IV* ÉPOQUE.) LES FRANÇAIS DANS L*INDE
sa parole une fois donnée. Si le confident de ses premières pensées, l'associé de ses premières entreprises, devenu malheureusement son rival après le succès, n'a pas eu toujours dans ses plans de conquête la conscience aussi timorée, si son patriotisme s'indignait à la pensée de rendre à un ennemi vaincu les fruits de la victoire, quels nobles exemples de vertus civiles et guerrières Joseph Dupleix n'a-t-il pas donnés? Y eutil un désintéressement plus patriotique que celui du gouverneur de Pondichéry, payant de ses propres deniers les frais de la guerre, et revenant pauvre et endetté de la conquête des ludes, où il était parti doublement riche de son patrimoine et de son génie ?
Prise de Madras par la Bourdonnais.
Avant d'être conduit par les événements sur le vaste théâtre où il déploya tout d'un coup les qualités d'un grand homme de guerre, la Bourdonnais avait, par la sagesse et l'activité de son administration, transformé en colonies florissantes et pleines de ressources deux petites lies dont jusqu'alors on soupçonnait à peine la valeur. Ce fut là, qu'en 1746, il résolut de créer une flotte à la France qui, manquant alors de vaisseaux même en Europe, ne pouvait en envoyer au secours de ses colonies. Il s'agissait de former à la fois des ouvriers pour construire cette flotte, et des matelots pour l'équiper; et, cependant, au bout de quelques mois, neuf bâtiments français^ de diverses grandeurs^ endommagés une première fois et presque détruits par la tempête, reprenaient la mer pour s'avancer à là rencontre de la flotte que l'Angleterre venait d'envoyer des ports britanniques. Malgré la supériorité de son artillerie et de ses équipages expérimentés, le commodore Peyton était réduit, après quelques heures de combat, à se retirer dans la baie de Trinquemale, tandis que la Bourdonnais allait mettre le siège devant Madras, et en quatre jours (du 16 au 20 septembre 1746) s'emparait, au nom du roi^ de cette ville où^ depuis un siècle, les Anglais avaient le siège principal de leur commerce sur la côte de Coromandel. Peu s'en fallut que Calcutta ne