auraient plus de facilité pour se maintenir que sur le territoire continental, et d'où* leurs relations et leurs conquêtes pourraient ensuite s'étendre plus loin; et parmi ces îles ils s'attachèrent surtout au groupe (les Moluques, l'un des moindres quant à l'étendue des terres qui le composent, mais l'un des plus riches quanta la production des rares et coûteuses denrées, qui alimentent ce commerce de (( l'épicerie » ennobli par les vers de Gamoôns *. Avec la justesse de coup d'œil qui est le génie des commerçants^ ils comprirent que la possession de quelques lieues carrées de ces fertiles cultures où se récoltent la muscade et le girofle,. leur serait plus profitable et moins embarrassante que ne l'est quelquefois celle de vastes mais improductifs territoires.

Les Moluques avaient été l'objet du premier conflit qui se fût élevé dans les Indes entre deux nations européennes. Découvertes d'abord,- comme nous l'avons dit, par Antoine Abreu, l'un des lieutenants d'Albuquerque (151i), elles avaient été plus tard (eii 1521) reconnues par l'Espagnol Sébastien del Cano, lorsqu'il achevait ce fameux voyage dans lequel Magellan avait trouvé la mort en immortalisant soa nom. Mais, après avoir disputé ce groupe d'îles aux Portugais, Charles-Quint, n'en comprenant pas assez Timportance, l'avait cédé à Jean m (en 1529) moyennant 350,000 ducats d'or (2,598,750 livres).

Pour s'y introduire, les Hollandais profitèrent de cet avan-

> • Sabei que estais na India, onde se estande

Diverse povo, rico e prosperado De ouro luzente,e Ûna pedraria, Cheiro suave, ardente especiaria.

Os Lusiadas c. v]i, 0. xxxi.

FONDATION D£ BATAVJA. 423

tage qu'ollttient facilement, a?ec quelques promesses, un conquéraot nouveau, quand il se présente à un peuple déjà fatigué de subir le joug d'un conquérant pfus ancien. Les naturels du pays les aidèrent à chasser les Portugais des lies de Ternate de Tidor, de Banda, d'Amboine.

Fondation de Butavia.

C'était sur le continent des IndH, à Goa, qu'AIbuquerque

avait fondé le chef-lieu des colonies portugaises ; la Hollande

choisit, au contraire, une île pour y établir le grand entrepôt

de ses productions insulaires des Moluques. Une ville superbe

fut construite (vers i6i9) à Texlrémité occidentale de Java, sur

un territoire malsain, mais au fond d'une belle rade voisine du

détroit de la Sonde. Batavia devint, pour les Hollandais, la

clef de ce passage, le centre de leur activité commerciale dans

ces contrées, et le siège de leur compagnie des Indes.

Suite des entreprises coloniales de la Hollande.

Poursuivant de là le cours de leurs négociations et de leurs cdnquôtes, ils enlevaient, tantôt un établissement colonial aux Portugais, tantôt une province aux souverains indigènes. Ils pénétrèrent ainsi dans les grandes lies de Sumatra, de Bornéo, de Célèbes, puis ils échelonnèrent leurs comptoirs le long des côtes de Coromandel et de Malabar, mais sans y asseoir aussi bien leur influence. La possession de Geylan et de Malacca leur fut longtemps disputée; ils parvinrent cependant, après des guerres opiniâtres, à en chasser les Portugai#.La prise de Malacca (1641) livra à la compagnie des Indes le passage aux mers de la Chine ; celle de Geylan (1656) mit en ses mains, avec la pèche des perles, la culture de la cannelle, cette autre source non moins précieuse de richesse commerciale.

Les Hollandais auraient voulu, pour s'établir également à portée des rivages de l'empire chinois, s'emparer de la ville portugaise de Macào. N'ayant pu réaliser ce projet, ils avaient

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obtenu (en 16âi] de fonder un établissement dans l'Ile de Formose, voisine mais indépendante de la Chine.

Cet établissement^ qui servit de refuge aux commerçants chinois opprimés par les Tartares, et qui dut à cette circonstance quelques années d'une brillante splendeur, fut bientôt repris par Coxinga, et depuis ce moment jusqu'à la On du XVII* siècle, les relations des Européens avec la Chine et le Japon ont été presque toiùonrs précaires et souvent interrompues. Ces Japonais, dont Taccueil avait été si favorable aux colons et même aux missionnaires du siècle précédent, étaient devenus, sous la tyrannie de Taycosama, un peuple ennemi des étrangers et sanguinaire.

Colonie hollandaise da ctp de BoondCspéranoe.

