‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 155 sur 205 · RAPPEL DE DUPLEIX · texte numérisé non relu

RAPPEL DE DUPLEIX

guerres, et en reconnaissant pour subahdar duDécan Salabut Jung qui, par leur influence et leurs armes, avait pris la place de Murzapba Jung, à la mort de ce dernier.

Rappel de Dupleix. Traité de 1757. Abandon des avantages acquis à la compagnie française.

Le traité n'avait pu se conclure encore , et la guerre continuait avec des chances favorables aux troupes françaises, lorsque delà France elle-même partit le coup fatal qui changea bientôt en décadence .et en ruine ses progrès et ses triomphes dans la péninsule en deçà du Gange.

Si Christophe Colomb et Fernand Cortès sont revenus mourir, comme Joseph Dupleix, pauvres et délaissés, dans leur patrie, ils ont du moins emporté dans la tombe cette pensée consolante que TEspagne jouissait après eux du fruit de leurs découvertes ou de leurs conquêtes. Dupleix, au contraire, a vu la France détruire de ses propres mains Toeuvre glorieuse à laquelle il avait consacré ses rares talents, sa fortune et sa vie*.

Le ministère français avait été aussi aveugle que la compagnie était étroite dans ses calculs mercantiles, traitant ces entreprises qui pouvaient aboutir à la conquête de Tlnde, comme une iiffaire ordinaire de compte commercial ou de budget, sans s'élever à d'autres vues que celle d'arrêter au plus vite une dépense qui manquait d'autorisation régulière.

Godeheu, nommé pour remplacer Dupleix dans le gouvernement de Pondichéry ^, arriva dans l'Inde sans être attendu; il était chargé de pleins pouvoirs pour négocier avec Saunders un traité de paix dont les bases étaient déjà convenues entre les gouvernements de France et d'Angleterre.

Par ce traité (au commencement de 4757), les Français,

i « J'ai sacrifié, disait-il dans ses Mémoires, mes jours, ma fortune et ma Tie à combler de richesses ma nation en Asie. De malheureux amis, de trop faibles parents ont consumé tous leurs biens à faire réussir mes projets ; ils 8ont maintenant dans la misère. »

< A celui qui avait joué le rôle d'un grand roi, dit Voltaire, on donna un successeur qui n'agit qu'en bon marchand.

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abandonnant tous leurs avantages et répudiant la politique qui les leur avait procurés, s'engageaient à ne plus intervenir dans les affaires intérieures de llnde^ à renoncer à tonte charge, à tout honneur conféré par les princes du pays^ à restituer au Grand-Mogol. toutes les provinces du Karnatic qui ne leur appartenaient pas avant la guerre, c'est-à-dire, à n'y conserver que Pondichéry et Rarical, de môme que les Anglais y conservaient seulement Madras, le fort Saint-David et Davi-Cotah. Enfin les possessions des deux compagnies devaient être mises sur le pied d'une parfaite égalité : le district de Masulipatam etl'ilede Davi devaient être partagés par moitié, et chaque nation ne devait plus avoir que quatre ou cinq comptoirs, sans aucun revenu territorial, dans les provinces de Rajahmundry et de Chicacole.

Saocës des armes anglaises après le départ de Dupleix.

Pendant que Dupleix, rappelé en Europe, y réclamait justice et ne pouvait l'obtenir, la présidence de Madras envoyait Clive dans le Bengale (octobre 1756).

A son arrivée^ la colonie anglaise sur les bords du Gange était comme anéantie. Calcutta, le fort William étaient tombés aux mains du nabob Suraja Dowla (Chirajac al Dowla). Après quelques heures d'attaque, le drapeau britannique flotta de nouveau sur le fort William, et tandis que le conseil de Chandernagor, fidèle au système de neutralité proclamé par la France, refuse au nabob son concours, Clive attaque avec dix-huit cents Européens l'armée de Suraja, l'oblige àrecon* naître en les augmentant les possessions anglaises sur le Gange, tourne aussitôt ses armes contre les Français, s'empare de Chandernagor, et mécontent du nabob , que l'influence de la France quoique vaincue dominait encore , il négocie avec le commandant en chef de l'armée mogole un traité secret en vertu duquel Meer Jafûer obtient, pour prix de sa trahison, la suzeraineté du Bengale. La victoire de Plassey (23 juin 1757) couvre du prestige de la gloire cette œuvre ténébreuse dont elle révèle l'existence et procure le succès. La face des affaires

LE COMTE DE lALLY. 447

dans le Bengale était changée : la politique inventée par Dupleiz avait été consacrée par un nouveau triomphe , mais celte fois au profit de l'Angleterre dont Tempire dans Tlnde venait d'être fondé.

