PREMIÈRES EXPÉDITIONS
position maritime, la France laissait à d'autres peuples qui ne réunissaient^ pas au môme degré ces avantages, la gloire de découvrir au delà des mers des contrées nouvelles et d'y fonder des colonies.
C'est en effet (nous l'admettons) par une patriotique erreur que Yillaut de Bellefonds a revendiqué pour les marins diep* pois la priorité de découverte des côtes de la Guinée ^.
Nous pourrions à plus juste titre reporter à notre Henri IV l'honneur d'avoir, le premier, conçu le dessein d'organiser, pour conquérir à la Brance le commerce des Indes, une compagnie privilégiée dans laquelle il conviait sa noblesse à prendre part CI sans déroger » à ces expéditions lointaines où le gain commercial serait le prix de la valeur guerrière, et devait tourner comme elle à l'avantage et à la gloire du pays tout » entier. 11 était digne de l'esprit à la fois chevaleresque et pratique de ce grand roi d'inaugurer ainsi le passage des idées du moyen âge aux idées de nos temps modernes '.
Mais la France, épuisée par les guerres civiles, ne put réunir alors les éléments nécessaires pour donner suite efficacement & un tel projet.
Les expéditions dirigées (en 1601) par une association bretonne sur les Maldives, (en 1616) par des sociétés normandes sur l'Ile de Java, (en 1633) sur Madagascar, n'avaient produit aucun résultat important. Il nous faut attendre la fin du jcvii* siècle et le commencement du xvni* pour ouvrir de ce côté l'histoire coloniale de notre France.
Cependant, bien qu'arrivés les derniers dans l'Inde, les Français furent quelque temps sur le point d'y occuper la première place. Ils l'auraient due, non pas à un plan de conquête largement conçu tout d'abord, et poursuivi avec constance, mais aux entreprises hardies et spontanées de deux
* Voir Tonvrage de M. le vicomte de Santarem intitulé : Recherches sur la priorité de découverte des pays situés sur la côte occidentale de VAfnque au delà du cap Bojador.
« M. Poirson, Histoire du règne de Henri IV, t. H, p. 269. — Voir notamment les lettres patentes royales du !«' juin 1604.
436 (IV* ÉPOQUE.) LES FRANÇAIS DANS l'iNDE.
hommes dont Tuo, se posant fièrement devant la puissance anglaise avec une flotte improvisée, sut la braver et la vaincre, tandis que Taulre, pénétrant par la justesse de son coup d'œil, mieux encore que par une longue étude, le caractère des Indiens, celui de leur gouvernement, de leurs institutions, de leurs mœurs, trouva la manière d'affaiblir ce peuple en le divisant, de dominer ses maîtres, et de s'emparer de ce qu'il y a de force réelle et profitable dans la souveraineté, en laissant aux choses leurs noms anciens et leurs apparences : secret redoutable, dont la découverte n'a que trop souvent fait gémir l'humanité, et qui cependant a procuré à la politique des succès dont la civilisation elle-même a pu tirer ensuite avantage.
, Encouragements donnés par Louis XIV à la compagnie française des Indes
orientales.
La a compagnie française des Indes orientales n, dont Henri IV avait conçu le projet, put enfin se réaliser sous Louis XIV; elle n'avait pas eu, comme la compagnie anglaise^ de luttes intérieures à soutenir pour obtenir ses privilèges. C'était la couronne elle-même qui, par le conseil de Colbert, avait de nouveau provoqué (vers 1655) cette association de a capitaux privés o, et l'avait môme encouragée par un « prêt public », lui octroyant, dès sa fondation, un demi-siècle de durée. Louis XIV ne voulait pas que» sous son règne, la France restât, pour le commerce maritime^ en arrière des peuples qui avaient senti plus d'une fois la supériorité de ses armes. On vit alors, comme il arrive encore de nos jours, de puissants seigneurs se joindre a aux négociants des villes t pour ofi'rir à ces patriotiques entreprises le concours soit de leurs capitaux soit de leur épée.
Mais la forme même sous laquelle l'État promettait son appui, indiquait qu'au lieu de redouter, comme en Angleterre, que la compagnie ne fît ombrage par sa force, on craignait qu'elle ne fût trop faible pour accomplir de grands résultats.
Ainsi, pendant que le gouvernement s'obligeait à soutenir par les armes les établissements de la compagnie, à faire es-