Sans atteindre à la gloire que les armes portugaises avaient conquise dans l'Orient, la Hollande y avait fondé un établisse* ment colonial plus durable par cela même qu'il était plus homogène et plus resserré. 'Mais il fallait à la compagnie des Indes un lieu de relâche pour ses navires durant le long trajet d'Amsterdam à Batavia. Un simple chirurgien, Van RiebeGh, lui indiqua une rade négligée par les Portugais, et que sm position admirable près du cap de Bonne-Espérance aurait dû cependant faire remarquer tout d'abord. Telle fut l'origine de cette célèbre colonie du Cap, qui^ tant que dura la prospérité lies Hollandais, fut une de leurs possessions les plus enviées, et qui, tombée depuis aux nuins de TAngleterre, s'est trouvée en rapport avec la grandeur du nouvel empire que la puisamn britannique possède aujourd'hui dans les Indes.

UèMWTCfte a< la N«BTèDe4elluide.

Rappelons id« pour mèmoine. que c'est à deux Davigateurs holbndais yl^ici^ Hartic^ et Pieter NuyU) que l'Earope dot U dif^ouvi^rle tl6l6 à It^^ de ce continent austral auquel la HciUaiide n^v;iiit iai:i^ que son nom «la ymmile'H^ilmde); niai$ où rAi^tef7>^ a fondé, vws la fin du XTm* siéde, un

PREMIÈRES EXPÉDITIONS DES ÀNGllAIfB. 425

St'aDd établissement pénitentiaire et colonial dont nous dirons •ailleurs quelques mots.

ÉtebllMieflieiito eoloMUuix des Anslata aux Indes orientales.

Le désir d'abaisser la prépondérance de la maison d'Autri-'^' che avait rapproché^ vers la fin du xvi* siècle, l'Angleterre déjà si puissante, de la Hollande qui, à peine entrée au rang des nations, y marquait déjà sa place par Ténergie de sa résistance et la portée de son ambition.

Ces deux peuples étaient alors entraînés par de communes tendances à suivre les mômes voies pour développer leur oommerce et leur marine. Il ne faut donc pas s'étonner de les ^retrouver ensemble sur la route des Indes » où nous veidons de suivre les Hollandais, et où nous allons voir les Anglais s'avancer d'abord sur les mômes errements ; car, malgré la supériorité de leurs forces, à l'épdque dont nous parlons, ils vivaient encore beaucoup à apprendre pour tout ce qui louche À l'esprit du commerce et à la direction des entreprises coloi:^iales.

F^remières expéditions des Anglais à la recherche d'un passage aux Indes par

le nord-ouest.

Les naidgateurs anglais avaient commencé, comme les Hollandais^ et bien longtemps avant eux, par chercher du côté du X^ôle nord un accès vers les Indes.

La première escadre, armée dans ce but^ partit des ports de 1. 'Angleterre dès 1497, sous les ordres de Jean Cabot, Vénitien ^^%tabli à Bristol. D'autres expéditions se succédèrent sous les ^^égnes d'Henri VIII, d'Edouard VI et d'Elisabeth. Aucune . ^:l'elles ne réussit à découvrir ce fameux passage qui est encore ^* objet de tant de recherches et d'hypothèses, mais outre l'essor que ces lointains voyages donnèrent au génie commercial ^es Anglais, des voies nouvelles pleines d'avenir leur furent ouvertes de plusieurs côtés. Ainsi Jean Cabot avait découvert,

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en 1497 , les terres du Labrador , voisines des célèbres pêcheries de Terre-Neuve, et cette partie de rAmérique, septentrionale que^ pins tard, la reine Elisabeth appela « Virginie » en mémoire de la louange à laquelle elle attacha toujours le plus de prix. Sous Henri VIII, Sébastien Cabot, fils de Jean, conduisit les vaisseaux anglais sur les côtes de l'autre con- ' tinent américain et dans les Antilles (1516). Sous Edouard VI, Richard Ghancellor, séparé par une tempête dé son amiral Hugh Willoughby, et réfugié dans le port- d^Arkhangel, noua les premières relations de commerce de l'Angleterre avec la Russie (1553). Sous Elisabeth, Francis Drake, reprenant les traces qu'avait suivies Magellan, accomplit, soixante ans après lui, le second voyage maritime autour du monde (1577-1580) et, touchant aux Philippines, aux Moluques et à Java, recueO-r lit une riche cargaison d'épiceries qui fut comme les prémices de ces iiàmenses richesses que l'Angleterre devait tirer plus tard de la conquête des Indes. A son retour, la reine en personne lui rendit visite sur. son vaisseau. Les établissements portugais dans les parages du Levant furent explorés avec plus de soin par Thomas Cavendish (1586-1588) ; et, le commerce de l'Angleterre se réveillant enfin de cette langueur dans laquelle il s'était endormi si longtemps, on vit de toutes parts des négociants s'associer pour faire les frais d'expéditions maritimes destinées au traflc avec les Indes orientales.