Le comte de Lally. Ses défaites ; sa condamnation. — L'Inde perdue pour la France.

Cependant, les hostilités s'étant rallumées en Europe entre la France et l'Angleterre, le gouvernement français résolut de recommencer aussi la guerre dans l'Inde; mais^ pour avoir encore raison contre Dupleix, on voulut la faire autrement que lui. Lally, qui avait donné à Fontenoy, et en Ecosse sous les drapeaux du prétendant, des preuves de son bouillant courage, fut envoyé à Pondichéry, avec une flotte commandée par le comte d'Aché, et quelques-uns des meilleurs régiments de l'armée française. On crut que ces forces lui suffiraient pour « abattre n, comme il disait lui-même, « la puissance «anglaise dans l'Inde »^ mais en s'abstenant toujours d'intervenir dans les affaires intérieures des indigènes. Ce fut la cause principale de nos malheurs.

Dans ce pays, où le succès dépend de mille chances imprévues, où les armes ne font le plus souvent qu'achever au grand jour ce que la souplesse d'une politique adroite a préparé dans^ ie secret, Lally apportait un plan de campagne tout dressé dans les salons de Versailles, où Ton ne se doutait pas que les Anglais ne pouvaient être expulsés de l'Inde qu'avec le concours de l'Inde elle-même. Lally ne tafda pas à s'en apercevoir, quand, après la prise du fort Saint-David, il se vit obligé d'ajourner le siège de Madras pour se procurer, par une expédition contre Tanjorc, l'argent et les vivres dont il manquait. Alais son caractère impérieux, violent, emporté, s'était aliéné ces peuples, avant qu'il eût eu le temps de les connaître. Sa roideur s'était heurtée contre l'immobilité des mœurs indiennes; ses manières hautaines avaient blessé les marchands de lu compagnie; il avait rappelé Bussy, qui, malgré son isolement, maintenait encore dans l'intérieur du Décan la dignité

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et rinfluence du nom français; et lorsqu'après une lutte opiniâtre contre tous les obstacles, il se croit au moment d'escalader les murs de Madras, la flotte anglaise apparaît, et l'abandon du siège commence, pour les Français, une série de désastres. Ils se voient enlever, avec l'alliance de Salabut- Jung, toutes leurs possessions de Masulipatam et de Karical. D'Aché, retenu avec sa flotte par la crainte d'une attaque contre nie de France, les abandonne. Refoulé sous les murs de Pondichéry, Lally est réduit h attendre son salut des Mahrattes et des Mjsoréens. Bientôt le blocus se resserre, et malgré l'énergie d'une résistance à laquelle l'ennemi lui-môme a rendu justice, Pondichéry succombe (44 janvier 4761); et cette guerre de quinze ans, commencée en 1746, sous de si brillants auspices, par la Bourdonnais et Dupleix , se termine par la ruine de toutes nos colonies dans l'Inde, et l'anéantissement de notre influence dans cette riche contrée.

La tôte du malheureux Lally n'a pas comblé cet abîme.

Ses fautes, que l'arrôt du Parlement (6 mai 1766) a transformées en crime d'Élat, n'étaient pas seulement les siennes, mais aussi celles d'un système de guerre auquel le ministère s'était arrêté comme lui; et si l'on pouvait prêter à ces temps de basses influences quelque grande et noble pensée, je dirais qu'au fond de cette politique dont les résultats ont été si déplorables, il y avait cependant un principe généreux : c'était de laisser les peuples étrangers, fussent-ils hindous ou barbares, maîtres de leur gouvernement, et à l'abri de cette intervention ambitieuse qui n'est après tout qu'un moyen déguisé de conquête.

Depuis que le temps a dissipé l'atmosphère de haines qui semblait alors obscurcir la vérité, l'histoire, sans cesser d'imputer au général de Lally la perte de l'Inde française, a relevé sa mémoire de gentilhomme du crime odieux de trahison.

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