Ils s'adressèrent bientôt à la reine Elisabeth pour obtenir une charte de concession qui, les constituant en compagnie, leur attribuât, au nom de l'État, le monopole de ce commerce^ avec les pouvoirs nécessaires pour administrer eux-mêmesleurs affaires par un comité que désignerait l'assemblée des souscripteurs.

Après de longues instances, cette charte leur fut accordée par Elisabeth à peu près dans le même temps où se constituait la compagnie hollandaise des Grandes Indes.

FORMATION d'uNE COMPAGNIE. 427

ft^eoltés qu'éprouva d'abord la formation d'une compagnie anglaise po|ir le trafic avec l'Inde.

Mais l'Angleterre n'avait pas encore ce sentînnent profond des exigences du commerce maritime^ cette intelligence des Oonditions nécessaires au succès des grandes entreprises qui ^Taient fait accepter si facilement en Hollande le monopole cl 'une compagnie. r

Plus il y a, dans un grand pays, de familles riches et puissantes, plus on est disposé à voir d'un œil d*envie les privilèges commerciaux qui se concèdent à un pelit nombre d'assooi^s, lorsque tant d'autres seraient prêts à offrir, pour former deâ entreprises pareilles, leurs capitaux et leurlndustrie.

En se faisant l'écho de ces plaintes, les « Communes d'Angleterre » y joignaient naturellement les siisceptibilités jalouses que leur inspirait la crainte de voir amoindrir leurs propres €)roits, si elles concédaient, pour un long espace de temps, des pouvoirs et des prérogatives qui mettraient tant d'avantages, «t par suite tant d'influences aux mains d'une seule compagnie. La couronne enfin se prenait quelquefois à regretter de s'être dessaisie par une concession trop large des moyens d'enrichir elle-même son trésor, ou d'octroyer à d'autres de seml>lables faveurs, ' *

^^*De laces difflcultés, ces refus, ces atermoiements, ces partages forcés de privilèges, quelquefois avec une compagnie rivale ^ ou avec de simples particuliers, quelquefois avec la c&uronne elle-même; de là enfin ces obstacles de toute nature qui, pendant un siècle et demi, ont arrêté le développement de la « compagnie anglaise des Indes orientales ^; l'ont

^ Le roi (Charles I*^) autorisa la formation d'une nouvelle compagnie des IiâieB orientales (16S4-16!^5), où lui-même prit des actions. Illui était défendu de faire le commerce dans tous les lieux où Tancienne compagnie avait déjà des établissements. Mais la compagnie subit de son côté la même défense par rapport aux lieux où s'établirait la nouvelle association, dont sir William Conrten avait conçu le plan. (Barchoude Penhoen,/'/;2</e Anylaùe^i. I,p. ôG,57.)

* La compagnie, opprimée, découragée, n'était plus rien à la mort de Charles I»'. (Raynal, t. Il, p. 34.)

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réduite à soutenir, à l'intérieur^ des luîtes continuelles pour obtenir le renouvellement ou même le maintien de ses prérogatives S et ont par suite restreint ses entreprises au dehors dans des limites que, depuis son organisation définitive, elle a de si loin dépassées.

CoDflit entre It compagnie anglaise et la compagnie hollandaise, an sujet du commerce des Moluques.

Dans cet état précaire, le fonds social n'ayant pu d'abord se constituer, les premiers navires envoyés dans les Indes (1601) furent armés pour le compte d'une partie seulement des souscripteurs.

Pendant quelques années, on se borna presque à rapporter des cargaisons d'épices des lies de la Sonde et des Moluques. Mais les Hollandais^ qui avaient fait du monopole de ce corn* merce la base de leur établissement colonial dans les Indes, mirent tout en œuvre pour en exclure les Anglais.

Une guerre ouverte entre les deux compagnies devenait imminente. Les gouvernements intervinrent et, sous forme de transaction, on consacra par un partage inégal la primauté des Hollandais. Il fut convenu que ceux-ci auraient les deux tiers dans les produits des Moluques, et que le dernier tiers seulement appartiendrak à la compagnie anglaise.

Maïs cet arrangement^ concerté en Europe, ne devait 6ti$i^ qu'une source nouvelle d'irritation dans les Indes, où éciatéP rent bientôt les haines fomentées par des conflits de chaque jour (1619). La trop fameuse conspiration d'Âmboine servit de cause ou de prétexte aux Hollandais pour ramener le groupe entier des Moluques sous leur seule autorité, et les sanglantes exécutions qui la suivirent laissèrent dans Tâmedes Anglais de profonds et vivaces ressentiments. ,

La compagnie des marchands de Londres, n'ayant conservé

^ La chambre (des communes) à la fin de la session de cette année (169S] porta ce vote : « Que c'était le droit de tout Anglais de trafiquer aux Indes orientales aussi bien que dans toute autre partie du monde. » (Barchou de Penhoen, 1. 1, p. 83.)

PRISE DORMUS. 429

Cfu'uQ comptoir à Bantam dans l'Ile de Java, songea dès lors ^ établir sur le continent indien le siège principal de son commerce.

Fondation de comptoirs anglais sur le continent indien.

A la faveur de solennelles ambassades envoyées par Jaccjuesl*' au Grand Mogol, elle avait déjà obtenu de ce sou^tiex*ain rétablissement de divers comptoirs sur les côtes de son ^aste empire, notamment à Mazulipatam, sur la côte de Ck)romandel, à Calcutta, près des bouches du Gange (vers 1616) et à Surate dans le golfe de Gambaye. Mais quand la compagnie voulut étendre ses relations continentales, il lui fallut entrer en guerre avec les Portugais, qui, soumis alors à l'Espagne, avaient toujours à Goa le centre de leurs armements et de leur commerce dans les Indes.

Prise d'Ormns. Le golfe Persique est rouvert au commerce des Européens.

Après quelques combats dans lesquels ils obtinrent l'avantage^ les Anglais dont la politique était dp s'appuyer sur l'alliance des souverains les plus puissants de ces contrées lointaines, déterminèrent facilement le roi de Perse, Schah Abbas, à s'unir à eux pour rouvrir par la force des armes rentrée dp golfe Persique dont les Portugais s'étaient rendus maîtres, sous Albuquerque, par la prise d'Ormus. Une armée persane^ secoi|dée par une flotte anglaise, reprit (en 1623) après un long siège ce poste important; et l'une des plus anciennes voies commerciales entre l'Inde et l'Europe, après avoir été interrompue pendant un siècle, fut rétablie.

Ainsi tombaient, peu à peu, les entraves que' le monopole des Portugais avait mises au commerce du monde.

A la place d'Ormus, détruit par ses nouveaux vainqueurs, le port de Bender Abassi^ ignoré jusque-là, devint un des entrepôts les plus considérables du commerce de l'Europe avec l'Asie.

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Lenteur des progrès de la compagnie anglaise. Premiers établissements à Madras;, à Calcutta , à Bombay.

Depuis 1623 jusqu'à la constitution définitive de la compagnie anglaise (en 1730), plus d*un siècle s'écoule sans que les mers de l'Inde soient le théâtre d'aucun de ces grands événements qui seuls doivent fixer notre attention ; car nous ne pouvons raconter ici cette suite de demi-succès et de revers, de négociations et de combats, d'acquisitions et de pertes de territoire dont se compose l'histoire de toute colonie qui travaille péniblement et lentement à s'agrandir. Remarquons seulement avec intérêt l'établissement progressif de la compagnie anglaise dans quelques villages qui maintenant figurent au nombre des principales villes de l'univers, à Madras» où Fon mit dix ans à obtenir la permission de construire un • fort (1642-1652), à Calcutta, dont la garnison, en 1687, se composait de 50 hommes, à Bombay, qui fut apportée en dot par l'infante Catherine de Portugal à Charles II, roi d'Angleterre, et cédée personnellement par ce prince à la compagnie des Indes (en 1668). En choisissant ces lieux où elle a depuis établi ses trois a présidences » , la compagnie semblait dresser d'avance le plan de ses possessions futures.

Qui n'admirerait les vicissitudes des choses humaines^ quand on voit que^ dans un inventaire dressé en 1657^ l'évaluatioti des factoreries^ établissements et privilèges possédés j^ la compagnie dans les Indes n'était .portée qu'à 20^000 livres sterling !

Au commencement duxviii*' siècle, le raffermissement des affaires de la' compagnie sortit d'une mesure qui semblait devoir être fatale à son existence. Une association rivale avait obtenu du Parlement un acte qui la constituait sous ce titre: « Compagnie anglaise trafiquant aux Indes orientales ». Mais la nouvelle compagnie ne devait profiter de ce monopole qu'au moment où expirerait la charte de l'ancienne compagnie, et cette charte avait encore trois ans de durée. Ce temps fut mis habilement à profit pour relier ensemble des intérêts qui

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